Le PDG d’Amazon amasse 3,3 milliards de dollars en quelques heures

Par Evan Blake et Eric London
11 mai 2017

Jeudi soir dernier, le PDG milliardaire propriétaire d’Amazon, Jeff Bezos, a amassé 3,3 milliards de dollars lorsque le géant technologique a déclaré son huitième trimestre rentable consécutif, ajoutant 50 dollars par action à la valeur de son portefeuille après la clôture des marchés.

Pour acquérir 3,3 milliards de dollars, un travailleur américain d’Amazon gagnant en moyenne 12,41 $/heure devrait travailler pendant 133.064 ans – à peu près la durée de l’existence de l’homme moderne sur Terre. Pour les travailleurs d’Amazon de Chine, du Brésil, de l’Inde et du Mexique, qui sont payés des salaires encore plus bas, cela leur prendrait encore beaucoup plus de temps.

Si la totalité de la force de travail d’Amazon aux États-Unis qui compte 200.000 travailleurs commençait à travailler le 1er janvier à ce salaire, leur salaire collectif n’atteindrait les 3,3 milliards de dollars qu’à la fin du mois d’août. Un employé d’entrepôt aux États-Unis devrait travailler près de deux semaines pour faire assez pour acheter une action seulement du portefeuille d’Amazon (environ 940 $) – et ça c’est avant impôt!

Le magot empoché en soirée par Bezos porte son avoir net à 80,6 milliards de dollars, ce qui en fait la troisième personne la plus riche de la Terre. Bezos devrait devenir la personne la plus riche du monde d’ici la fin de l’année.

Parmi les milliardaires du monde, Bezos a connu la plus forte croissance de sa richesse personnelle cette année, s’enrichissant de 15,3 milliards de dollars depuis le 1er janvier, selon le Bloomberg Billionaires Index. Au cours de la dernière année, Bezos a gagné 22,4 milliards de dollars, et 62,5 milliards de dollars au cours des cinq dernières années.

Pour mettre tout cela en perspective, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm estime qu’il coûterait environ 51 milliards de dollars – 11,5 milliards de moins que ce que Bezos a gagné en cinq ans – pour donner l’accès à l’eau et à des installations sanitaires à l’ensemble de la population mondiale, ce qui permettrait de sauver des millions de vie chaque année.

Un travailleur d’entrepôt moyen d’Amazon aux États-Unis gagne environ 25.792 $ par année avant impôt. Ainsi, au cours de l’année écoulée, Bezos a gagné 868.486 fois ce qu’un travailleur moyen d’Amazon gagne, et au cours des cinq dernières années, il a presque gagné ce même montant chaque minute, empochant plus exactement 23.782 $ à la minute.

Amazon et Bezos exercent un contrôle outrancier sur le système politique. En 2016, le Comité d’action politique d’Amazon a donné des centaines de milliers de dollars à 129 membres du Congrès – en fait 29,6 pour cent du total des membres – et à 35 sénateurs, tous répartis presque uniformément entre les démocrates et les républicains. Bezos possède également l’un des journaux les plus influents du pays, le Washington Post.

Les milliards de Bezos et son influence viennent de l’exploitation des centaines de milliers de travailleurs d’Amazon répartis dans le monde entier et qui travaillent chaque jour pour produire beaucoup plus de valeur pour l’entreprise qu’ils n’en reçoivent en salaire. C’est de là que viennent les bénéfices de l’entreprise.

Dans tous les pays où elle est présente, la société Amazon s’efforce d’extraire jusqu’au dernier cent de production de ses travailleurs pour extirper un maximum de profits. En Allemagne, Amazon a récemment mis en place une nouvelle politique de pénalité collective pour ses effectifs visant à dissuader les travailleurs de prendre les jours de maladie auxquels ils ont droit en vertu de la loi allemande.

Cette politique stipule que les travailleurs sont admissibles à une prime de groupe de 6 à 10 % seulement si l’ensemble du groupe utilise un nombre minimum de jours de maladie. Cela monte les travailleurs les uns contre les autres et exerce une pression immense sur les personnes pour ne pas prendre de congé de maladie de peur d’être accusé d’avoir privé de bonus leurs collègues.

Au cours des cinq dernières années, les revenus d’Amazon ont augmenté plus que le coût de ses produits (ce qui inclut les coûts de main-d’œuvre). Cela signifie que chaque année, le niveau d’exploitation augmente chez Amazon alors que les travailleurs reçoivent une plus petite proportion du bénéfice brut de la société. De 2012 à 2016, la différence entre les revenus totaux de l’entreprise et le coût de ses produits, y compris les coûts de main-d’œuvre, est passée de 15,12 milliards de dollars en 2012 à 47,72 milliards de dollars en 2016. Ce sont donc des dizaines de milliards de dollars de richesse que les travailleurs produisent, mais qu’ils ne verront jamais.

Derrière les milliards de dollars des bilans de l’entreprise se profile la vie de centaines de milliers d’ouvriers d’Amazon dont la lutte économique au quotidien finance le style de vie somptueux de Bezos.

En octobre dernier, Bezos a acheté la plus grande maison de Washington DC – un ancien musée du textile de 27.000 pieds carrés – pour 23 millions de dollars en espèces. Pour acheter juste un pied carré du manoir de Bezos, un travailleur d’Amazon gagnant 12,40 $/l’heure devrait travailler 68,7 heures.

La maison dispose de 14 salles de bains, 10 chambres et 11 foyers. On retrouve parmi les voisins de Bezos Barack Obama, le secrétaire d’État Rex Tillerson, ainsi que Jared Kushner et Ivanka Trump.

La richesse de Bezos n’est pas un produit de la «cupidité» individuelle, mais bien un produit du système capitaliste. Un système basé sur la propriété privée des moyens de production, détenue entre les mains d’un minuscule fragment de la population mondiale qui s’enrichit en exploitant la classe ouvrière mondiale.

C’est la classe ouvrière, tant chez Amazon que dans les autres industries et lieux de travail, qui produit la richesse de la société. Le Socialist Equality Party appelle à la nationalisation d’Amazon et de toutes les grandes entreprises, à la saisie de la richesse des riches et à la redistribution de celle-ci pour répondre aux besoins de l’humanité.

Pour cela, il faut une lutte politique pour l’unité de la classe ouvrière de toutes les nationalités contre les sociétés, les partis politiques et les gouvernements qu’ils dirigent, ainsi que contre leurs guerres de pillage menées pour assurer les bénéfices des entreprises. Le World Socialist Web Site encourage tous les travailleurs d’Amazon à partager cet article aussi largement que possible sur les médias sociaux et à nous contacter pour en savoir plus sur la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 6 mai 2017)