Washington est contre une proposition de désarmement nucléaire

Par André Damon
30 mars 2017

Lundi, les États-Unis, avec la Grande-Bretagne et la France, ont quitté une session de l’Assemblée générale des Nations Unies prévue pour discuter d’une interdiction mondiale des armes nucléaires.

Après avoir quitté la session, les États-Unis et leurs alliés impérialistes se sont alignés devant les journalistes pour faire une déclaration pour protester contre la proposition de l’ONU, en commençant par une diatribe incohérente de Nikki Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations Unies et idéologue de droite qui fut autrefois gouverneur de la Caroline du Sud.

Haley a déclaré : « En tant que mère, en tant que fille, je ne veux rien de plus pour ma famille qu’un monde qui n’a pas d’armes nucléaires. » Elle a toutefois mis en garde : « Notre tâche consiste à protéger les gens de notre pays. »

Elle a dénoncé plaintivement le fait que « soudain l’Assemblée générale veut avoir une audience pour interdire les armes nucléaires », disant, « nous devons être réalistes. Y a-t-il quelqu’un qui croit que la Corée du Nord serait d’accord pour une interdiction des armes nucléaires […]

« À ce jour et en ce temps, nous ne pouvons pas honnêtement dire que nous pouvons protéger notre peuple en permettant aux mauvais dirigeants de les avoir, alors que les bons parmi nous, qui essayent de maintenir la paix et la sécurité, ne les auraient pas. »

L’hypocrisie de ces déclarations est à couper le souffle. Il faut d’abord noter que le supposé gardien de la paix et de la sécurité est le seul pays à avoir utilisé une arme nucléaire dans une guerre, incinérant deux villes japonaises à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de ses efforts pour établir une domination militaire inégalée dans l’époque de l’après-guerre.

Plus récemment, la classe dirigeante américaine et ses alliés ont utilisé le prétexte des « armes de destruction massive » pour lancer une série d’opérations de guerre et de changement de régime, tuant plus d’un million de personnes au passage. Notamment, à la veille de l’invasion de l’Irak en 2003, les États-Unis ont affirmé à tort que le gouvernement du président irakien Saddam Hussein n’avait pas respecté les résolutions de l’ONU sur le désarmement.

Le 17 mars 2003, trois jours avant le début des opérations de « choc et effroi », George W. Bush a déclaré : « Nous avons fait adopter plus d’une douzaine de résolutions au Conseil de sécurité des Nations Unies […] Le régime irakien a utilisé la diplomatie comme stratagème pour gagner du temps et de l’avantage. Il a défié uniformément les résolutions du Conseil de sécurité demandant le désarmement complet. »

Les prétentions de l’administration Bush à propos des armes de destruction massive étaient un ramassis de mensonges. La guerre que Bush a lancée au nom de la défense du « désarmement » a conduit à une occupation brutale qui a plongé le pays dans un bain de sang qui continue à ce jour, engloutissant une grande partie du Moyen-Orient dans des guerres sectaires.

Aujourd’hui, les États-Unis utilisent des prétextes semblables pour intensifier les affrontements avec l’Iran et la Corée du Nord.

Plus tôt ce mois-ci, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a clairement indiqué que Washington est prêt à reprendre la guerre avec la Corée du Nord, à moins qu’elle ne cesse de développer ses armes nucléaires, affirmant que toutes les options étaient « sur la table ».

La déclaration de Tillerson a été accompagnée d’une offensive médiatique sans relâche exigeant une réponse encore plus agressive de l’administration Trump aux développements en Corée du Nord.

Pour ne citer qu’un seul exemple, le Wall Street Journal a publié une chronique d’opinion de Bret Stephens mardi appelant les États-Unis à « faire du changement de régime un objectif explicite de la politique américaine », exigeant que les États-Unis poursuivent leur politique d’escalade dans la région Asie/Pacifique qui pourrait aboutir à une guerre nucléaire totale avec non seulement la Corée du Nord, mais aussi avec la Chine.

