Les candidats se présentent à l’élection de chef du Parti conservateur au Royaume-Uni

Par Julie Hyland
1 juillet 2016

La compétition pour trouver un nouveau dirigeant du Parti conservateur britannique a commencé hier avec l’ouverture des nominations qui prend fin aujourd’hui, selon des procédures sommaires préparées par les députés conservateurs de la base. Boris Johnson et Theresa May sont les favoris. 

Cette compétition n’est qu’une des conséquences innombrables du referendum de jeudi dernier en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE) par un vote majoritaire de presque 52 pour cent. Le Premier ministre David Cameron, qui avait dirigé la campagne officielle du camp Remain (rester dans l’UE), a annoncé sa démission vendredi matin à prendre effet dès l’élection de son successeur. Le résultat devrait être annoncé le 9 septembre, le vainqueur reprenant les fonctions de Premier ministre. 

Le referendum a été provoqué par une lutte interne de factions du Parti conservateur entre Cameron et les partisans les plus extrêmes de feu Mme Thatcher, en alliance avec le Parti de l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP) xénophobe. En conséquence, tant la campagne officielle Remain que celle de Leave (sortir de l’UE) ont été dirigées par des conservateurs – qui sont liés à plus de six années d’austérité brutale. 

Le vote en faveur de la sortie de l’UE a pris de court tout l’establishment, y compris Johnson, l’ancien maire de Londres, qui a dirigé la campagne Leave

Le Parti conservateur est divisé avec un canard boiteux comme Premier ministre, dans les conditions d’une crise économique qui se profile et de divisions haineuses entre les pouvoirs en place au Royaume-Uni et dans l’UE, comme au sein même du Royaume-Uni. 

En plus d’essayer de rétablir l’unité du parti, la tâche principale du candidat retenu sera de mener les négociations britanniques avec l’UE sur les termes de sa sortie. Cameron a refusé de déclencher l’article 50 du traité de Lisbonne, donnant lieu à deux ans de négociations formelles avec l’UE sur les termes du Brexit (la sortie), en disant que ce sera de la responsabilité de son successeur. 

Apparaissant à la première réunion des États membres de l’UE depuis le referendum mardi, Cameron a imputé de façon provocante le résultat aux dirigeants réunis, parce qu’ils n’avaient pas adhéré à ses demandes pour de plus grandes restrictions de la liberté de circulation. 

En fait, l’Union européenne, qui met en œuvre une politique brutale de « forteresse Europe » contre ceux qui fuient les guerres en Syrie, en Irak et ailleurs, a bien accepté de restreindre les allocations sociales pour les migrants de l’UE vivant au Royaume-Uni. Néanmoins, les restrictions à l’immigration et les exigences que le Royaume-Uni « prenne le contrôle de ses frontières » ont été au centre des deux campagnes, Remain et Leave

Cameron a également affirmé que le Royaume-Uni n’accepterait pas un nouvel accord commercial avec l’UE sans ces restrictions plus sévères, ce qui a provoqué une réponse intransigeante du sommet, l’Allemagne et la France en particulier. 

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande insistent pour qu’il n’y ait pas de négociations avec le Royaume-Uni avant le déclenchement de l’article 50. Ils craignent que des négociations immédiates puissent encourager la « contagion », à mesure que les partis nationalistes et d’extrême droite en Europe, enhardis par le vote du Royaume-Uni, poussent à des referendums sur l’appartenance à l’UE. 

Ils ont expressément exclu tout accord avec le Royaume-Uni qui freinerait la libre circulation. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré que quiconque voulant l’accès aux marchés de l’UE doit respecter les critères « sans exception ». 

Mme Merkel a déclaré : « Quiconque veut quitter cette famille ne peut pas s’attendre à ne plus avoir d’obligations tout en gardant des privilèges. » 

Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois, a déclaré que l’UE et le Royaume-Uni pourraient être « mariés ou divorcés, mais pas quelque chose entre les deux. Nous ne sommes pas sur Facebook où « c’est compliqué » fait partie des statuts disponibles, a-t-il dit. 

Hier, pour la première fois en 40 ans, le sommet de l’UE a continué sans la présence d’un représentant britannique. Une réunion des 27 États membres est prévue pour le 16 septembre, sans la participation du Royaume-Uni. 

