L'ex-dirigeant du Parti conservateur britannique Howard menace l'Espagne de guerre pour Gibraltar

Par Julie Hyland
4 avril 2017

Deux politiciens britanniques importants ont brandi la menace que le gouvernement conservateur de Theresa May était prêt à aller en guerre avec l'Espagne pour le territoire de Gibraltar sur la péninsule Ibérique.

Lord Michael Howards, un ancien dirigeant du Parti conservateur, a fait cette déclaration extraordinaire dans une entrevue à la BBC dans l'émission d'Andrew Marr dimanche. Ses déclarations venaient seulement quelques jours après le déclenchement par May de l'article 50, qui commence officiellement la séparation de la Grande-Bretagne de l'Union européenne (UE), qui doit être complétée avant le 29 mars 2019.

En réponse aux affirmations extrêmes de May concernant les termes de ce divorce, l'UE a publié un document ébauchant sa position pour les négociations à venir, dont une partie stipule que toute entente conclue avec le Royaume-Uni ne s'appliquerait pas à Gibraltar, le territoire d'outre-mer britannique, sans l'accord de l'Espagne.

Dénonçant cela comme une «expropriation territoriale» par l'UE en faveur de l'Espagne, Howard a lancé la menace: «Il y a trente-cinq ans cette semaine, une autre femme première ministre a envoyé une force militaire à l'autre bout du monde pour défendre la liberté d'un autre petit groupe britannique contre un autre pays hispanophone, et je suis absolument certain que notre présente première ministre démontrera la même détermination dans son appui au peuple de Gibraltar.»

Avec cette provocation, Howard faisait référence à Margaret Thatcher qui était allée en guerre contre l'Argentine pour les îles Malouines (Falklands) en avril 1982. La guerre de 74 jours pour ces îles éloignées du sud de l'Atlantique, saisies de l'Argentine en 1883, avait fait 900 morts, dont 649 étaient Argentins, principalement de jeunes conscrits. 

Plus tôt dans la même émission, le secrétaire à la Défense Michael Fallon a affirmé que la le Royaume-Uni serait prêt à «tout» pour protéger Gibraltar.

Pas un seul ministre conservateur d'importance n'a réprimandé Howard ou ne s'est dissocié de ses remarques. Le secrétaire aux Affaires étrangères Boris Johnson a plutôt réitéré que l'appui du Royaume-Uni pour Gibraltar demeurerait «implacable et solide comme le roc».

Un porte-parole de May a seulement dit que la première ministre est «absolument prête à travailler avec Gibraltar pour le meilleur des résultats possibles dans le Brexit» et a «réitéré notre position de longue date selon laquelle le Royaume-Uni maintient un appui indéfectible à Gibraltar, son peuple et son économie».

Johnson avait rencontré Fabian Picardo, le premier ministre de Gibraltar, vendredi à la suite de la publication de l'ébauche de l'UE afin de réitérer l'appui du gouvernement. Picardo a dit que le territoire, qui avait rejeté la souveraineté espagnole dans un référendum de 2002, avait été ciblé par l'Espagne dans un acte de discrimination «inutile, injustifié, et inacceptable».

Par contre, la dépendance d'outre-mer, avec seulement 30.000 habitants, a voté à 96 pour cent pour demeurer dans l'UE lors du référendum de juin dernier. La sortie britannique de l'UE fait resurgir les questions de contrôles frontaliers entre l'Espagne et Gibraltar, un territoire de 6,7 km carrés situé au sud de la péninsule Ibérique, ainsi que les droits d'atterrissage.

Le «rocher», tel qu'on l'appelle, a été cédé à la Grande-Bretagne «à perpétuité» sous le traité d'Utrecht de 1713. En plus d'être une base militaire importante pour les forces britanniques – il est situé à 19 kilomètres de la côte africaine – il représente un paradis fiscal important pour l'élite internationale et britannique.

Les Panama Papers – les 11,5 millions de documents publiés en 2015 du cabinet d'avocats offshore Mossack Fonseca – ont exposé le rôle de Gibraltar dans un réseau d'entités offshore utilisées par les politiciens et les super-riches aux fins d'évasion fiscale.

Dimanche, le journal Sun de l'oligarque milliardaire Rupert Murdoch a mené une défense véhémente de la possession de Gibraltar par la Grande-Bretagne, écrivant: «Gibraltar est britannique et demeurera britannique lors des négociations avec l'UE."

Tout comme Murdoch, Howard est un représentant de la droite dure héritière de Thatcher «pro Brexit» qui considère la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE comme l'opportunité de poursuivre la contre-révolution de Thatcher contre la classe ouvrière.

À cet égard, il y a des liens étroits entre les déclarations belliqueuses de Howard concernant Gibraltar et la guerre des Malouines. Thatcher a exploité la décision de la junte argentine d'envahir l'île afin de lancer une campagne chauvine qui visait à renforcer l'appui pour son gouvernement alors plongé dans d'importantes confrontations industrielles avec la classe ouvrière.

