La conférence du 5 novembre, «Le socialisme contre le capitalisme et la guerre», et la construction d'un nouveau mouvement contre la guerre impérialiste

Par Eric London et Joseph Kishore
13 octobre 2016

Le 5 Novembre à Wayne State University à Detroit, le Socialist Equality Party (SEP, Parti de l'égalité socialiste) américain et les International Youth and Students for Social Equality (IYSSE - les Jeunes et étudiants internationalistes pour l'égalité sociale) organisent une conférence, «Le socialisme contre le capitalisme et la guerre ». Le but de cette conférence est d'examiner le danger croissant de guerre et de jeter les bases politiques d'un mouvement contre la guerre impérialiste aux États-Unis et internationalement. 

Cette conférence se déroulera au milieu d'une immense crise géopolitique, dont l'axe central est la poussée constante de l'impérialisme américain vers la guerre. Les guerres menées par Washington durant les 25 années depuis la dissolution de l'Union soviétique, et les 15 années de la « guerre contre le terrorisme », se transforment en un affrontement avec les grands rivaux géopolitiques des Etats-Unis — et cela, bien plus rapidement que s'en rend compte la plupart des gens. 

Dans les dernières semaines avant les élections américaines, l'administration Obama prépare une escalade majeure en Syrie tout en intensifiant sa campagne contre la Russie et la Chine. Dimanche, lors du débat présidentiel, le candidat démocrate Hillary Clinton a de nouveau appelé à une « zone d'exclusion aérienne » en Syrie ; l'imposition d'une telle zone, selon les dirigeants militaires américains eux-mêmes, pourrait déclencher une guerre avec la Russie. 

La semaine dernière, sous un silence médiatique presque total, les chefs militaires se sont rendus à la conférence annuelle de l'Association de l'armée américaine, où ils ont émis des menaces belliqueuses et exigé une expansion massive de l'armée.

Le Chef d'état-major de l'armée Mark Milley a dit qu'une guerre entre de grands Etats-nations « est presque garantie ». A ceux qui « tentent de s'opposer aux États-Unis », a-t-il déclaré, « nous allons vous arrêter et vous battre plus durement que jamais vous n'avez été battus avant ». 

Le secrétaire adjoint à la Défense Robert Work a prétendu que le Pentagone est prêt à « défoncer la gueule » des « adversaires [qui] pensent pouvoir nous écarter ». Le Général William Hix a dit qu' «un conflit conventionnel dans un avenir proche sera très létal et rapide », et a dit aux autorités de se préparer à une «violence à une échelle que l'armée américaine n'a pas vue depuis la Corée ». 

Ce danger immense de guerre est pratiquement exclu de la campagne présidentielle et quasiment ignoré par ceux qui se font passer pour la «gauche» aux États-Unis. Après un quart de siècle de guerre, dont huit ans sous Obama, le premier président de l'histoire du pays qui a fait la guerre sans interruption du début à la fin de ses deux mandats, il n'existe aucun mouvement anti-guerre. 

La conférence convoquée par le Parti de l'égalité socialiste et le IYSSE est le seul effort pour mobiliser l'opposition à la guerre impérialiste. C'est un fait extraordinaire qui exige une explication. 

Comment expliquer la disparition de l'opposition organisée à la guerre? Ce n'est pas que le peuple des États-Unis et du monde soit devenu pro-guerre. Le sentiment anti-guerre qui a provoqué des manifestations de centaines de milliers, voire parfois de millions, de personnes avant l'invasion de l'Irak en 2003 n'a pas disparu. Mais les organisations qui ont mené ces manifestations sont devenues les plus fervents défenseurs et apologistes des intervention impérialistes. 

Un exemple de leurs arguments est un article publié par Stanley Heller sur le site web New Politics, qui dit être un «forum socialiste indépendant ». Les éditeurs fondateurs de New Politics, Julius et Phyllis Jacobson, étaient liés politiquement à Max Shachtman, qui a rompu avec le mouvement trotskyste en 1940 et est devenu ensuite un champion des interventions impérialistes des Etats-Unis en Corée et au Vietnam. Le comité de rédaction de New Politics est recruté de tout un réseau d'organisations de pseudo-gauche. 

