Paolo Gentiloni nommé nouveau Premier ministre italien

Par Marianne Arens
14 décembre 2016

Quatre jours après la démission du premier ministre italien Matteo Renzi, le président Sergio Mattarella a désigné l’ancien ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, pour lui succéder.

Lundi soir, Gentiloni a soumis son remaniement ministériel au président Mattarella. Les noms en seront annoncés aujourd’hui et le nouveau gouvernement sera alors soumis dans les prochains jours à un vote de confiance des deux Chambres du parlement.

Gentiloni (62 ans) est considéré comme un proche de Renzi qui a essuyé une sévère défaite au référendum constitutionnel du 4 décembre et démissionné par la suite. C’est pour cette raison qu’il a été raillé par l’opposition comme le « clone » et l’« avatar » de Renzi.

Héritier d’une vieille famille aristocratique italienne, il fut dans son adolescence militant gauchiste et occupa une école. Il a ensuite rejoint le mouvement écologiste pour finalement débuter une carrière politique sur la scène municipale de Rome au sein de La Margherita un parti dominé par les chrétiens-démocrates. Au sein du Parti démocrate (PD), qui fusionna avec Margherita en 2007, il passa pour être un théoricien de la « troisième voie » inspirée de Tony Blair.

Dimanche après-midi, Gentiloni a dit dans sa première déclaration que son gouvernement tant de par sa composition que par son programme, s’inscrirait dans la même ligne que le gouvernement de Renzi. « Pas volontairement », a-t-il dit, « mais par un sentiment de responsabilité nous évoluerons dans le cadre du gouvernement sortant et de sa majorité ».

Tout comme son prédécesseur, le gouvernement Gentiloni s’appuiera sur une coalition du PD et du Nouveau Centre-Droit (NCD), une scission de Forza Italia de Silvio Berlusconi. D’après les médias, son effectif sera en grande partie issu des mêmes sources.

Pier Carlo Padoan dont le nom avait initialement circulé comme successeur de Renzi, restera ministre des Finances, en continuant à s’occuper de la crise bancaire toujours en cours. Le successeur de Gentiloni au poste de ministre des Affaires étrangères sera l’ancien ministre de l’Intérieur Angelino Alfano, le dirigeant du parti conservateur NCD.

Le gouvernement Gentiloni poursuivra la politique du gouvernement Renzi – des attaques massives contre les retraites, les écoles publiques et les droits des travailleurs. Ses deux tâches centrales sont l’adoption d’une nouvelle loi électorale et le désamorçage de la grave crise bancaire.

Le président Mattarella, qui est appuyé par l’Union européenne et le monde de la finance internationale, est déterminé à éviter de nouvelles élections avant le passage de la nouvelle loi électorale. En vertu de la loi existante, les deux Chambres du parlement qui jouissent de droits égaux, sont élues selon des procédures totalement différentes en aboutissant presque automatiquement à des majorités différentes et à un gouvernement nécessairement faible.

Alors qu’à la Chambre des Représentants, le plus grand parti obtient automatiquement la majorité des sièges, même s’il n’est soutenu que par une minorité d’électeurs, au sénat, un système compliqué de représentation proportionnelle s’applique qui donne aussi une chance à des partis plus petits. La réforme constitutionnelle avortée de Renzi aurait considérablement inhibé le sénat, conférant ainsi au gouvernement un pouvoir autoritaire. Après l’échec du référendum, une loi électorale tout aussi antidémocratique doit maintenant être élaborée pour le sénat.

Selon des articles de presse, l’ex-Premier ministre Renzi s’apprête à être de nouveau le candidat tête de file du PD pour les prochaines élections. Il a dit au quotidien Quotidiano Nazionale qu’il s’attend à ce que les élections aient lieu en juin 2017, un an avant l’échéance normale. Il considère Gentiloni comme une figure de transition. Il lui a souhaité bonne change en disant : « Il en a l’étoffe, il réussira. »

Le Mouvement cinq étoiles eurosceptique et la Ligue du Nord populiste de droite réclament des élections immédiates et ont qualifié le report des élections de trahison des électeurs du référendum. Des sondages d’opinion ont donné le Mouvement cinq étoiles comme le parti le plus fort tout juste derrière le PD.

Le deuxième problème majeur auquel le gouvernement Gentiloni est confronté est la crise du système bancaire italien qui est criblé de dettes pour un total de 360 milliards d’euros. Cette crise s’est encore aggravée du fait du rejet le 4 décembre de la nouvelle constitution.

La troisième plus grande banque italienne, Monte dei Paschi di Siena (MPS), doit bénéficier d’ici la fin de l’année d’une injection de capitaux s’élevant à 5 milliards d’euros. Mais, avec l’échec du référendum, les investisseurs potentiels du Qatar et des États-Unis ont retiré leurs engagements financiers craignant des pertes dues à un gouvernement faible. La banque a déposé une requête auprès de la Banque centrale européenne pour repousser le délai jusqu’au 20 janvier, mais le conseil de surveillance de la BCE l’a rejetée le 9 décembre. En conséquence, les actions de MPS ont chuté de 14 pour cent. Les banques italiennes se sont toutes inscrites en net repli pour clôturer à 4 pour cent dans le rouge.

Si le plan de sauvetage de MPS échoue, la banque serait soit liquidée soit restructurée conformément aux règles de la BCE. Des dizaines de milliers de petits investisseurs perdraient leurs économies vu qu’elles seraient utilisées dans le cadre de la restructuration conformément aux règles de l’UE. Une approche identique avait entraîné des manifestations massives dans le cas de quatre banques plus petites.

L’une des raisons d’avoir nommé Gentiloni, est outre sa loyauté envers Renzi, ses bonnes relations avec des dirigeants politiques internationaux et de l’UE qu’il avait nouées en tant que ministre des Affaires étrangères. Il s’entend bien avec le secrétaire d’État américain John Kerry, avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov et surtout avec le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.

Jeudi, il participera en qualité de nouveau Premier ministre italien au sommet de l’UE à Bruxelles. Le président Mattarella a dit que le pays devait rapidement se doter d’un gouvernement capable d’agir afin de participer aux réunions importantes qui sont prévues tant à l’intérieur du pays, qu’en Europe et internationalement.

Le référendum du 4 décembre a échoué principalement parce que les Italiens ont voté contre pour protester contre le cours droitier du gouvernement Renzi. La plupart des votes « non » sont venus d’électeurs jeunes et des régions ou quartiers de villes socialement défavorisés.

C’est parce que le PD et ses partisans de la pseudo-gauche ont pendant des décennies poursuivi une politique de coupes sociales et qu’il n’y a pas d’alternative socialiste que les partis de droite profitent tout particulièrement de ce mécontentement. Ils continueront de profiter d’un certain soutien tant que ce même gouvernement continuera la même politique avec seulement un autre homme à sa tête.

(Article original paru le 13 décembre 2016)