L’OTAN convoque à Varsovie un sommet de préparation à la guerre contre la Russie

Par Johannes Stern
11 juillet 2016

Les mesures qui devaient être décidées au sommet de l’OTAN à Varsovie les 8 et 9 juillet augmenteront encore le risque de guerre en Europe. Elles serviront à préparer plus ouvertement encore une guerre contre la Russie, une puissance nucléaire.

Voici quelques-uns des projets devant être mis en oeuvre bientôt :

Le 7 juillet, à la veille du sommet, le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait fait une visite provocante à Kiev, y annonçant une aide de 23 millions de dollars. Cette aide devait aller aux Ukrainiens déplacés suite à l’offensive militaire lancée par le gouvernement contre les populations de l’Est qui refusaient d’accepter sa légitimité après le coup d’Etat de 2014 soutenu par l’Occident et qui l’avait porté au pouvoir. Prenant la parole avec Kerry, le président ukrainien Petro Porochenko a dit que le prochain sommet « consolidera davantage [le] partenariat spécial » avec l’alliance militaire occidentale.

En outre, le Montenegro sera présent au sommet en tant que futur 29ème Etat membre de l’alliance militaire. Une collaboration déjà étroite avec les anciennes républiques soviétiques de Géorgie et de Moldavie devrait également être intensifiée.

L’OTAN a aussi invité à Varsovie le président finlandais Sauli Niinistö et le premier ministre suédois Stefan Löfven. Aucun des deux pays n’est membre de l’OTAN. Lundi lors d’une conférence de presse, Stoltenberg a expliqué qu’on les avait invités parce qu’ils étaient « deux de nos rares partenaires à possibilités accrues » et jouaient un rôle central dans la sécurité et la « stabilité de la région de la mer Baltique. » Il a ajouté qu’« il appartient maintenant à la Finlande et à la Suède de décider s’ils veulent davantage. »

Stoltenberg a écarté avec rudesse les avertissements de la Russie quant à une éventuelle admission de la Finlande dans l’OTAN. « C'est aux Finlandais de décider s’ils veulent demander une adhésion, » a-t-il déclaré. Vendredi dernier, le président russe Vladimir Poutine avait averti que Moscou pourrait rapprocher ses troupes de la frontière russo-finlandaise si l’OTAN apparaissait « du jour au lendemain à la frontière de la Fédération de Russie. »

Ce sont surtout la Pologne, qui héberge le sommet, et les Etats baltes, qui demandent instamment que des décisions soient prises dépassant largement les projets précédents. Le chef du conseil de sécurité nationale de la Pologne, Pawel Soloch, a demandé à l’OTAN de stationner plus de troupes en Europe de l’Est. « Le volume peut être accru si l’attitude de la Russie ne change pas, » a dit Soloch.

En dehors des décisions concrètes prises au sommet, le gouvernement droitier polonais veut déployer en septembre contre la Russie une milice forte de 35.000 volontaires sous prétexte de « défense nationale. » Quatre cents membres de cette milice paramilitaire droitière ont déjà participé à l’exercice « « Anaconda ». Cet exercice militaire, le plus vaste mené en Europe de l’Est depuis la Guerre froide, simulait une confrontation militaire avec la Russie.

Entre-temps, une partie au moins de l’establishment de l’OTAN discute ouvertement d’une éventuelle guerre d’agression contre la Russie. Dans un article de l’agence d’information UPI intitulé « Les Etats-Unis projettent-ils une guerre avec la Russie? » le stratège militaire américain Harlan Ullman mentionne une conférence militaire en Grande-Bretagne où un général américain a déclaré que la principale priorité de l’armée américaine était de « dissuader et si nécessaire de vaincre la Russie dans une guerre. »

L'issue du référendum sur le Brexit en Grande-Bretagne a rendu plus agressifs encore les faucons de la politique étrangère américaine qui insistent depuis longtemps pour qu'on adopte une attitude plus dure à l’égard de la Russie.

