Derrière les attaques antisémites et racistes aux États-Unis

Par Patrick Martin
2 mars 2017

L’arrivée au pouvoir du gouvernement Trump a encouragé les forces les plus réactionnaires, racistes et rétrogrades dans la société américaine. Près d’une centaine de menaces téléphoniques d’attentat ont été signalées contre des centres communautaires juifs dans le pays, toutes jusqu’à présent se sont avérées être de fausses alertes, mais ont provoqué beaucoup d’inquiétudes et de perturbations. Deux cimetières juifs ont été profanés, le plus récemment samedi soir à Philadelphie, où plus de 500 pierres tombales ont été déplacées ou brisées – un résultat qui a clairement impliqué un effort important et déterminé.

Le week-end dernier, un informaticien immigré originaire de l’Inde a été assassiné à Kansas City, abattu dans un bar par un fanatique vétéran de la Marine qui pensait avoir tué un Iranien et qui avait fait écho à la rhétorique de la campagne de Trump en criant « dégagez de mon pays » avant d’ouvrir le feu. Il ne s’agit que du cas le plus flagrant dans une vague de violence et d’intimidation contre les immigrés et les musulmans, inspirée par les décrets de Trump visant les réfugiés et les travailleurs immigrés.

Pour la forme, Trump a fait référence aux préoccupations concernant les attaques racistes et antisémites au début de son discours télévisé au Congrès mardi soir. Ses larmes de crocodile ont été démenties presque immédiatement lorsqu’il a revisité son principal thème de campagne pour diaboliser les immigrants comme des criminels, des trafiquants de drogue et des membres de gangs.

L’attitude réelle du président face à la vague d’attaques antisémites a été exprimée dans son discours à la Maison Blanche mardi devant un groupe de procureurs généraux de l’État. Trump a été interrogé sur les menaces d’attentat et la profanation des tombes, et il a répondu : « Parfois, c’est le contraire, pour rendre les gens – ou faire paraître les autres – comme mauvais », a-t-il dit.

Ce n’est pas la première fois que Trump a suggéré que ses opposants politiques organisent les attaques antisémites afin de gêner son gouvernement. Trump a dit la même chose, quoique de façon typiquement confuse et décousue, quand on l’a interrogé sur les attaques à sa conférence de presse le 16 février. « Vous avez certains effets et éléments de colère causés par les gens en face », a-t-il affirmé. « Ils vont faire des signes et des dessins qui sont inappropriés. Ce ne sera pas mes gens. Ce sera les gens de l’autre côté cherchant à mettre en colère des gens comme vous. »

Des allégations semblables ont été mises en avant par des éléments d’extrême-droite comme l’ancien chef du KKK et néonazi David Duke, avec la référence aux « gens de l’autre côté » remplacée par la déclaration que ce sont des Juifs qui sont responsables des profanations.

Les responsables des groupes juifs ont critiqué les dernières remarques de Trump, tout comme une série de commentaires et d’actions qui n’ont pas d’autre explication sérieuse, que d’être des expressions d’un antisémitisme profondément ancré chez les principaux responsables de la Maison-Blanche.

Le plus flagrant était la déclaration officielle de la Maison Blanche commémorant le souvenir mondial de l’Holocauste, qui ne faisait aucune référence aux victimes juives de la « solution finale » d’Hitler, une omission que les aides de la Maison Blanche avaient confirmé être intentionnelle.

Les liens entre Trump et le milieu nauséabond de l’antisémitisme et du racisme blanc ont été affichés par le passé lors de sa réticence tristement célèbre à se démarquer de Duke, qui a ardemment soutenu Trump dans les primaires républicaines.

Le conseiller politique le plus proche de Trump, qui occupe un rôle de premier plan dans pratiquement tous les domaines, est Stephen Bannon, l’ancien chef d’inspiration fasciste de Breitbart News, ce site est devenu l’un des principaux point de rencontres pour les racistes blancs, les antisémites et les éléments néo-nazis. Dans ses déclarations politiques, Bannon invoque ce qu’on qualifie diplomatiquement de « dog whistles » (des messages codés) pour l’antisémitisme, des tropes alambiqués comme sa dénonciation des « médias corporatistes et mondialisés » lors de la Conservative Political Action Conference.

