Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Londres pour la deuxième série de manifestations contre Trump

Par Robert Stevens
7 février 2017

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Londres et des milliers d’autres dans le Royaume-Uni samedi pour protester contre la présidence de Donald Trump et son interdiction de voyager aux États-Unis pour les citoyens de sept pays majoritaires musulmans.

La manifestation a été organisée par un certain nombre d’organisations, dont la Stop the War Coalition (Coalition pour arrêter la guerre), People’s Assembly (l’Assemblée du peuple), Stand Up to Racism (se confronter au racisme) et le Muslim Council of Britain (le Conseil musulman de Grande-Bretagne).

Manifestants à Londres

Les manifestants se sont rassemblés à l’ambassade des États-Unis dans la capitale et ont défilé quelques kilomètres jusqu’à Downing Street – la résidence du Premier ministre Theresa May – où un autre rassemblement a eu lieu.

L’écrasante majorité des participants étaient des jeunes. Beaucoup portaient des banderoles improvisées dénonçant l’interdiction ainsi que d’autres politiques mises en place par le gouvernement Trump.

Alors que la grande majorité des manifestants étaient présents sur la base de la volonté de s’opposer à Trump, les organisateurs ont cherché à détourner cette opposition dans l’impasse des appels au premier ministre May de mettre fin à la « relation spéciale » entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Les allocutions de la plate-forme au début et à la fin du rassemblement ont été centrées sur des appels à May pour « annuler l’invitation » à Trump pour une visite d’État officielle au Royaume-Uni plus tard dans l’année, où il devrait rencontrer la reine au Palais de Buckingham. Andrew Murray, président de Stop the War et partisan du quotidien stalinien Morning Star, est allé jusqu’à déclarer : « Je dois admettre que je suis devant vous ici en tant que républicain, mais ma première pensée quand j’ai entendu parler de cela [la visite], je me suis dit “Donald Trump, ôtez vos mains baladeuses de la reine.” »

Andrew Murray prenant la parole devant l’ambassade des États-Unis à Londres

Il a exhorté May à, « Lâchez sa main [de Trump]. Il est temps, enfin, de mettre un terme à la relation spéciale. »

En dissimulant l’attaque contre les droits démocratiques menée par les gouvernements travaillistes et conservateurs successifs, y compris la période récente où May occupait le poste de ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Cameron, Murray a conclu en disant : « Il est temps que nous ayons un gouvernement britannique » qui irait « défendre la dignité de notre démocratie et les valeurs auxquelles nous tenons. »

Rien de tout cela ne vise à mobiliser la classe ouvrière en Grande-Bretagne et aux États-Unis contre Trump ou May, mais s’adresse à des sections de la classe dirigeante et des couches supérieures de la classe moyenne pour forcer May à reconnaître qu’une telle relation étroite avec Trump sera préjudiciable aux intérêts de l’impérialisme britannique.

Avant la manifestation, Stop the War a publié une pétition appelant à la fin de la relation spéciale en rapport avec l’opposition à la visite officielle proposée de Trump.

Dans une déclaration du 27 janvier, on lisait : « notre gouvernement ne devrait pas se porter caution aux genres d’idées et politiques qu’il [Trump] met en avant ».

Un article du 23 janvier de Chris Nineham, une figure de proue du Stop the War Coalition et membre de Counterfire, un rejeton du Socialist Workers Party (Parti des travailleurs socialistes, SWP), a déclaré : « Tout gouvernement civilisé ou raisonnable romprait les liens avec lui. »

Il a conclu : « Nous devons exiger maintenant que notre gouvernement rompe les liens avec le régime de Trump et mette fin à la relation spéciale. C’est seulement à ce moment-là que nous pourrons commencer à nous éloigner de la guerre et avancer vers une politique étrangère sensée » (italiques ajoutés).

Une section de la manifestation de Londres

Ce qui motive tous les organisateurs de la manifestation de Londres, c’est leur opposition résolue à tout mouvement indépendant de la classe ouvrière contre l’élite dirigeante.

John Rees, un autre dirigeant de Counterfire, a parlé au nom du People Assembly devant la résidence du Premier ministre May à Downing Street. Rees a affirmé que le seul moyen d’avancer dans la lutte contre Trump et May est de soutenir et rejoindre les syndicats. Trump, a-t-il dit, attaque les syndicats.

Cela déforme complètement la relation entre Trump et les syndicats, qui ont tendu la main au démagogue fasciste en revendiquant une plate-forme commune de nationalisme économique dans la défense du capitalisme américain.