Dans son article du 28 septembre « Rage pour Alep et la Syrie », Heller attaque ceux qui « font comme si c'était 2003 et on devait tous se concentrer sur les aventures impériales occidentales ... Le gros du carnage en ce moment n'a que peu à voir avec 'l'Empire' ». 

La question n'est pas le rôle de l'impérialisme américain, martèle Heller, mais le régime de Bachar al-Assad, « aidé (et à certains égards commandé) par des puissances étrangères, l'une semi-fasciste [il désigne ainsi la Russie], et l'autre une théocratie [l'Iran] ». Il dénigre tout opposant des opérations de la CIA en Syrie en tant que partisan d'Assad et du président russe Vladimir Poutine. 

Répétant la pire propagande de la guerre en Irak, Heller invente un soutien populaire en Syrie pour une intervention américaine, affirmant que « les Syriens appellent à une zone d'exclusion aérienne [ZEA] depuis des années.» Il se dit « répugné par la gauche 'anti-impérialiste' qui diabolise toute personne qui demande une ZEA en la traitant d' 'agent du Pentagone' ». 

Il conclut en demandant au «mouvement de paix » de « faire pression sur les candidats à la présidence », surtout Clinton, pour adopter une ligne plus agressive en Syrie. « Seule Hillary Clinton », écrit-il, « semble vouloir faire quelque chose pour protéger les civils syriens», avec notamment l'imposition d'une ZEA. Il déplore le fait, cependant, que même si Clinton gagne, « elle n'entrera pas en fonction avant janvier ».

Heller, un correspondant occasionnel pour Socialist Worker de l'Organisation Internationale socialiste (ISO), est aussi dirigeant du groupe mal nommé "Revive the Peace Mouvement" (Réactiver le Mouvement pour la Paix), approuvé par l'ISO, CODEPINK, le Comité de crise du Moyen-Orient, et divers autres groupes. Revive the Peace Movement a récemment publié une « Lettre ouverte sur la Syrie» évoquée par Heller dans son article cité ci-dessus.

La lettre critique le gouvernement Obama à cause de l’échec du cessez-le-feu du mois dernier, affirmant qu'il portait atteinte à la campagne contre Assad. « Avec l'accord Kerry-Lavrov, » dit la lettre, « Washington et Moscou collaborent pour maintenir Assad au pouvoir ».

La lettre est signée par une large coalition qui comprend Ashley Smith de l'ISO; David Finkel, rédacteur en chef de Against The Current; Howie Hawkins des Verts; Joanne Landy, co-directrice de la Campagne pour la paix et la démocratie; Fred Mecklenburg des News and Letters Committees; Dan La Botz, co-rédacteur de New Politics et membre dirigeant de Solidarity; des représentants du Antiwar Committee in Solidarity with the Struggle for Self-Determination (Comité Anti-guerre en solidarité avec la lutte pour l'autodétermination,) ; le groupe « Moral Mondays » lié à Black Lives Matter ; et beaucoup d’autres.

Cette liste englobe la quasi-totalité de la pseudo-gauche aux États-Unis, dont les composantes maintiennent une relation incestueuse enracinée dans leur opposition commune au marxisme et leur hostilité envers la classe ouvrière. Against the Current est publié par Solidarity, une fusion de diverses organisations shachtmanistes qui maintient aussi des liens avec International Viewpoint, publié par la tendance pabliste qui a rompu avec le trotskysme au début des années 1950. L'ISO est une autre branche de la politique shachtmaniste. News and Letters a ses origines dans l' «humanisme marxiste» de Raya Dunayevskaya et CLR James.

Finkel lui-même est ancien membre du Socialist Workers Party (US), qui a réintégré le mouvement pabliste en 1963 et a expulsé l'année suivante la tendance qui allait fonder le Workers League, le prédécesseur du SEP. Finkel a récemment interviewé Gilbert Achcar, un associé du Nouveau Parti Anti-capitaliste, la principale organisation derrière International Viewpoint. Le World Socialist Web Site a récemment fait observer qu'Achcar, avec Ashley Smith de l'ISO, est un militant de premier plan pour l’intervention en Syrie qui a également soutenu la guerre en Libye.

