Pourquoi Sanders a gagné en Virginie occidentale

Par Joseph Kishore
14 mai 2016

L’écrasante victoire remportée mardi par le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, en Virginie-occidentale faisant suite à sa victoire de la semaine passée dans l’Indiana, a mis en évidence l’hostilité généralisée vis-à-vis de la favorite du Parti démocrate, Hillary Clinton, à une dizaine de semaines avant la convention d’investiture du parti en juillet. 

Sanders a battu Clinton, dont le Parti démocrate avait dit qu’elle sortirait victorieuse du processus des primaires, en prenant tous les comtés de l’état et en obtenant 51,4 pour cent des voix contre 35,8 pour cent pour Clinton. Il a surtout réalisé un score particulièrement élevé dans les régions industrielles et ouvrières jadis dominées par l’industrie minière. Avec la désindustrialisation pratiquée en grande partie par le Parti démocrate des décennies durant, la Virginie occidentale compte actuellement parmi les états les pauvres du pays en affichant le plus faible taux de participation sur le marché du travail. 

Dans le comté de Logan – où eut lieu en 1921 la Bataille de Blair Mountain durant laquelle 10 000 mineurs de charbon armés se sont opposés à des briseurs de grève et à la police – Sanders a battu Clinton par une marge de 25 pour cents. Le sénateur du Vermont a continué d’être soutenu par une écrasante majorité de jeunes électeurs en ralliant 73 pour cent des électeurs démocrates de moins de 44 ans de la Virginie occidentale. 

La rossée électorale que Sanders, qui se décrit comme étant un « socialiste démocratique », a infligé à Clinton dans un état tel que la Virginie-occidentale a une signification politique considérable. En tentant d’expliquer cette victoire ou d’autres similaires de Sanders, les médias et les défenseurs de Clinton au sein du Parti démocrate avancent de fausses versions raciales des faits où tout doit être compris en termes de « vote blanc » et de « vote noir », etc. À titre d’exemple, l’on peut citer la rubrique (« As West Virginia Goes ») publiée hier par le chroniqueur du New York Times, Charles Blow, un fervent partisan de Clinton. 

Le problème de Clinton est, selon Blow, que sa stratégie a été « de s’aligner si étroitement sur le président Obama qu’il n’y a plus guère d’espace entre eux. » Ceci lui a permis d’obtenir et de capter certains électeurs minoritaires mais l’a très probablement aussi éloignée de ses électeurs blancs. » La Virginie-occidentale, poursuit Blow, est « l’un des états les plus blancs du pays et certainement le plus blanc du sud », tout comme le « moins éduqué et l’un des plus pauvres. » 

Blow cherche à dissimuler ce qui est évident – le fait que le soutien en faveur de Sanders est motivé par l’énorme aliénation et le désir d’un changement drastique de la politique économique qui existent parmi de vastes couches de travailleurs et de jeunes. Le lien entre Clinton et le gouvernement Obama génère de l’hostilité au sein des travailleurs et des jeunes parce que l’on a assisté durant les sept ans du gouvernement Obama à une croissance jamais vue de l’inégalité sociale et une détérioration continue des conditions de vie de la classe ouvrière.

Les commentaires de Blow, et de beaucoup d’autres comme lui, supposent tout naturellement que les travailleurs agissent non pas en fonction d’intérêts économiques, mais de l’identité raciale. Ces commentateurs rejettent toute idée que les préoccupations qui animent de vastes sections de travailleurs, qui s’avèrent être blancs, puissent être les mêmes que celles qui motivent les travailleurs qui se trouvent être noirs. Ils nient que les travailleurs sont capables de formuler un jugement rationnel par rapport à leurs propres intérêts. Ils ne fournissent aucune preuve pour étayer ces allégations. Au lieu de cela, ils estiment que le fait de les répéter inlassablement les rendra véridiques. 

La tentative de faire de l’ethnie la catégorie sociale et politique fondamentale a été des décennies durant au cœur de la stratégie politique du Parti démocrate et de sa périphérie politique. À partir de la fin des années 1960 en particulier, le Parti démocrate a combiné le rejet de tout engagement à entreprendre des réformes sociales avec la promotion de la politique d’« affirmative action » et diverses formes de politiques centrées sur les modes de vie et identitaires liées aux intérêts des sections privilégiées de la population. 

Dans la mesure où les questions raciales sont un élément significatif lors des élections de 2016, c’est principalement dans l’utilisation flagrante qu’en font la campagne de Clinton ainsi que ses partisans au sein de certaines sections de la classe moyenne supérieure afro-américaine. Le fait que Clinton, qui est l’incarnation du statu quo, a eu du succès parmi les sections économiquement les plus opprimées de la population afro-américaine est une expression de l’impact réactionnaire de ce type de politique. 

Il convient de noter qu’une autre légende politique a volé en éclats lors des primaires républicaines – à savoir, l’affirmation que la religion est la question centrale motivant les électeurs républicains. Aucune tentative n’est faite dans les médias pour expliquer pourquoi un « vote évangélique » est allé au fornicateur tristement célèbre, Donald Trump, ou pourquoi la campagne du fondamentaliste religieux Ted Cruz s’est terminée par un désastre en dépit du soutien de l’élite du Parti républicain. L’on voit ici une autre forme très déformée des conséquences de la détresse économique et sociale que Trump s’efforce d’orienter vers des canaux d’extrême-droite nationalistes. 

De plus en plus souvent les questions fondamentales de classe viennent sur le devant de la scène. Maintenant qu’il a été démontré que de vastes sections de travailleurs sont disposées à accepter une alternative socialiste, la réaction de la soi-disant « gauche » est de chercher à renforcer les divisions raciales. 

Sanders lui-même ne propose aucune voie pour aller de l’avant. Dès le début, l’objectif central de sa campagne a été de contrôler, dans le cadre du système capitaliste et du Parti démocrate, la colère sociale profonde et grandissante. Toutefois, des tendances objectives puissantes sont exprimées dans le soutien populaire à sa campagne, elles devront trouver et trouveront des formes plus radicales d’expression politique. 

Il est grand temps que les travailleurs et les jeunes rejettent l’ensemble de l’effort réactionnaire entrepris pour définir la politique sur la base de la race, de l’ethnie ou toute autre division artificielle. La classe est réelle et enracinée objectivement dans le processus de production. La race est une fiction utilisée par la classe dirigeante et les forces politiques de la classe moyenne, tant de la droite que de la pseudo-gauche, pour diviser les travailleurs et les subordonner au capitalisme. La politique de classe – unissant tous les travailleurs sur la base de leurs intérêts économiques communs et leur identité sociale – peut trouver et trouvera une renaissance aux États-Unis. 

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(Article original paru le 12 mai 2016)