Les travailleurs de Verizon devant une lutte politique

Par Jerry White
18 mai 2016

La grève d'un mois de 40.000 travailleurs de Verizon Communications aux Etats-Unis a atteint un point critique. Au cours du week-end, le gouvernement Obama est intervenu pour tenter de l’étouffer et d’imposer les diktats du géant des télécommunications. Après une rencontre avec le secrétaire américain au Travail Thomas Perez dimanche, les dirigeants de l'entreprise et les syndicats devaient reprendre les pourparlers hier. 

Verizon est déterminé à éliminer des milliers d'emplois, à mettre le coût des soins de santé et des retraites à la charge des travailleurs, et à réduire les salariés au statut de main-d'œuvre occasionnelle. 

La grève chez Verizon fait partie d'un renouveau de la résistance combative de la classe ouvrière aux attaques incessantes des sociétés et du gouvernement sur les emplois, les salaires et le niveau de vie aux États-Unis et au plan international. Elle fait suite à la grève l'an dernier des travailleurs du pétrole et à l'opposition de masse des travailleurs de l'automobile aux contrats au rabais imposés par le syndicat UAW et les trois grandes sociétés automobiles. Elle coïncide avec les actions et manifestations des enseignants, lycéens et étudiants à Detroit et les manifestations des victimes ouvrières de l'empoisonnement au plomb de l'eau à Flint, Michigan. 

En Grèce, les travailleurs mènent des grèves de masse contre les mesures d'austérité brutales imposées par le gouvernement Syriza, soi-disant de gauche; en France, les travailleurs, lycéens et étudiants se mobilisent contre les coupes sociales et la réactionnaire loi-travail de « réforme » du Code du travail; les grèves et protestations des travailleurs s’étendent en Chine et en Inde. 

Toutes les sections de la classe ouvrière et de la jeunesse sont attaquées, soit sous forme de licenciements et de concessions contractuelles, soit sous celle de la suppression des services publics et de l'imposition de niveaux écrasants d'endettement pour les étudiants. Toutes ces attaques ont une source commune : la faillite et l'échec du capitalisme. 

C'est ce qui fait de ces luttes des luttes politiques et exige qu'elles soient réunies, unifiant tous les travailleurs, du pays ou immigrés, jeunes ou vieux en une seule contre-offensive massive contre l'élite capitaliste, ses partis politiques et ses représentants. 

L'intervention du gouvernement Obama met en évidence le fait que les grévistes sont dans une lutte politique, non seulement contre une seule entreprise mais contre toute la classe des propriétaires d'entreprises et l'Etat capitaliste. La réunion du département du Travail fait suite à l'intervention la semaine dernière de la Commission des relations du travail et des tribunaux, qui ont appuyé la requête de Verizon d’interdire les piquets aux hôtels de la région de New York où l'entreprise héberge des briseurs de grève. 

L'interdiction des piquets a été accordée peu après qu'un policier de New York conduisant un fourgon de briseurs de grève, a renversé et blessé un gréviste. L'incident a mis en évidence l'opération anti-grève de la police new-yorkaise sous la direction du maire démocrate de la ville Bill de Blasio. 

Les syndicats font partie de cette alliance contre les travailleurs de Verizon. Comme dans toutes les luttes précédentes – des travailleurs des raffineries, des sidérurgistes, des enseignants – ils agissent délibérément pour isoler, démoraliser, vaincre les travailleurs et aider l'entreprise à imposer ses exigences. Le syndicat des Travailleurs des communications (CWA) et la Fraternité internationale des ouvriers de l’électricité (FIOE) ne luttent pas contre les actions de l’entreprise pour briser la grève mais affament les grévistes par des indemnités de grève totalement insuffisantes pour qu’ils se soumettent, et ils promeuvent le Parti démocrate, un des deux partis de la grande entreprise, au moment même où celui-ci organise les attaques de la police et tente de réprimer la lutte. 

Les syndicats ont maintenu les grèves au plus bas niveau de toutes les présidences de deux mandats depuis le début de leur recensement en 1947. Cela a permis au gouvernement Obama de superviser la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression, alors que presque tous les gains de revenu depuis la supposée « reprise » de 2009 n'ont profité qu’au un pour cent le plus riche de la population. 

Le signe le plus sûr que les syndicats se préparent à trahir la grève est le recours à la police par le CWA pour chasser les journalistes du World Socialist Web Site du piquet de grève. Comme le savent des milliers de grévistes, le WSWS est la seule publication ayant dit la vérité sur la grève, permis aux travailleurs d'exprimer leur point de vue et s'est battue pour une stratégie de la mobilisation la plus large des travailleurs en soutien à la grève. 

La raison en est que le WSWS est la voix authentique du socialisme révolutionnaire et tout le contraire du socialisme bidon du candidat présidentiel démocrate Bernie Sanders. Les syndicats favorisent Sanders et saluent son apparition unique et toute symbolique au piquet pour gagner des votes à la veille de la primaire de New York, parce qu'ils savent qu'il soutient la bureaucratie et pas les travailleurs de la base. Ils soutiennent avant tout le nationalisme économique de Sanders, qui sert à monter les travailleurs américains contre ceux du Mexique, des Philippines et de la Chine et à les aligner derrière « leurs » patrons américains. 

Si les forces déployées contre eux sont puissantes, les forces alliées qui attendent d'être mobilisés derrière les travailleurs de Verizon – les masses de travailleurs aux États-Unis et à l'étranger – sont plus puissantes. En tant que candidat présidentiel du Parti de l'égalité socialiste (PES) aux Etats-Unis, j'exhorte les travailleurs de la base de Verizon à retirer la lutte des mains des syndicats et à lutter pour une très large mobilisation de la classe ouvrière. 

La SEP propose que les travailleurs de Verizon mettent en place des comités de lutte de la base, indépendants des syndicats et du Parti démocrate, afin d'unir les travailleurs de l'automobile, les enseignants, les jeunes, les chômeurs et les retraités derrière la grève. Organisez des manifestations de masse! Mobilisez l'ensemble de la classe ouvrière! 

« Toute lutte de classe est une lutte politique », a déclaré le fondateur du socialisme scientifique, Karl Marx. Ce qui était vrai à l'époque est vrai aujourd'hui. 

Il faut développer un mouvement politique de masse basé sur un programme socialiste et internationaliste afin d’en finir avec l'inégalité, la pauvreté et la guerre en mettant fin à ce qui les produit – le système capitaliste. 

(Article paru en anglais le 17 mai 2016)