L’accord PSA-GM-Opel : Les syndicats s’engagent à collaborer avec la direction

Par Marianne Arens
7 mars 2017

En conséquence de la vente prévue par General Motors (GM) de la marque Opel / Vauxhall à Peugeot-Citroën (Groupe PSA), toutes les estimations suggèrent qu’au moins 6000 emplois risquent de disparaître, ainsi que plusieurs usines en Europe. Les syndicats coopèrent étroitement avec les patrons automobiles pour mettre en œuvre l’accord, qui fait partie d’une importante restructuration de l’industrie automobile aux dépens de la classe ouvrière.

Le syndicat IG Metall avait à peine pris connaissance du rachat que son chef Jörg Hofmann et le président du comité central d’entreprise d’Opel Wolfgang Schäfer-klug se sont rendu à Paris pour discuter avec Carlos Tavares, le PDG de Peugeot et Citroën.

Le 21 février, une déclaration commune du Comité central d’entreprise, de IG Metall et du Comité d’entreprise européen pour Opel / Vauxhall est apparue sur le site Web de l’IG Metall Darmstadt. Elle a salué les « discussions de confiances et ouvertes » avec le PDG de PSA et a noté l’« objectif commun » de « renforcer l’entreprise une fois de plus et ses marques de grande renommée », ajoutant que la question était de créer un « champion européen de l’automobile avec des origines germano-françaises. »

Conscient que la réalisation de cet objectif nécessitera la destruction de milliers d’emplois dans la société fusionnée et chez ses concurrents comme Volkswagen et Fiat, IG Metall salue sa « collaboration de confiance » avec la direction de l’entreprise. « Confiance » signifie dans le dos des effectifs, à mesure qu’IG Metall offre ses services à la direction dans l’élimination des emplois et dans la lutte contre ses concurrents.

Pour sa part, Tavares a déclaré que l’objectif de PSA était de « faire de la coopération avec les représentants des salariés et de la bonne relation avec eux un avantage concurrentiel clair au profit de la société », tout en ajoutant que le groupe PSA serait « parfaitement adapté à la cogestion allemande. »

La signification des mots de Tavares ne saurait être plus claire. Le rôle d’IG Metall et de la cogestion est de donner à la direction un « avantage concurrentiel » parce que les syndicats contribueront à garantir des salaires et des coûts du travail bas.

La tâche qui est posée aux travailleurs est claire : une rupture avec les syndicats, qui servent de bras droit de la direction d’entreprise pour imposer les vœux du patronat.

IG Metall, la CGT en France, Unite en Grande-Bretagne ou United Auto Workers (syndicat des travailleurs de l’automobile) aux États-Unis sont à 100 % opposés à une union des travailleurs de tous les constructeurs automobiles, de tous les pays, en solidarité contre l’offensive du capital. Au lieu de cela, ils maintiennent la classe ouvrière divisée et les dressent les uns contre les autres, pays contre pays, marque contre marque, et usine contre usine. Ils feront porter la charge totale de la restructuration à venir de l’industrie automobile aux travailleurs.

Une restructuration majeure du marché automobile mondial et européen est imminente. En Allemagne, un emploi sur sept est directement ou indirectement lié à l’industrie automobile.

Cette restructuration a lieu dans des conditions dans lesquelles le président américain Donald Trump a lancé ce qu’on peut considérer comme une guerre commerciale. Entre-temps, les changements technologiques transformationnels entreront bientôt en vigueur. Selon le cabinet comptable PWC, d’ici 2030, seulement 14 % des nouvelles voitures produites seront alimentées par des moteurs à essence et 10 % par le diesel. En revanche, les voitures électriques composeront 27 pour cent du marché alors que les véhicules hybrides représenteront 48 pour cent.

Il n’est nullement garanti que General Motors finira par abandonner le marché européen. Une fusion de GM avec Fiat Chrysler (FCA) est possible et GM aurait déjà engagé des discussions exploratoires avec le PDG de FCA Sergio Marchionne sur cette question. Le PDG de la FCA a exprimé l’espoir qu’une fusion ne créerait pas seulement le plus grand constructeur automobile d’Amérique, mais du monde.

Dans ces conditions, Opel et PSA espèrent occuper la deuxième place sur le marché européen derrière Volkswagen et devant Renault-Nissan. L’accord entre PSA et GM devait être conclu avant l’ouverture du salon automobile de Genève en Suisse aujourd’hui.

En ce qui concerne Opel, qui affiche des déficits chroniques, cela signifie l’élimination de grandes « surcapacités ». Suite à la fusion avec PSA, plus de 6000 personnes pourraient perdre leur emploi selon des études par de nombreux experts de l’industrie automobile.

Selon les estimations de Ferdinand Dudenhöffer, qui dirige le Centre de recherche automobile de l’Université de Duisburg-Essen, il faudrait 6250 suppressions d’emplois pour réaliser les économies nécessaires de 500 millions d’euros à la production.

« La fermeture d’usines entières n’est donc pas exclue », selon Dudenhöffer. Et Opel serait aujourd’hui « une entreprise à restructurer ».

