Le Premier ministre italien Renzi propose sa démission après la défaite au référendum constitutionnel

Par Alex Lantier et Mark Wells
6 décembre 2016

Le Premier ministre italien Matteo Renzi a annoncé sa démission hier après que les électeurs avaient infligé une défaite humiliante à son référendum sur des amendements constitutionnels modifiant les lois électorales pour renforcer considérablement les pouvoirs du Premier ministre. 

Avec un taux de participation plus élevé que prévu de 68 pour cent, les amendements proposés par Renzi ont été rejetés par 59 à 41 pour cent des votants.

Vers 12h30, Renzi est apparu à la télévision nationale italienne pour concéder la défaite. Il a reconnu l’importance décisive du vote contre lui. « J’accepte la pleine responsabilité » pour l’échec du référendum, a-t-il dit dans une brève allocution, ajoutant qu’il irait lundi au palais du Quirinal (palais présidentiel) pour présenter sa démission au président italien Sergio Mattarella. 

Le résultat du vote reflète une profonde opposition au gouvernement du Parti démocratique (PD) de Renzi et aux politiques d’austérité de l’Union européenne (UE) adoptées en Italie depuis le krach de Wall Street en 2008.

Les amendements constitutionnels proposés étaient réactionnaires sans équivoque. Un vote « oui » aurait transformé le Sénat en un organisme non élu, privé de ses pouvoirs de destituer le Premier ministre. La Chambre des députés aurait pu alors nommer un premier ministre, gouvernant sans opposition significative de la part de la législature et fonctionnant comme un homme fort autoritaire. 

Le référendum a été perçu comme une dernière chance pour les banques et l’UE pour s’attaquer à la crise bancaire italienne dans le cadre de l’UE et de l’euro. Les banques italiennes font face à un énorme montant de 360 ​​milliards d’euros de prêts douteux, alors que le tissu économique et industriel italien s’est effondré sur fond d’austérité et de chômage de masse. On parle de plus en plus d’un bail-in bancaire, imposé par les règles de l’UE, où les banques en difficulté récupéreraient leurs pertes en prenant de l’argent auprès de leurs déposants ou des petits épargnants qui ont investi leurs fonds dans des obligations bancaires italiennes.

Une victoire au référendum aurait permis à Renzi d’agir sans pitié pour attaquer l’opposition de la classe ouvrière aux réductions sociales, aux faillites d’entreprises et à d’autres attaques comme le bail-in que l’élite dirigeante italienne prépare. 

Ce vote est également une répudiation de l’UE, dont la Commission est intervenue via son président, Jean-Claude Juncker, pour approuver le référendum de Renzi et le féliciter d’avoir imposé les « bonnes réformes ».

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, qui a joué un rôle de premier plan dans la conception des mesures d’austérité dans le sud de l’Europe, avait également approuvé le référendum de Renzi : « Si je pouvais voter, je voterais pour lui, bien qu’il soit d’un autre camp politique. Je lui souhaite du succès ».

Le vote référendaire italien souligne la crise profonde des institutions du capitalisme européen et mondial, un mois après que l’élection de Donald Trump en tant que président américain a stupéfié le monde et secoué l’élite politique européenne.

Chez les masses de travailleurs et de jeunes à travers l’Europe, il y a une colère et une désillusion politique profondes envers l’UE et leurs gouvernements nationaux. Le vote référendaire en Italie a eu lieu six mois seulement après que la Grande-Bretagne a voté pour quitter l’UE, défiant l’appel du gouvernement conservateur à rester dans l’UE. Maintenant, une économie européenne majeure de plus, qui de plus et à la différence de la Grande-Bretagne est au cœur de la monnaie commune, a voté contre l’UE et contre un gouvernement pro-UE. 

Le danger principal auquel est confrontée la classe ouvrière est cependant le fait que l’opposition au référendum italien ait été jusqu’ici monopolisée principalement par les forces qui lancent des appels nationalistes agressifs.

Le président italien Sergio Mattarella devrait recevoir la démission de Renzi aujourd’hui. Il est peu probable que Mattarella invite Renzi à reconsidérer sa décision compte tenu des résultats du référendum. 

Le président consultera ensuite divers dirigeants institutionnels et des partis pour déterminer si un nouveau gouvernement majoritaire peut être formé. Cela reste toutefois incertain, malgré une majorité du PD à la Chambre des députés. L’un des problèmes est la crise qui a éclaté au sein du PD ces derniers mois. 

