Le gouvernement Syriza se sert de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes contre les réfugiés

Par Christoph Vandreier
21 mai 2016

Mercredi soir la police grecque a fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes contre des réfugiés qui protestaient contre les conditions intolérables règnant dans le camp de fortune situé près d’Idomeni. Beaucoup de femmes et d'enfants ont été victimes de cette attaque brutale. 

La police a attaqué les réfugiés après qu'une centaine d'entre eux ont tenté de franchir la frontière avec la Macédoine en utilisant un wagon de marchandises abandonné. Selon des témoins, la police a utilisé tant de gaz lacrymogènes et de grenades que les gens qui ne faisaient qu’observer ont aussi été gravement touchés. Plusieurs tentes auraient pris feu. 

L'ONG « Médecins sans frontières » (MSF) qui opère dans le camp a déclaré sur Twitter, que l'hôpital provisoire pour femmes avait été touché par l’assaut et dû être évacué. L'organisation a été forcée d'évacuer le personnel du camp pour des raisons de sécurité. 

Cette répression contre des réfugiés désespérés est la dernière et la plus brutale expression de la politique méprisable de Syriza (Coalition de la gauche radicale) qui gouverne le pays en coalition avec le parti xénophobe des Grecs indépendants (Anel). 

Avant l'opération, le gouvernement avait systématiquement exacerbé la situation à Idomeni. Depuis des mois, plus de 9.000 réfugiés désespérés sont obligés, dans l'espoir de passer en Macédoine et de continuer vers le nord de l’Europe, d’y supporter des conditions intolérables. Tous ceux à qui il restait de l'argent ont cherché à se mettre en route vers le nord, laissant les plus démunis bloqués à Idomeni, pour qui tout est mieux qu’un rapatriement vers les zones de guerre et de misère. 

Le gouvernement grec a délibérément refusé aux réfugiés de la frontière macédonienne de la nourriture ou des soins médicaux adéquats. Tout ce qui a été laborieusement construit au cours des derniers mois vient de l'activité de groupes de bénévoles et d’organisations caritatives. 

Le personnel de ces groupes rendent fréquemment compte de la situation catastrophique de l’approvisionnement. Il manque de la nourriture, des médicaments et des médecins. Après des mois passés dans la boue, les réfugiés subissent désormais une chaleur intense intensifiant encore la crise hygiénique qui s'aggrave. 

Les médias grecs ont fait état d’organisations mafieuses qui se sont formées à l'intérieur du camp pour exploiter le sort des réfugiés. Des bordels ont été installés où des femmes réfugiées sont victimes d'abus sexuels en échange de bouchées de pain. 

Cette situation est encouragée par le gouvernement qui exerce des pressions sur les réfugiés pour qu'ils quittent le camp. Conformément aux termes de l’infâme accord convenu entre l'Union européenne et le gouvernement turc, la Grèce doit détenir les réfugiés dans des camps officiels, la plupart devant être immédiatement expulsés vers la Turquie. 

Les résidents du camp d’Idomeni refusent d'être réinstallés dans les camps officiels d'expulsion et, en réponse, Syriza se prépare à évacuer le site. Prenant la parole jeudi, Giorgos Kyritsis, porte-parole du personnel sur le site, a déclaré que le camp devait être fermé début juin. La dernière agression de la police doit être considérée comme un prélude à l'expulsion des réfugiés. Le camp est déjà entouré en permanence par la police. 

Les conditions des réfugiés dans les camps officiels ne sont pas meilleures. Des personnes innocentes y sont emprisonnées comme des criminels et coupées de l'extérieur. Les organisations actives dans les camps de fortune refusent de travailler dans ces prisons. Travailler là-bas « ferait de nous les complices d'un système que nous considérons comme injuste et inhumain », a déclaré un représentant de MSF. 

L’hygiène lamentable, la chaleur et un approvisionnement insuffisant provoquent des protestations et des émeutes chez les détenus. Au début de la semaine, les réfugiés de l'île grecque de Chios et du camp de réfugiés de Schisto à Athènes ont commencé une grève de la faim. « Ceux qui ont de l'argent peuvent traverser les frontières et se rendre à leurs destinations souhaitées. Mais l'UE ferme ses frontières aux demandeurs d'asile » proclame une banderole des grévistes de la faim. 

Selon l'organisation pour les droits des enfants Save the Children et l'Agence des Nations-unies pour les réfugiés (HCR), de nombreux enfants non accompagnés sont enfermés dans les cellules des camps officiels. Leur situation était « déprimante et dangereuse » et beaucoup étaient malades. Parfois, les enfants innocents sont détenus dans les cellules de postes de police où ils se voient refuser tout exercice et sont abandonnés pendant des semaines sans accès adéquat à une salle de bain ou des toilettes. 

Les méthodes d'état policier utilisées contre les réfugiés sont en fait dirigées contre tous les travailleurs. Dix jours avant que le gouvernement grec n’attaque des réfugiés sans défense, sa police a dispersé une manifestation de travailleurs sur la place Syntagma à Athènes, également à l'aide de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. 

Les travailleurs avaient manifesté pacifiquement contre les coupes sociales drastiques adoptées par le parlement grec à la demande de l'UE. Maintenant, les députés discutent de nouvelles attaques sociales, en particulier la privatisation des entreprises publiques, ce qui conduira à des licenciements et des réductions de salaire massifs. 

Pour supprimer l'opposition à sa politique, le gouvernement Syriza s'appuie de plus en plus sur des mesures d'état policier et sur la répression. Toute personne qui élève la voix contre les attaques sociales ou l'internement et la déportation, doit être réduite au silence. 

C'est avant tout la violence déployée contre des réfugiés sans défense et désespérés fuyant les guerres qui montre le plus clairement le caractère de classe de l’actuel gouvernement grec.

(Article paru en anglais le 20 mai 2016)