Les travailleurs de GM&S, placé en liquidation, menacent de faire sauter l'usine

Par Anthony Torres
15 mai 2017

Après plusieurs mois de négociations, les 279 salariés de GM&S Industry, sous-traitant de la filière automobile et second employeur du département de la Creuse, placé en redressement judiciaire depuis décembre, ont détruit ce jeudi deux de leurs outils. Ils menacent de faire sauter leur usine.

Les salariés veulent faire pression sur leurs principaux clients, Renault et PSA, qu'ils accusent de bloquer les négociations de reprise du site. Ils ont installé des bonbonnes de gaz et des bidons d’essence. Le délégué CGT de l’usine Vincent Labrousse estime que «Ça suffit ! On nous taxe d’être radicaux en s’attaquant à l’outil de travail, mais on ne l’est pas plus qu’eux qui nous ont d’abord privés de notre chiffre d’affaires en dédoublant nos pièces et jetés dans les griffes d’un repreneur incompétent qu’ils dénoncent aujourd’hui.»

Renaud Le Youdec, le négociateur de crise mis en place par le mandataire judiciaire au mois d’avril en a appelé à la responsabilité de Peugeot et Renault : «Les constructeurs français ont une responsabilité quand ils se désengagent de carnets de commandes actés avec des entreprises françaises et ce, pour sous-traiter ailleurs». Selon lui, la position des constructeurs est d’autant plus irrecevable que ses propositions «sont tout à fait cohérentes et raisonnables au vu de la reprise observée dans la filière emboutissage».

La position des constructeurs automobile souligne la faillite de la stratégie proposée par les syndicats, qui consistait à isoler la lutte, sans mobiliser plus largement les travailleurs pour défendre l'emploi, et à capituler à toutes les exigences réactionnaires de la direction de GM&S.

Pour mobiliser les travailleurs par solidarité avec les travailleurs de GM&S, il faut rompre avec les appareils syndicaux, qui soutiennent le président nouvellement élu, Emmanuel Macron.

Le Youdec a adressé des plaintes impuissantes à Renault et à PSA : «Depuis mon arrivée ici, les salariés ont consenti de réels efforts : ils ont continué à produire et renoncé à tout mouvement social ; ils ont, ce qui n’était pas acquis, accepté le principe d’un plan de licenciements et ont même accepté, sur mes conseils, de répondre favorablement à la demande urgente de Renault à qui ils ont fourni des pièces car celles qu’ils avaient fait produire ailleurs étaient bloquées [au Brésil]».

Selon Renault et PSA, les négociations ne seraient pas allées assez loin pour sauver GM&S Industry. Labrousse dit : «Depuis six mois, nous avons laissé le travail de négociation se faire. A une semaine de l’audience à Poitiers, nous ne pouvons que constater que nous avons été baladés d’un bout à l’autre par les constructeurs français, qui savaient très bien, lorsqu’ils ont dédoublé leurs sources d’approvisionnement auprès d’autres sous-traitants, qu’ils nous condamnaient à l’asphyxie. A une semaine de l’échéance, ils continuent de jouer avec notre avenir.»

Ce passage est révélateur du rôle joué par les syndicats, qui bloquent la possibilité pour les travailleurs de lutter contre les attaques qu’ils subissent et négocient dans le même temps les licenciements et autres mesures avec le patronat et l’Etat.

Ceci continue l'attaque plus large contre les travailleurs de l’automobile depuis le début de la crise internationale en 2008, avec la fermeture d’usine d’équipementiers ou la restructuration, comme chez PSA, de l’appareil industriel. La conséquence fut la destruction de plusieurs milliers d’emplois en France et des dizaines de milliers autour du monde. Les travailleurs de GM ont vu baisser leur salaire selon un projet négocié par le syndicat UAW et l’administration Obama pour améliorer la compétitivité de GM.

La décision des constructeurs français de détruire les emplois de GM&S Industry fait partie d’une offensive réactionnaire visant à punir les travailleurs pour avoir manifesté leur mécontentement social. Selon le négociateur, «Ce qui leur est reproché, c’est un mouvement social qui avait conduit au blocage de l’approvisionnement il y a plusieurs années, ainsi que la défaillance des deux derniers repreneurs».

Ceci sonne comme un avertissement pour la classe ouvrière. La bourgeoisie ne pardonne pas l'opposition de la classe ouvrière. L’élection de l’ex-banquier de Rothschild, Emmanuel Macron, souligne que la contre-révolution sociale internationale va s’accentuer. Macron a fait partie d’un gouvernement PS qui a mené une politique d’austérité et de guerre, accompagnée de la suspension des droits démocratiques grâce à un état d’urgence qui a permis d’écraser les manifestations contre sa politique.

Il prépare la destruction du code du travail et la réduction des dépenses publiques et sociales comme en Grèce, pour rendre l’économie française plus compétitive.

Macron a eu le soutien de l’ensemble de l’establishment politique y compris des syndicats au second tour. Ceux-ci ont refusé de mobiliser plus largement les travailleurs dans une lutte contre la fermeture, par solidarité avec les travailleurs de GM&S, pour ne pas incommoder la campagne de Macron qu'ils défendaient soi-disant pour faire barrage à l’extrême droite, dans la droite ligne de leur soutien à Hollande.

Ceci souligne la justesse de l'appel du Parti de l'égalité socialiste (PES) à un boycott actif du second tour et à la mobilisation des travailleurs en lutte contre le prochain président, que ce soit Macron ou Le Pen. Il y a une colère sociale explosive en France et à travers l'Europe contre les licenciements et l'austérité. Mais seule une lutte politiquement indépendante et révolutionnaire de la classe ouvrière, rompant avec le soutien des appareils syndicaux pour Macron, permettra de mobiliser les travailleurs contre les attaques sociales qui se préparent.

Le rôle des syndicats, comme le démontre entre autres le cas de GM&S, sera de temporiser le plus possible et puis d'engager les luttes sous les conditions les plus défavorables, en les isolant, afin de ne pas trop déstabiliser Macron.

Les travailleurs ne pourront remporter aucune victoire réelle sans ôter le contrôle de leurs luttes aux appareils syndicaux et lutter indépendamment de tous les partis et organisations liées au PS et à Macron.