Similairement, le gouvernement conservateur de May applique des mesures d'austérité dans des conditions de polarisation sociale profonde et une crise politique et constitutionnelle créée par le Brexit. L'attaque de Howard contre «un autre pays hispanophone» indique que l'élite dirigeante est prête à déclencher une autre aventure militaire dans des buts similaires.

Les implications de ces développements dépassent de loin la guerre inégale lancée par Thatcher dans l’Atlantique Sud. La Grande-Bretagne et l’Espagne sont deux membres de l’OTAN. La possibilité d’une confrontation entre les deux pays impliquerait non seulement une Union européenne divisée et instable, mais les États-Unis.

Le fait que des sections de la bourgeoisie britannique semblent compter ouvertement sur la possibilité que les États-Unis appuient une action militaire contre l’Espagne reflète la détérioration dramatique des relations entre les puissances impérialistes.

Dimanche dernier, l’ancien contre-amiral de la Marine royale, Chris Parry, a dit au Telegraph: «Nous pourrions affaiblir considérablement l’Espagne à moyen terme et je pense que les Américains nous appuieraient probablement aussi.»

«En termes de puissance militaire, nous serions beaucoup plus nombreux qu’eux et notre capacité de leur faire des dégâts est beaucoup plus grande.»

La déclaration de Parry – et la position belliciste de Howard – découle de leur évaluation des déclarations du président Donald Trump en appui au Brexit et pour le démantèlement de l’UE, qu’il a décrit comme un concurrent économique aux États-Unis qui est dominé par l’Allemagne. Trump a aussi mis un point d’interrogation sur l’engagement des États-Unis envers l’OTAN et son gouvernement continue de maintenir que les puissances européennes doivent fortement augmenter les dépenses militaires pour s’assurer que les États-Unis continuent d’honorer l’Article 5 du traité de l’OTAN – qui engage les États membres à l’action défensive mutuelle.

Ce n’est pas seulement l’élite dirigeante britannique qui est téméraire. Le Parti populaire d’Espagne mène un gouvernement minoritaire, qui a été formé après des mois d’impasse électorale et qui impose encore plus l’austérité. Sa décision de faire avancer la question de la souveraineté de Gibraltar va de pair avec des déclarations du ministre des Affaires étrangères d’Espagne, Alfonso Datis, selon lesquelles l’Espagne ne va pas bloquer l’adhésion de l’Écosse à l’UE – advenant qu’un deuxième référendum sur l’indépendance écossaise du Royaume-Uni était accepté.

De plus, la décision de l’UE d’inclure Gibraltar dans ses négociations avec le Royaume-Uni reflète de façon sérieuse les forces nationales centrifuges qui déchirent l’Europe et l’économie mondiale.

La chancelière allemande Angela Merkel a écarté la demande de May selon laquelle les négociations sur les termes du Brexit prendraient place simultanément avec les négociations sur ses futures relations commerciales avec le bloc. Au même moment, les chefs de l’UE insistent que le Royaume-Uni doit payer jusqu’à 60 milliards £ en «contrat de divorce». Un haut responsable de l’UE a dit au Guardian que l’UE défend les intérêts de ses membres et «Cela veut maintenant dire l’Espagne.»

Au Royaume-Uni, le chef des libéraux démocrates, Tim Fallon, a accusé Howard de «jouer les gros bras», tandis qu’Emily Thornberry, du Parti travailliste, a critiqué ses remarques «incendiaires». Mais l’opposition à la descente vers la réaction nationaliste et la guerre ne peut être confiée à aucune section de la bourgeoisie.

Demandant à May d’établir des préparatifs pour défendre les citoyens britanniques, le porte-parole des Affaires étrangères des libéraux démocrates, Tom Brake, a dit: «C’est notre devoir d’appuyer les territoires outre-mer et toute tentative de minimiser l’importance de Gibraltar serait un manquement au devoir à se faire retourner Margaret Thatcher dans sa tombe.»

Cela s’applique particulièrement bien au Parti travailliste. Tout comme en 1983, lorsque son appui pour la guerre des Falklands/Malouines avait permis à Thatcher de remporter un second mandat, les travaillistes se rangent derrière la campagne nationaliste sur Gibraltar.

Tandis que le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, demeurait silencieux, le secrétaire du parti au Brexit, Keir Starmer, «a soutenu qu'il est vital que la souveraineté de Gibraltar soit protégée et que les intérêts des citoyens britanniques de Gibraltar soient préservés».

Dans sa déclaration: «Pour un boycott actif du référendum sur le Brexit!», le Socialist Equality Party a expliqué que pour combattre la descente vers le nationalisme, le militarisme et la guerre, la seule voie de l’avant pour les travailleurs en Grande-Bretagne et partout sur le continent était la lutte pour les États socialistes unis d’Europe, dans le cadre d’une offensive révolutionnaire de la classe ouvrière. Les commentaires de Howard, et les réponses à ceux-ci soulignent l’urgence de mener une telle lutte.

(Article paru en anglais le 3 avril 2017)