Trump lui-même a adopté « l’Amérique d’abord » comme le thème de son discours fasciste inaugural, en dépit – ou plutôt en raison – du fait que le groupe de ce nom dans les années 1930 était dirigé par le sympathisant nazi Charles Lindbergh et que ce slogan était associé par la suite à l’hostilité envers les Juifs.

La Maison Blanche a rejeté à plusieurs reprises les accusations d’antisémitisme en se référant à la famille de Trump – sa fille Ivanka s’est convertie au judaïsme quand elle a épousé Jared Kushner, maintenant un collaborateur de premier plan de la Maison Blanche – et il y a des membres juifs au cabinet de Trump comme le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin. La question n’est pas résolue si facilement.

La promotion du racisme anti-immigrants et du nationalisme américain par Trump a une logique politique bien définie, alignant son gouvernement sur les tendances les plus nauséabondes et les plus rétrogrades de la vie politique américaine. Ces éléments se ruaient en soutien à la campagne de Trump et sont encouragés à la fois par sa victoire électorale et par sa promotion de figures comme Bannon, Sebastian Gorka (associé au groupe néonazi hongrois, l’Ordre de Vitéz) et Michael Anton (qui a dénoncé l’Islam comme une « foi militante ») à des postes importants à la Maison Blanche.

Le gouvernement Trump a été imprégné de racisme et de chauvinisme dès son premier jour au pouvoir. Significativement, alors qu’il était bien obligé de faire une condamnation superficielle de l’antisémitisme la semaine dernière, Trump n’a pas dit un mot au sujet de la violence contre les musulmans ou les migrants. Il n’a rien dit au sujet du massacre de cinq musulmans dans une mosquée de Québec, au Canada, perpétré par un raciste d’extrême-droite qui se présentait comme un de ses admirateurs.

Tout au long de cette période, la principale initiative politique du nouveau gouvernement a été de lancer une attaque aux relents de pogrom contre les immigrants, que ce soient des réfugiés musulmans fuyant des bombes et des missiles américains au Moyen-Orient ou des Mexicains et des Américains d’Amérique centrale travaillant dans les emplois difficiles à bas salaire pour nourrir leurs familles à travers les États-Unis.

Les raids massivement médiatisés, les rafles et l’emprisonnement massif d’innocents ont servi de feu vert à toutes les milices racistes en Amérique. Le gouvernement Trump est moralement et politiquement responsable de la recrudescence de l’antisémitisme et du racisme, et il doit en être tenu pour responsable.

Le gouvernement Trump, cependant, est une expression d’une maladie profonde, et qui n’a pas commencé avec l’entrée de Trump et Bannon dans la Maison Blanche. Le nationalisme d’extrême-droite en général et l’antisémitisme en particulier ont toujours été associés à l’idéologie sociale et politique réactionnaire. Il est employé par la classe dirigeante pour détourner la colère populaire et pour créer le fondement idéologique de la guerre.

Les années 1930 ont vu une montée féroce de l’antisémitisme, non seulement en Europe, mais aussi aux États-Unis. C’était aussi une période de lynchages racistes dans le sud, suivie pendant la Seconde Guerre mondiale par l’internement massif d’Américains d’origine japonaise ordonné par le gouvernement Roosevelt.

Toute cette saleté nationaliste émerge à nouveau. Des forces semblables progressent dans toute l’Europe, avec des partis et des organisations qui promeuvent le déni de l’Holocauste, l’antisémitisme, les attaques violentes contre les immigrés et le renforcement de la police et de l’armée, tous les signes extérieurs d’un retour des forces fascistes responsables des plus grands crimes du XXᵉ siècle.

Un pays après l’autre, la classe dominante met en avant les pires formes de nationalisme et de bigoterie religieuse. Les politiques de guerre de l’impérialisme américain au Moyen-Orient, avec le soutien de l’OTAN, ont poussé des dizaines de millions de réfugiés à fuir leurs foyers. Plus d’un million de personnes se sont rendues en Europe en quête de sécurité et d’un avenir décent. Mais la politique du gouvernement Trump, et de ses semblables en Europe, est de qualifier les victimes de l’impérialisme de « terroristes » et de leur barrer l’entrée.

Au bout du compte, le mélange réactionnaire fasciste régurgitée par le gouvernement Trump est un produit de la crise et de l’effondrement du système capitaliste.

(Article paru en anglais le 1 mars 2017)