Robert D. Kaplan a publié le 7 juillet un article dans le Wall Street Journal intitulé « Comment déranger la célébration du Brexit par Poutine » prévenant que Washington ne pouvait permettre que le Brexit affaiblisse l’offensive de l’OTAN visant la Russie. Les Etats-Unis devraient alors développer leur alliance avec Londres contre la Russie et, si nécessaire, contre l’Allemagne. « La Grande-Bretagne doit relancer son alliance avec l’Amérique, » écrit Kaplan, l’un des architectes de la guerre en Irak. « En agissant de concert, deux pays peuvent encore projeter leur pouvoir sur le continent européen et ce, jusqu’aux portes de la Russie. »

Dans une déclaration de politique faite le 7 juillet au Bundestag (parlement allemand), la chancelière Angela Merkel a défendu le renforcement militaire de l’OTAN en Europe de l’Est. « Nous complèterons les ajustements décidés par l’Alliance au Pays de Galles. Des éléments viendront s’y ajouter par lesquels les moyens dissuasifs et de défense seront consolidés et durablement préservés, » a précisé Merkel. « Ceci est important parce que nous nous sommes rendus compte au sein de l’Alliance qu’il ne suffisait pas de pouvoir déployer des troupes rapidement mais qu’il nous fallait aussi une présence suffisante sur le terrain. »

Merkel a cependant affirmé en même temps, paradoxalement, que le renforcement militaire « ne visait pas la Russie et n’influera pas sur l’équilibre stratégique entre la Russie et l’OTAN et ni le gouvernement allemand ni l’alliance n’ont aucune intention de le changer. » Elle a ajouté : « La dissuasion et le dialogue ne sont pas contradictoires; non, ils sont indissolublement liés. » Merkel a aussi souligné que la « sécurité en Europe ne peut être réalisée qu’avec la Russie et non contre elle. »

La marche agressive des Etats-Unis vers la guerre est de plus en plus souvent considérée par des sections de la bourgeoisie allemande, y compris par des éléments au sein même du gouvernement, comme une menace visant la réalisation de ses propres intérêts géostratégiques et économiques en Europe de l’Est et en Eurasie. Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier avait dernièrement mis en garde les alliés de l’OTAN contre le « bruit de bottes et le spectre de la guerre » dirigés contre de la Russie.

Dans un commentaire récent intitulé « Le paradoxe russe, » Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Munich sur la sécurité, considère les agissements de la Russie comme « agressifs et menaçants » mais les voit aussi comme « l’expression de la faiblesse plutôt que de la force du pays. » Et même si cela semblait un « paradoxe » écrit-il, il fallait « inonder Moscou d’offres de dialogue » afin de faire valoir ses propres intérêts et valeurs.

Dans la mesure où l’Allemagne tente de poursuivre les objectifs de sa politique étrangère indépendamment des Etats-Unis, des politiciens influents discutent également des dangers susceptibles d’émaner du sommet de Varsovie. Dans un autre entretien avec le journal berlinois B.Z., Ischinger a déclaré : « On craint que le sommet en soi puisse exacerber davantage les relations [avec la Russie.] Je m’inquiète que Moscou prenne des contre-mesures auxquelles l’OTAN devrait alors réagir. Il est impératif que nous empêchions une course à l’armement. »

Le risque d’une escalade militaire était « comme auparavant, très considérable, » a-t-il prévenu. Depuis le début de la crise ukrainienne, il y a eu « un nombre de plus en plus important de jeux de pouvoir, » a dit Ischinger, « au cours desquels avions et navires de combat de la Russie et de l’Occident étaient très proches les uns des autres. Si un seul soldat venait à appuyer sur le mauvais bouton, il serait capable de déclencher une dangereuse réaction en chaîne. N’oublions pas que 26 ans après la Guerre froide, les deux camps possèdent un considérable arsenal nucléaire. »

(Article original paru le 8 juillet 2016)