Le professeur Stefan Bratzel, qui dirige un centre similaire au collège technique Bergisch-Gladbach, a parlé de la nécessité des suppressions d’emplois. Le quotidien Handelsblatt, s’appuyant sur plusieurs analyses, prévoit également la destruction de milliers d’emplois. Le journal a écrit qu’en intégrant le développement, les achats et la production, PSA entend économiser jusqu’à 2 milliards d’euros, ce qui « ne serait pas réalisé sans perte d’emplois ».

Le gouvernement fédéral d’Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU) a annoncé qu’il « accompagnerait positivement » la prise de contrôle. La ministre de l’économie Brigitte Zypries (sociaux-démocrates, SPD) a nommé le secrétaire d’État SPD du ministère de l’économie comme coordinateur chez Opel et depuis sa première visite à Paris, il percevait les « premiers signaux constructifs. »

Dans la campagne électorale qui s’approche, la tâche principale de Machnig est de garder la question au second plan et d’éviter tout conflit avec les travailleurs de l’automobile. Il a dirigé la campagne électorale fédérale pour Gerhard Schröder en 1998. Machnig a également dirigé la campagne électorale européenne de 2014 pour Martin Schulz, le candidat actuel du SDP au poste de chancelier.

Le PDG d’Opel, Karl-Thomas Neumann, et les hommes politiques allemands espèrent que sans GM, il sera plus facile de jouer un rôle sur le marché mondial et surtout de progresser sur le marché chinois. Le groupe PSA, dont 14 pour cent est détenu par l’État français, est également partiellement contrôlé par le constructeur automobile chinois Dongfeng, qui détient également 14 pour cent des actions.

L’espoir d’accéder au marché chinois est atténué par un différend sur les brevets. Les brevets Opel ont jusqu’à ce jour appartenu au propriétaire, GM. Bien que ce dernier soit prêt à vendre des licences, elle empêche en même temps que les véhicules construits avec ces licences soient exportés vers l’Amérique du Nord, la Russie ou la Chine. Opel ne pourrait donc exporter vers ces pays que des véhicules entièrement nouveaux.

Cela concerne en particulier la voiture électrique Ampera-e dans laquelle Neumann a placé de grands espoirs. Jusqu’à présent, le savoir-faire pour construire ce modèle est la propriété exclusive de GM.

Dans ces conditions, les constructeurs automobiles s’appuient sur une « collaboration de confiance » avec les syndicats et les comités d’entreprise.

Les collègues d’IG Metall aux États-Unis ne sont pas moins serviles envers la direction. Là-bas, l’UAW soutient le programme d’extrême-droite de Trump, « l’Amérique d’abord », qui s’appuie sur un nationalisme économique extrême. L’UAW travaille en étroite collaboration avec la directrice générale de GM, Mary Barra, qui est elle-même membre du comité consultatif économique de Trump. GM a récemment licencié 3 000 travailleurs dans l’Ohio et le Michigan avec le plein soutien de l’UAW.

En ce qui concerne la CGT française, elle a soutenu la suppression de dizaines de milliers d’emplois automobiles, s’assurant entre autres que la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois de Peugeot s’effectue sans opposition à la fin de 2013.

Les dirigeants syndicaux britanniques ont également réagi positivement à leurs premiers entretiens avec Tavares. Len McCluskey, secrétaire général d’Unite, l’a encensé, déclarant : « Il a dit qu’il ne voulait pas fermer d’usines, ce n’est pas sa manière de faire. »

On peut être certain que les comités d’entreprise allemands d’Opel et le syndicat IG Metall préparent déjà des plans sociaux et des mesures de transfert pour les travailleurs licenciés. Bien qu’ils écrivent actuellement partout que toutes les garanties d’emplois et maintien d’usines seront conservées dans le cadre de PSA, la garantie d’emploi expire à la fin de 2018, l’année prochaine ! Les garanties pour les d’usine ne courent que jusqu’à 2020.

IG Metall, le Comité d’entreprise et leurs collègues dans d’autres pays ont déjà collaboré à la fermeture de l’usine d’Opel à Anvers, de l’usine de Saab à Trollhättan en Suède, des usines de Bochum et de Saint-Pétersbourg et de la production de GM Holden en Australie.

Aujourd’hui, seules les usines d’Opel-Vauxhall à Rüsselsheim, à Eisenach, à Luton et Ellesmere Port (près de Liverpool), à Saragosse en Espagne, à Gliwice et Tychy en Pologne, à Aspern en Autriche, à Szentgotthard en Hongrie, ainsi qu’un centre de design à Turin, Italie, existent encore.

Il y a dix ans, GM avait encore 70 000 employés en Europe. Depuis lors, le nombre d’emplois a été réduit de près de la moitié, à 38 200. Dans le même temps, PSA a détruit près de 22 000 emplois en France. Dans chacun de ces assauts contre l’emploi, les syndicats nationalistes ont tout fait pour dresser une usine contre une autre et pour collaborer à l’élaboration des plans de fermeture.

Il est absolument essentiel d’abandonner cette politique en faillite et de la remplacer par une lutte pour unir les travailleurs de l’automobile à l’échelle mondiale. Voilà pourquoi le World Socialist Web Site appelle tous les travailleurs de l’automobile de construire des comités d’action indépendants pour défendre les salaires, l’emploi et d’autres acquis à tous les sites dans une lutte commune !

(Article paru en anglais le 6 mars 2017)