Loi travail : l’action combinée du PS et de la pseudo-gauche renforce le FN

Par Francis Dubois
18 mai 2016

Alors que des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes sont restés mobilisés pendant des semaines contre la réactionnaire loi travail du gouvernement Hollande, et qu'une majorité de la population soutient à ce jour la mobilisation contre cette loi après son imposition, le Front national (FN) néo-fasciste, poussé par l‘aristocratie financière, gagne néanmoins en influence.

Le 12 mai, les deux députés du Front national ont voté en faveur de la motion de censure déposée contre le gouvernement par les partis conservateurs LR et UDI à l‘Assemblée nationale et ont appelé à la dissolution du parlement. 

Durant toute la durée du mouvement contre la loi qui a débuté en mars, le FN, qui se vante d‘être « le premier parti de France » et le parti « du peuple » représentant les salariés, s‘est abstenu de toute présence visible dans la rue et, dans une large mesure, de commentaires dans les médias. Il ne s‘est pas positionné précisément sur le contenu de la loi, se disant souvent « contre » et en critiquant certains aspects. 

Ici le FN et l'ensemble de la classe dirigeante française mettent en marche une stratégie éprouvée. Depuis 25 ans, à chaque mobilisation majeure de la classe ouvrière et des jeunes contre les attaques de gouvernements de droite comme de « gauche », le FN disparaît de la scène politique pour ne pas donner prise à l‘opposition mobilisée de la classe ouvrière. A chaque défaite des travailleurs organisée par la « gauche », ses scores électoraux augmentent et il renforce ses positions. 

La presse a cette fois fait remarquer cette « anomalie ». France Inter écrit le 17 mars 2016 sous le titre « Sur le volet social, le FN est muet »: « Alors que droite et gauche se déchirent sur la loi El Khomri, le FN a disparu… Mais après des mois de saturation médiatique, avouons que l’on est un peu surpris de ne plus entendre du tout l’extrême-droite ». Quelques jours plus tard, le site Web Atlantico se demandait « Mais au fait que pense le FN de la loi El Khomri »? 

Plusieurs sondages attestent du renforcement de l'influence du FN. Un sondage Odaxa du 29 avril constate: « La stratégie de communication – ou ces derniers temps de non communication – de Marine Le Pen est incontestablement très efficace. Qualifiée à coup sûr au premier tour (et souvent en première position) dans la plupart des sondages, [elle] jouit d‘une cote d‘adhésion … extrêmement importante. Ainsi dans notre dernier baromètre politique publié le 26 avril dernier 25 pour cent des Francais déclaraient se sentir en adhésion avec Marine le Pen... » 

L‘institut de sondage ajoute, « alors que seulement 13 à 19 pour cent des Français déclaraient être 'souvent' d‘accord avec les prises de positions du FN entre 1992 et 2002... ils sont désormais 33 pour cent à se dire d‘accord avec [M. Le Pen] dans notre sondage. C‘est donc un quasi doublement de l‘adhésion aux idées du FN depuis le 21 avril 2002 ». 

Selon un sondage Elabe du 27 avril pour Les Echos, « Marine Le Pen se qualifierait pour le second tour dans toutes les hypothèses testées. Les intentions de vote exprimées en [sa] faveur confirment la dynamique du Front national, avec des scores oscillant entre 23% et 28,5% [selon les hypothèses] Dans chacune des huit hypothèses, le score obtenu par Marine Le Pen lui permettrait de se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle si celle-ci avait lieu dimanche prochain. » 

Comment cela s‘explique-t-il? 

Le fait que ce parti néofasciste dont la tradition est la répression violente de la classe ouvrière se renforce durant une période de lutte ouverte entre celle-ci et le patronat, est dû non seulement à la politique réactionnaire d‘austérité pro-UE du PS, soutenue par les syndicats, mais tout particulièrement au rôle des organisations de la pseudo gauche comme le FG, le NPA, Nuit debout et les autres satellites du PS. 

L‘Etat d‘urgence, la main tendue au FN, la déchéance de nationalité qui associe le PS au pétainisme et au FN, fait directement le lit du parti néo-fasciste. La pseudo-gauche, elle, a fait tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer une lutte politique de la classe ouvrière et des jeunes contre le gouvernement Hollande, empêchant qu‘il ne soit renversé. Elle fait en sorte que le PS puisse imposer sa loi-travail alors que, dans la classe ouvrière et la jeunesse, le PS est de plus en plus clairement identifié comme l‘ennemi politique. 

Les syndicats soutenus par la pseudo gauche et #NuitDebout ont fait leur maximum pour isoler les grèves qui se sont tout de même développées, n'appelant que certaines catégories de travailleurs à faire grève et encore, séparément. 

La tâche de défendre les acquis sociaux ainsi que les droits démocratiques en France incombe à la classe ouvrière, mobilisée en lutte contre le PS et la pseudo gauche ainsi que contre les dangers que feraient peser un régime FN sur les travailleurs. Actuellement, les attaques sociales et les politiques sécuritaires et répressives menées par le PS au nom de « valeurs de gauche » accréditées par la pseudo-gauche permet au FN de gagner de l'influence en se faisant passer pour un défenseur des opprimés. 

L‘étouffement systématique de la mobilisation de la classe ouvrière par les syndicats et la pseudo gauche, alors que l‘aristocratie financière développe la guerre à l‘extérieur et contre les travailleurs à l‘intérieur, empêche celle-ci d‘apparaître comme l‘alternative révolutionnaire au capitalisme. Il permet même que des couches d‘ouvriers maltraités, désorientés et désespérés votent pour des démagogues néo-fascistes comme une Le Pen, ou un Donald Trump aux USA. 

L' « opposition » du FN à la loi El Khomri n‘a rien à voir avec une défense des droits sociaux et démocratiques. Le FN est un parti de la grande bourgeoisie impérialiste, qui se prépare à l‘employer pour imposer un gouvernement autoritaire. Dans la mesure où il prend position du tout, c‘est pour s‘allier avant tout la petite et moyenne entreprise et les classes moyennes et les lancer contre la classe ouvrière. Elle est essentiellement ultra-nationaliste, et sous le mot code de « défense de la laïcité », anti-immigrée et anti-musulmane. 

Marine le Pen disait le 9 mars, « Le projet de loi El Khomri sur le droit du travail ne réglera en rien les difficultés économiques des TPE et des PME, une nouvelle fois grandes oubliées de cette réforme.... En effet, ce projet révèle une méconnaissance aiguë des problèmes et attentes des chefs d’entreprise et notamment des patrons de TPE. Il faudrait d’abord leur permettre de remplir leur carnet de commandes... » 

Au 1er mai, le FN n‘a pas organisé de défilé nationaliste « dans la rue » comme les autres années, ce qui risquait de le forcer à prendre trop nettement position par rapport à la loi. Il a préféré tenir un « banquet patriote » dans un centre de congrès en région parisienne avec deux mille de ses membres. 

Alors que les forces de l'ordre, au sein desquelles le FN a une influence considérable, matraquent les jeunes manifestants, le FN a lancé une campagne sécuritaire à peine déguisée, baptisée « Pour une France apaisée ». Ceci serait une société « pacifiée », où la lutte des classes a été supprimée, ce qui n'est possible que par la violence d‘Etat.