Alors même que l’establishment politique américain préconise une escalade militaire, dans les coulisses, les grands groupes de réflexion mettent en garde contre le fait que les États-Unis sont proches de la guerre à grande échelle avec une ou plusieurs puissances dotées d’armes nucléaires.

Parmi les mises en garde les plus glaçantes, il y avait l’article de Philip Gordon publié dans Foreign Affairs. L’article décrit trois scénarios, tous narrés en temps réel, faisant l’hypothèse que les États-Unis pourraient se trouver dans une guerre à grande échelle avec la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran au cours des deux prochaines années.

Voici juste un exemple du scénario de la Chine : « Un incident survenu en mer de Chine méridionale a provoqué l’escalade que beaucoup craignaient. Les détails restent obscurs, mais elle a été déclenchée lorsqu’un navire de surveillance américain opérant dans les eaux disputées dans un brouillard épais a accidentellement percuté un chalutier chinois qui le harcelait. Dans la confusion qui a suivi, une frégate de la Marine de l’Armée populaire de libération chinoise a tiré sur le navire américain non armé, un destroyer américain a coulé la frégate chinoise et une torpille chinoise a frappé et endommagé gravement le destroyer, tuant trois Américains ». Le conflit qui s’ensuivrait pourrait « conduire rapidement à des centaines de milliers de victimes, impliquer les États voisins, et faire des milliers de milliards de dollars de dégâts matériels. »

L’article est rédigé sous la forme d’un avertissement du fait que le style diplomatique effronté et agressif du président américain Donald Trump risque une erreur de calcul qui pourrait mener à une guerre involontairement ; en ce sens, il dépeint Trump comme une exception. En réalité, cependant, Trump représente la forme la plus avancée de la fièvre guerrière qui envahit tous les pays capitalistes et les deux partis politiques aux États-Unis. Le prédécesseur de Trump, Barack Obama, a lancé un programme de modernisation nucléaire de mille milliards de dollars, tout en aggravant les conflits avec la Russie et la Chine. En même temps, les opposants démocrates de Trump au Congrès ont centré leur critique de son gouvernement sur l’effort pour le forcer à adopter une ligne plus dure contre la Russie.

La fièvre guerrière fait rage également dans toute l’Europe et l’Asie. Les membres de l’OTAN, dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ont chacun envoyé des chars, des armes lourdes et des soldats aux frontières occidentales de la Russie après avoir considérablement augmenté leurs dépenses militaires l’an dernier. Citant un conflit potentiel avec la Russie, la Suède a introduit le service militaire obligatoire, et Emmanuel Macron, le favori à l’élection présidentielle française, a promis de faire la même chose, d’autres pays sont susceptibles de suivre. Pendant ce temps, la presse allemande a appelé l’Allemagne à développer des armes nucléaires, une proposition considérée jusqu’à maintenant impensable à la lumière des crimes perpétrés par l’armée allemande dans la Seconde Guerre mondiale.

Partout dans le monde, les puissances impérialistes, débordant d’hypocrisie, s’arment jusqu’aux dents en prévision d’une troisième guerre mondiale. La conception que les puissances capitalistes, chacune engluée dans sa propre crise politique, économique et sociale intérieure, renonceraient volontiers à la guerre comme instrument de leur politique, voire à l’utilisation d’armes nucléaires, est un rêve utopique.

Comme Leon Trotsky l’a écrit dans le Programme de transition de 1938, « le désarmement […] Mais toute la question est de savoir qui désarmera et qui sera désarmé. Le seul désarmement qui puisse prévenir ou arrêter la guerre, c’est le désarmement de la bourgeoisie par les ouvriers. Mais, pour désarmer la bourgeoisie, il faut que les ouvriers eux-mêmes soient armés. »

Trotsky voulait dire que les travailleurs doivent s’armer avant tout politiquement, avec un parti international capable de saisir le pouvoir politique de l’élite financière qui bénéficie de la guerre et de réorganiser les États-nations qui se querellent entre eux dans une fédération socialiste internationale basée sur la réorganisation de la vie économique dans l’intérêt des besoins sociaux, au lieu du profit privé.

(Article paru en anglais le 29 mars 2017)