Les groupes de pseudo-gauche qui n'ont pas signé la lettre ouverte ne se sont pas abstenus en raison d’une opposition à son contenu politique. Socialist Alternative fait le silence sur la poussée vers la guerre, afin de couvrir l'impérialisme américain. Son dernier article sur la politique étrangère américaine, du 4 septembre, minimise le risque de guerre et dresse un tableau à la Mary Poppins de l'impérialisme américain. Selon Socialist Alternative, «une intervention militaire totale à ce point en Syrie, et encore moins en Irak, est politiquement inconcevable pour eux [les Etats-Unis]. » Un article précédent du même parti évoque une prétendue «réticence extrême des politiciens américains à envoyer des ‘soldats sur le terrain’. »

Tout cela malgré le fait que des centaines de milliers de soldats se trouvent dans les presque mille bases que compte l'impérialisme américain à travers le monde. Depuis la dissolution de l'Union soviétique, la politique étrangère américaine a été fondée sur une imprudence extrême quant aux aventures militaires extérieures. En Syrie, qu'il bombarde depuis plus de deux ans, Washington a noué une alliance de fait avec le Front al-Nosra lié à Al Qaeda et d'autres milices islamistes. La guerre des États-Unis pour renverser Assad a entraîné la mort de centaines de milliers de Syriens et forcé des millions d'autres à fuir. Washington porte la responsabilité principale de la destruction quasi totale de la Syrie.

Lors des primaires américaines, Socialist Alternative s’est consacré entièrement à la promotion de la Bernie Sanders en tant que candidat présidentiel démocrate. Alors qu’il prétendait être un adversaire «socialiste» de Wall Street, Sanders a pleinement appuyé les guerres d'Obama tout au long de sa campagne. A présent, il soutient agressivement pour Clinton, dont la campagne est fondée avant tout sur une agitation anti-russe exigeant une escalade militaire contre les forces d’Assad et de la Russie en Syrie.

L'orientation pro-impérialiste de la pseudo-gauche n’est pas fondamentalement le produit d'idées fausses ou de la politique pourrie d’une personne ou une autre. L'unanimité de ces organisations exprime des intérêts de classe.

Ils constituent une faction de la politique bourgeoise. Ils représentent des sections privilégiées des classes moyennes qui veulent une plus grande part du patrimoine que se partagent les 10 pour cent les plus riches de la population, ainsi que plus de pouvoir au sein du patronat, de l'appareil syndical et de l'État. La classe moyenne supérieure, des 10 au 1 pour cent les plus riches de la population, a bénéficié de l’essor de la bourse après 2008, qui dépend de la domination de l'impérialisme américain à l'étranger et de l' austérité sociale et salariale aux Etats-Unis. Les phrases radicales et «socialistes» de la pseudo-gauche visent à obscurcir son orientation pro-guerre et pro-capitaliste.

Le développement d'un nouveau mouvement anti-guerre est une tâche politique urgente, qui revient aux travailleurs, aux étudiants et aux jeunes en lutte contre la politique perfide de la pseudo-gauche. Comme insiste la déclaration Le socialisme et la lutte contre la guerre du 18 février 2016 du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), un tel mouvement « doit se baser sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire de la société, ralliant à elle tous les éléments progressistes de la population. » La lutte contre la guerre doit être internationale, socialiste, et complètement indépendante et opposée à tous les partis politiques et les organisations de la classe capitaliste.

Le CIQI est la seule organisation à mobiliser l'opposition à la guerre, parce qu'elle est la seule organisation à se battre pour le programme et la perspective de la révolution socialiste mondiale. La même crise capitaliste qui produit la guerre produit aussi la base objective pour mettre fin à la guerre par la montée de la lutte des classes. Il faut organiser politiquement la colère et l'opposition des travailleurs à travers le monde et la diriger vers un mouvement révolutionnaire contre le capitalisme. Il faut bâtir une direction politique, et c’est à cette fin que le SEP et le IYSSE ont organisé la conférence du 5 novembre à Detroit.

Pour plus d'informations et pour vous inscrire à la conférence du 5 novembre, le Socialisme contre le Capitalisme et la guerre, cliquez ici .

(article paru en anglais le 12 octobre 2016)