Manifestations au Royaume-Uni contre le décret anti-immigration de Trump

Par Robert Stevens
2 février 2017

Dans un élan d'opposition à Donald Trump et de défense des immigrants, des réfugiés et des demandeurs d'asile, des milliers de personnes ont manifesté lundi à travers le Royaume-Uni. Les dénonciations de Trump et du Premier ministre britannique Theresa May pour leur islamophobie étaient au centre des manifestations. Il y avait beaucoup de jeunes, dont certains se considéraient comme des socialistes et des partisans du dirigeant travailliste, Jeremy Corbyn.

Outre l'opposition contre Trump, et les démarches de May pour consolider ses relations avec le gouvernement Trump, les manifestations reflétaient une hostilité croissante envers la xénophobie et les sentiments anti-immigré stimulés lors du référendum sur le Brexit l'année dernière. 

Il y avait un contraste frappant entre la sincérité des manifestants et les sentiments des organisateurs de la manifestation, qui s'opposent à Trump parce que sa politique est contraire aux intérêts de l'impérialisme britannique. Les représentants de la faction pro-UE de l'élite dirigeante veulent utiliser ces manifestations pour s'opposer à l'alliance britannique avec les Etats-Unis et former une «alliance progressiste» avec l'Europe «civilisée», surtout orientée vers Paris et Berlin, contre Trump. 

La manifestation de Londres avait été organisée par Owen Jones, l'un des dirigeants de la campagne du Stay in the EU (Rester dans l'UE) et une figure charnière dans la tentative de l'aile droite du Parti travailliste de limoger Corbyn après le référendum sur le Brexit. Parmi les principaux intervenants figuraient l'ancien chef du Parti travailliste, Ed Miliband, et le chef de file du Parti libéral démocrate, Tim Farron. Les libéraux comptent voter contre le déclenchement de l'article 50, qui lancera la sortie de l'UE de la Grande-Bretagne, et proposent à la place un deuxième référendum.

Malgré ses appels tardifs pour que May annule son invitation à Trump au Royaume-Uni, Corbyn s'est absenté de la manifestation de Londres et a préféré envoyer son alliée proche, Diane Abbott. 

Des militants du Parti de l'égalité socialiste ont distribué la perspective du WSWS, Le gouvernement Trump-Bannon : gouverner par décret. Ils ont proposé une opposition à la fois à Trump et à la faction pro-EU de la bourgeoisie britannique et européenne, fondée sur la mobilisation de la classe ouvrière, aux États-Unis, en Europe et à l'échelle internationale. 

Malgré un préavis d'un jour, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers la résidence du Premier ministre à Downing Street. À 19h, la foule s'étendait le long de Whitehall et noyait les haut-parleurs officiels lorsqu'elle scandait des slogans anti-Trump et pro-immigration. 

Des milliers de pesonnes ont manifesté à 35 villes en Grande-Bretagne, dont Birmingham, Edimbourg, Glasgow, Aberdeen, Cardiff, Manchester, Leeds, Sheffield, Brighton, Newcastle et Liverpool. 

Environ 3 000 personnes ont manifesté devant l'hôtel de ville, à Albert Square, à Manchester. L'air vibrait de slogans dont «Pas de haine, pas de peur, les réfugiés sont les bienvenus ». Les manifestants brandissaient des bannières artisanales avec des slogans tels que: «Ils sont venus pour les musulmans d'abord, nous disons: pas cette fois, jamais plus», et «Construire des ponts, pas des murs».

À Leeds, les manifestants ont scandé: «Trump est un menteur!» Et «Pas de haine! Pas de peur! Donald Trump n'est pas le bienvenu ici! » 

2.000 personnes auraient manifesté Sheffield, mais la foule comptait probablement le double. L'ex-dirigeante du Parti Vert et défenseur de « l'alliance progressive » Natalie Bennett a pris la parole. Elle prévoit de contester la circonscription de Sheffield Central aux prochaines élections générales.

Bennett a demandé que le gouvernement britannique émule l'Allemagne et la France, affirmant que celles-ci tenaient tête à Trump. « L'Allemagne, bien fait », a-t-elle dit, louant la chancelière Angela Merkel. « La France a résisté aussi », a-t-elle dit, ainsi que le premier ministre canadien Justin Trudeau. Elle a critiqué Thérèse May, qui selon elle n'aurait pas de «boussole morale». Bennett a également prétendu que l'ONU pourrait s'opposer aux actions antidémocratiques de Trump. 