Des fissures à l’intérieur du PD se voyaient clairement avant le vote. L’ex-stalinien et ancien Premier ministre Massimo D’Alema s’est opposé à l’amendement constitutionnel de Renzi. Ses différences, cependant, sont purement tactiques, c’est-à-dire qu’elles portent sur comment contenir le mécontentement social et mettre en œuvre plus efficacement des mesures contre la classe ouvrière.

Il se peut que Mattarella nomme un nouveau Premier ministre du Parti démocratique. Cependant, une telle démarche risque de provoquer des bouleversements sociaux suite à une série de gouvernements impopulaires, technocratiques et non élus mis en place au cours des cinq dernières années. Leur programme commun a consisté à attaquer les travailleurs au profit des banques et des grands groupes. 

Si une majorité n’est pas atteinte après les consultations de Mattarella, le président pourrait ordonner la dissolution de la Chambre et du Sénat et déclencher des élections anticipées. C’est ce que la plupart des partis d’opposition exigent, car ils surfent sur la victoire du « non » et cherchent à l’exploiter pour faire avancer leurs agendas réactionnaires.

L’absence d’une véritable opposition de gauche au PD a permis aux forces de droite de se poser de manière démagogique et fausse en défenseurs des opprimés et des exploités. 

Beppe Grillo, chef de file du Mouvement 5 Étoiles (M5S), a publié une déclaration où il exultait : « La démocratie a gagné […] Les Italiens doivent être appelés à de nouvelles élections le plus tôt possible ». Afin de ne pas retarder une nouvelle législature et un nouveau gouvernement, Grillo a prétendu qu’il retirerait ses critiques de la loi électorale actuelle (Italicum) pour éviter « la mise en place d’un gouvernement technocratique style Monti ». M5S devrait gagner le plus dans des élections anticipées. S’il remportait 40 pour cent des voix, il gagnerait 54 pour cent des sièges de la Chambre.

Giorgia Meloni, dirigeante du parti fascisant Fratelli d’Italia, a mélangé des demandes similaires avec une rhétorique populiste : « Il faut de nouvelles élections dans très peu de temps […] Les Italiens veulent un gouvernement qui ne soit pas le résultat de négociations en coulisses avec les grandes entreprises mais le produit d’une consultation populaire. Le 4 gouvernement non choisi par les Italiens n’est pas acceptable ».

De même, le chef de la Lega Nord chauvine, Matteo Salvini, s’est vanté d’une « victoire contre les puissances en place dans les trois quarts du monde. Pas de gouvernements dociles, des élections tout de suite » .

Renato Brunetta, de Forza Italia, a adopté un ton plus conciliant : « Le PD a la majorité parlementaire et a le devoir de former un nouveau gouvernement, mais sans Renzi ».

La pseudo-gauche a également célébré le vote « non », mais seulement pour s’assurer de garder le contrôle de l’opposition populaire et entraver une mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

Critiquant Renzi de manière hypocrite pour sa politique anti-ouvrière après avoir appuyé sa désignation comme premier ministre, le dirigeant du parti Sinistra, Ecologia e Libertà (la Gauche l’écologie et la Liberté), Nichi Vendola, a signalé sa volonté de canaliser l’opposition dans le cul-de-sac de la fausse « gauche » : « La poussée propulsive du renzisme s’est épuisée. Aujourd’hui, c’est un grand jour pour que la gauche recommence ».

Il faut noter que la vulnérabilité des banques italiennes est au centre des préoccupations des marchés internationaux. Un « non » témoigne de l’échec d’une tentative de mise en œuvre d’une politique stricte de restructuration visant à éliminer les petites banques et, finalement, à attaquer la position sociale de la classe ouvrière.

Monte dei Paschi di Siena (MPS), la banque la plus ancienne du monde, est en grand danger. Le Qatar et les investisseurs américains ont annoncé qu’ils attendaient les résultats du référendum avant de s’engager à être en des « investisseurs de référence », une démarche qui garantirait une injection de capitaux de 1,5 milliard d’euros. Un effondrement de MPS a le potentiel de provoquer une crise plus large dans le système bancaire italien ainsi que dans toute la zone euro.

(Article paru en anglais le 5 décembre 2016)