Ces tensions nationales seront sur le devant de la scène dans la course à la tête du Parti conservateur, accompagnées d’une intensification de la propagande anti-immigrés afin de canaliser les divisions sociales profondes exprimées lors du referendum vers la droite. 

Alors qu’elle cherche à faire face aux conséquences cataclysmiques du résultat de jeudi dernier, il n’y a pas d’entente parmi l’élite dirigeante sur les meilleurs moyens de préserver les intérêts de l’impérialisme britannique. On parle de tentative de « revenir en arrière » sur le résultat du referendum par le biais d’un second referendum ou d’une élection générale dans laquelle l’adhésion ou non à l’UE serait la question principale. 

Au Parlement, la majorité des députés étaient massivement en faveur d’y rester, ce qui signifie qu’ils pourraient bloquer le passage législatif d’un Brexit ou fixer des conditions sur des renégociations. En outre, l’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté Remain, ouvrant une crise constitutionnelle. Indépendamment de leurs différends, cependant, ce sera la classe ouvrière qui va payer le prix d’une offensive encore plus grande contre le niveau de vie et les droits démocratiques. 

De nombreux commentateurs économiques considèrent que la possibilité la moins dommageable est celle de « l’option norvégienne. ». La Norvège a un accès complet au marché unique de l’UE par le biais de son adhésion à l’Espace économique européen. Mais comme elle verse des cotisations à l’UE et faite partie de la zone Schengen de frontières ouvertes, les critiques de premier plan ont dénoncé cette situation comme étant essentiellement une adhésion à l’UE sans droits de vote. 

Le président américain Barack Obama a proposé cette option. Dans les coulisses, l’impérialisme américain est actif pour tenter d’atténuer les conséquences du vote Brexit pour veiller à ce que cela ne diminue pas son influence sur la politique de l’UE, ou mette en danger l’alliance de l’OTAN menée par les USA, et ses provocations militaires contre la Russie. 

Johnson a également semblé approuver cette option, suggérant dans le Telegraph plus tôt cette semaine que les contrôles d’immigration ne devraient pas être le sujet principal lors des négociations. Cependant, son recul a provoqué une réponse furieuse de la droite des conservateurs – le poussant à insister sur l’idée que l’immigration est une « ligne rouge. » 

Johnson a dit qu’il ne tiendra pas des élections anticipées s’il emporte la course, bien qu’il n’ait pas exclu un second referendum sur les modalités éventuellement convenues avec l’UE. 

Son principal adversaire est la ministre de l’Intérieur Theresa May. Présentée comme la candidate de « tout sauf Boris », elle avait soutenu la campagne Remain. Elle représente une aile du parti qui s’oppose à Johnson en tant que partisan principal de la sortie de l’UE qui mène les négociations avec l’UE. Mais elle a précisé que les contrôles de l’immigration seront au cœur de sa campagne. 

Stephen Crabb, le ministre du travail et de la retraite, a été le premier à annoncer sa candidature conjointe avec le ministre des entreprises Sajid Javid. Les deux ont mené une campagne pour Remain, mais déclarent que ​​ »Nous sommes tous pour le Brexit maintenant ». Le parti ne devrait plus être divisé entre les camps Remain et Leave, a déclaré Crabb en disant qu’il conduirait un gouvernement qui « respecte les attentes » des 17 millions de personnes qui ont voté pour quitter l’UE. 

Pointant leurs origines du milieu ouvrier, Crabb et Javid se présentent comme les « champions des cols bleus conservateurs » – insistant pour dire que les contrôles de l’immigration sont nécessaires pour permettre au parti de « renouer » avec les électeurs de l’UKIP et les partisans du Parti travailliste désabusés. 

Crabb, qui a voté contre le mariage homosexuel, a des liens avec un groupe chrétien qui milite pour des « guérisons » de l’homosexualité. Il a exclu un second referendum et des élections générales anticipées, en faisant valoir que « la réponse à la question de l’instabilité n’est pas de créer de nouvelles incertitudes ». 

L’ancien ministre de la Défense Liam Fox, l’un des principaux eurosceptiques et thatcherien, a également confirmé sa candidature. Le ministre de la santé Jeremy Hunt a fait de même. Ce fut Hunt qui dirigea l’offensive du gouvernement pour imposer des conditions de travail rétrogrades contre les médecins internes, menant à huit grèves. Partisan de Remain, il est le seul à dire qu’il tiendrait un second referendum ou des élections générale sur les termes de la sortie du Royaume-Uni.