Un conseiller libéral-démocrate a déclaré que son parti était uni avec les Verts et le Parti Travailliste contre Trump. « Nous n'avons aucun désaccord sur cette question », a-t-il dit. « Nous sommes unis ». Appelant à l'opposition à la visite d'Etat de Trump, il a dit: « Je suis fier de Sa Majesté la Reine, et elle sera dans une très mauvaise position » si Trump vient lui rendre visite.

Maxine Bowler, du Socialist Workers Party (SWP, Parti Socialiste des Travailleurs) et de Stand up to Racism (Résister au racisme), a salué la mobilisation pour la Marche des Femmes le 21 janvier à Washington, qui a promu la politique raciale et de genre et des éloges creuses de la «démocratie». 

« Cela ne fait qu'un peu plus d'une semaine de la présidence de Trump, et nos cauchemars se réalisent. Cette dernière politique sur l'accès aux États-Unis est clivante et anti-musulmane », a-t-elle dit en félicitant le politicien démocrate professionnel de la politique de race, le révérend Al Sharpton, pour avoir dit que « l'élection est terminée et la résistance commence dès maintenant ».

Sur Trump, elle a dit, "Beaucoup sont effrayés par cet intimidateur misogyne et raciste ... C'est comme dans les années 1930. Trump propose même un registre pour les musulmans. C'est pourquoi nous devons nous unir. On aurait pu vaincre Hitler si tout le monde avait été uni ».

Le seul orateur à comparer les politiques de Trump et de la Grande-Bretagne était un représentant du Sheffield Asylum and Refugee group (Groupe d'asile et de réfugiés de Sheffield). Il avait eu affaire avec May en tant que ministre de l'intérieur et première ministre, « et ses politiques à elle sont très semblables à celles de Trump », a-t-il expliqué. 

En mai 2012, la ministre de l'Intérieur May avait dit vouloir créer un «environnement hostile» pour les demandeurs d'asile. C'était elle qui a mis des affiches sur les fourgonnettes du ministère de l'Intérieur qui disaient aux immigrés de «rentrer chez eux ».

«En 2014, May a déporté des milliers d'étudiants venus ici pour étudier au motif qu'ils étaient illégaux», a-t-il poursuivi. « La Cour suprême a récemment déclaré que cette action était illégale ». 

Il a attiré l'attention sur les politiques de Londes et de l'UE contre les migrants qui cherchent à entrer dans l'UE. Des navires de sauvetage avaient été retirés de la Méditerranée et de la mer Egée, a-t-il dit. C'était une politique «de les laisser se noyer afin de dissuader d'autres demandeurs d'asile. En conséquence, 5 000 hommes, femmes et enfants y sont morts l'année dernière seulement ».

Avant les manifestations, lors d'un débat d'urgence demandé par Ed Miliband, des parlementaires ont demandé au ministre des Affaires étrangères Boris Johnson de préciser si les citoyens britaniques et les personnes de double nationalité seraient affectées par l'interdiction de Trump. C'est devenu une occasion de dénoncer May pour son soutien sans critiques de Trump et pour appeler à l'annulation de la visite d'Etat de Trump, prévue pour cet été. 

Johnson a promis qu'aucun détenteur de passeport britannique ne serait touché, mais les députés de l'opposition l'ont raillé quand il a prétendu que Trump était « diabolisé sans raison» à cause de son interdiction des réfugiés, et que la visite de May à Washington avait été «très réussie». 

Une pétition demandant que Donald Trump « soit autorisé à entrer au Royaume-Uni en sa qualité de chef du gouvernement américain, mais sans être invité à faire officiellement une visite d'État, car cela causerait de l'embarras à Sa Majesté la Reine » avait reçu plus de 1,7 million de signatures mardi soir.

Selon un briefing aux journalistes de Westminster, la visite d'Etat de Trump serait maintenue. Selon une source gouvernementale qui s'est exprimée à la BBC, annuler la visite serait un «geste populiste» qui «déferait tout». 

(Article paru en anglais le 1 février 2017)