En décembre dernier, le New York Times a publié un éditorial de Richard Trumka, le président de la Fédération américaine du travail et Congrès des organisations industrielles (AFL-CIO), en faisant valoir que Trump serait beaucoup plus efficace s’il considérait les syndicats comme « partenaires » plutôt qu’antagonistes. En janvier, l’AFL-CIO a exhorté Trump à honorer son engagement de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain, avec Trumka promettant : « Nous sommes prêts à le faire. »

En février, Trump a organisé un déjeuner à la Maison Blanche avec des dirigeants d’entreprises et des représentants de l’United Steelworkers (syndicats des métallos, USW) et de l’International Association of Machinists (syndicat des ingénieurs, IAM) du constructeur de motos Harley-Davidson. Trump a dit des syndicats, « Vous, les gars, avez été formidables avec moi. »

Le chef de l’USW, Leo Gérard, a applaudi l’ordre exécutif de Trump annulant l’engagement des États-Unis dans le pacte commercial du Partenariat Trans-Pacifique (TPP), et s’est engagé à travailler avec Trump sur le « programme promis, pro-ouvrier favorisant la hausse des revenus qui donne la priorité à la revitalisation de l’industrie. »

Protesters on the London demonstration

Au Royaume-Uni, les syndicats ont un bilan ininterrompu d’avoir organisé une défaite après l’autre depuis les trois dernières décennies. Mais cela n’a pas empêché Rees de déclarer : « Ce que nous devons scander aujourd’hui, c’est syndicat, syndicat, syndicat ! »

Le même message pro-capitaliste britannique a été répété lors de manifestations dans tout le pays. À Sheffield, par exemple, environ 800 personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville pour être harangués par une plate-forme dominée par le Parti travailliste, le Parti vert et les groupes de pseudo-gauches, y compris le SWP.

Natalie Bennett, l’ancienne dirigeante des Verts, a condamné le soutien de May à Trump en le traitant comme en étant en opposition aux intérêts nationaux britanniques. « Nous nous concentrons sur Trump », a déclaré Bennett, « mais nous nous concentrons également beaucoup sur Theresa May, qui marche main dans la main avec Donald Trump, et je pense qu’elle a un message de la Grande-Bretagne qui dit, “cela n’est pas acceptable.” »

Le secrétaire de la Centrale locale des Syndicats de Sheffield, Martin Mayer, a condamné May comme une raciste, mais a gardé le silence sur le bilan anti-immigrants du Parti travailliste, y compris ses appels répétés appuyés par le Congrès des syndicats (TUC), en faveur d’une « discussion légitime » contre la liberté de circulation des travailleurs. Les organisateurs du rassemblement ont introduit des intervenants de diverses associations ethniques et communautaires, y compris les conseillers municipaux travaillistes, Mohammed Maroof, et Abdul Khayum, dont les affiliations politiques ont été dissimulées délibérément.

Maxine Bowler du SWP a été présentée comme « militante syndicale de premier plan » et a combiné des attaques démagogiques contre Trump (« vous êtes viré ! ») avec un soutien manifeste aux puissances impérialistes en Europe et ailleurs. « Les politiciens du monde entier s’en prennent à Trump », a-t-elle déclaré. « Nous devons arrêter Theresa [May] la conciliatrice. »

Avant la manifestation de Londres, une tentative a été faite pour la saboter par le chroniqueur du Guardian Owen Jones et un certain nombre de ses co-penseurs journalistiques. Jones, un travailliste qui, l’année dernière, a joué un rôle clé dans la tentative de putsch contre le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a lancé une chasse aux sorcières contre le SWP, affirmant que le groupe était derrière l’un des organisateurs de l’événement, Stand Up to Racism. Il a tweeté vendredi, « Je ne participerai pas à la manifestation de demain contre Trump en raison du rôle de premier plan du SWP, une secte qui a fait l’apologie du viol. »

Le but de l’attaque contre le SWP, qui utilisait ses efforts bureaucratiques pour faire taire les accusations de deux membres contre un de ses dirigeants en 2013, vise à attiser l’hystérie contre toute pensée et tendance politique de gauche, en affirmant que l’affaire du « camarade Delta » est une mise en cause du léninisme, du trotskysme et la preuve que les « abus grossiers de pouvoir » seraient « inévitables à l’extrême gauche ».

Le but de Jones est de stigmatiser toute personne qui conteste même faiblement ses efforts pour subordonner la politique au Parti travailliste, et surtout à la perspective de l’aile blairiste pro-capitaliste, pro-Union européenne qu’il régurgite chaque semaine dans les pages du Guardian.

Jones est une figure de premier plan dans la Stop Trump Coalition (la Coalition pour Arrêter Trump), qui cherche à exploiter l’hostilité de masse envers le régime de droite de la Maison Blanche et les conservateurs britannique pour soutenir que la décision référendaire de juin dernier de quitter l’UE doit céder la place à une réorientation vers une nouvelle politique étrangère anti-États-Unis, et pro-UE.

(Article paru en anglais le 6 février 2017)