Les guerres « majeures et meurtrières » à venir

Par Andre Damon
4 octobre 2016

Le Conseil de l’Atlantique, un groupe de réflexion de stratégie géopolitique, a publié un rapport le 20 septembre intitulé « L’avenir de l’armée. » Ce document décrit les préparatifs de grande envergure qui sont en cours afin que les États-Unis, selon les propres termes du rapport, puissent combattre dans des guerres « majeures et meurtrières » contre d’autres « grandes puissances », ce qui entraînera de « lourdes pertes » et des « taux élevés de mortalité et de destruction ». 

Ce rapport confirme les avertissements lancés par le World Socialist Web Site et les candidats du Parti de l’égalité socialiste au cours des élections américaines de 2016, le monde est plus proche de la guerre qu’à tout autre moment depuis 1939.

Le document a été coécrit par le lieutenant général David Barno, qui commandait la force américaine en Afghanistan de 2003 à 2005, après avoir pris part aux invasions américaines de la Grenade en 1983 et du Panama en 1988. Il a été publié par le Centre Brent Scowcroft sur la sécurité internationale du Conseil de l’Atlantique, dont le nom viens du principal conseiller militaire des gouvernements Ford, Nixon, George H. W. Bush et Obama.

Il présente une image de l’avenir proche (2020-2025) comme une dystopie épouvantable, caractérisée par une spirale des inégalités, l’insécurité économique et la guerre perpétuelle. « Le monde d’aujourd’hui, des nantis et des démunis, sera grandement amplifié, » prédit-il, « avec ceux qui ont la chance d’avoir un emploi et l’accès à la technologie étonnante vivant dans un contraste frappant avec les centaines de millions de gens luttant pour survivre dans des environnements perturbés. »

Ce monde « sera marqué par l’effondrement de l’ordre, l’extrémisme violent généralisé et de grands États agressifs. » La situation mondiale sera bousculée par des « événements imprévus et imprévisibles », y compris la possibilité d’« un échange nucléaire ». Notant que « les opérations urbaines domineront la guerre terrestre de plus en plus », le Conseil de l’Atlantique prédit que les armées fonctionneront « dans les zones métropolitaines denses où les populations civiles font partie du champ de bataille ».

Parlant de la situation actuelle, le rapport déclare que « les États-Unis sont entrés dans une ère de guerre perpétuelle ». Il note : « Après quinze ans, les guerres en Afghanistan et en Irak sont toujours en cours ». Il y a, en outre, « une augmentation du nombre de conflits dans la zone grise, dont la caractéristique principale est l’ambiguïté – au sujet de leurs objectifs, des participants, et même de ce qu’il en sortira, car ils n’ont pas de termes clairement définis. »

Mais, comme prévient le document, « L’armée ne peut pas se concentrer uniquement sur ces types de conflits ». Il faut se préparer à ce que « nous avons appelé “la prochaine grande guerre” – impliquant des adversaires très capables, des niveaux élevés de mort et de destruction, et peut-être des centaines de milliers de soldats américains. »

Le Conseil de l’Atlantique identifie la probabilité d’une telle guerre dans ce qu’il appelle « la résurgence de la Russie », qui exige que l’OTAN « se prépare sérieusement à la possibilité d’une attaque russe sur un ou plusieurs de ses membres pour la première fois depuis la fin de la guerre froide ». La Chine, de même, est devenue « de plus en plus agressive ».

Notant que 5366 soldats américains sont morts pendant la guerre en Irak, le rapport déclare que « la prochaine grande guerre » verra des niveaux de violence et de mort bien au-delà de ce qui a été vu en Irak, en Afghanistan et en Syrie. Il déplore le fait que « le personnel de l’armée n’a pas été psychologiquement endurci par l’expérience personnelle pour la sinistre tâche de combattre avec de lourdes pertes jusqu’à la victoire sur le champ de bataille ». Il avertit que : « les dirigeants actuels de l’armée ont peu ou pas d’expérience avec les tensions extrêmes sur le champ de bataille causées par des unités dépassées et de lourdes pertes », ajoutant : « Ces tensions étaient fréquentes au cours des conflits américains dans le passé et pourraient être probables à nouveau lors d’une prochaine grande guerre ».

« Une future guerre majeure contre un grand pouvoir concourant pourrait », selon le rapport, « exiger de l’armée de croître de plusieurs ordres de grandeur pour l’emporter ». Pour ce faire, l’armée doit commencer à faire des plans pour une « mobilisation de masse ». Comme le l’explique Conseil de l’Atlantique : « les menaces croissantes dans le monde d’aujourd’hui » signifient que l’armée « doit à nouveau construire un plan de mobilisation pour augmenter rapidement la taille de l’armée et répondre à une crise menaçant l’existence même de la nation. » En d’autres mots, elle doit se préparer à instituer la conscription militaire.

Enfin, il doit y avoir des préparatifs actifs pour une intervention – voire la prise de contrôle – par l’armée dans l’éventualité de ce que le rapport appelle un « effondrement de l’ordre civil » : un euphémisme pour l’émergence d’un défi politique venu d’en bas à la domination de la classe dirigeante. Le Conseil de l’Atlantique fait remarquer que « la perturbation à grande échelle de l’ordre civil […] engagerait presque à coup sûr une grande partie de l’armée en fournissant un large soutien aux autorités civiles dans tout le pays ».

Le peuple américain est totalement exclu de cette analyse, excepté en tant qu’objet de la répression militaire. Il ne viendrait jamais à l’esprit de ceux qui sont engagés dans la préparation de ces politiques de consulter la population. C’est tenu pour acquis qu’elle doit consentir à un plan d’action qui se traduira par la mort et la destruction à une échelle épouvantable.

Rien de tout cela n’est discuté ni mentionné dans les élections américaines. Les médias et les candidats de l’establishment cherchent à enterrer les vrais enjeux. Les questions de vie ou de mort sont délibérément gardées loin des caméras. Elles sont du ressort de « l’État profond » – le Pentagone, les agences de renseignement et de leurs groupes de réflexion associés.

On peut être certain que, dans le deuxième concours de médisance entre Hillary Clinton et Donald Trump, prévue pour le 9 octobre, aucune des questions soulevées dans le rapport du Conseil de l’Atlantique ne sera abordée. Peu importe si Trump ou Clinton remporte l’élection du mois prochain, les préparatifs de guerre vont se poursuivre. Aux États-Unis, dominés par une oligarchie financière extrêmement puissante et le vaste appareil de sécurité nationale à son service, les élections ne servent plus que de façade pour les politiques déterminées dans les coulisses et gardées hors de la vue du public.

Il n’y a aucun moyen que les travailleurs s’opposent à l’entraînement à la guerre en votant soit pour Clinton soit pour Trump, ou bien pour les candidats présentés par les partis capitalistes de troisième ordre, les Verts et les libertariens.

Rien ne peut arrêter la marche à la guerre, sauf la mobilisation de la classe ouvrière internationale. Les travailleurs et les jeunes à la recherche d’une véritable alternative à la guerre doivent soutenir la campagne de Jerry White et Niles Niemuth, les candidats du Parti de l’égalité socialiste à la présidence et vice-président aux élections de 2016. Assistez à la conférence du SEP, Le socialisme contre le capitalisme et la guerre, à Detroit le 5 novembre.

(Article paru d’abord en anglais le 3 octobre 2016)