La fin peu glorieuse de la « révolution politique » de Sanders

Par Patrick Martin
2 mai 2016

Suite à ses défaites dans cinq des six primaires du nord-est, le sénateur du Vermont Bernie Sanders a effectivement concédé que l'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton serait la candidate démocrate à l'élection présidentielle. Mercredi, sa campagne a notifié à plusieurs centaines de membres de son personnel leur licenciement.

Dans une série d'entrevues avec les médias, Sanders et son chef de campagne, Tad Devine, ont indiqué que le candidat se plierait à l’exigence des dirigeants démocrates qu'il cesse de critiquer la favorite pour ses liens avec Wall Street et qu’il dirige ses attaques contre le probable candidat républicain, le milliardaire Donald Trump.

La campagne de Sanders ne se termine donc pas en feu d'artifice mais en pétard mouillé. Le candidat a cependant tous les droits de dire « mission accomplie ». Sa principale préoccupation, à mesure que la campagne avançait, a été de faire en sorte que ses partisans restent au Parti démocrate. Des millions de jeunes et de travailleurs, attirés par ses appels à une « révolution politique » et ses dénonciations de la « classe des milliardaires » sont à présent traînés aux urnes pour voter Clinton, boniche de Wall Street et criminelle de guerre. 

Le soutien de masse pour Sanders venait de l'expérience faites par les travailleurs et les jeunes Américains avec le système capitaliste, surtout au cours des quinze dernières années où ils n'ont connu que la guerre, la crise économique et la détérioration des salaires et des conditions sociales. 

Une enquête de l'Université de Harvard sur les jeunes adultes de 18 à 29 ans, publiée cette semaine, a révélé que 51 pour cent des sondés ne soutiennent pas le capitalisme, contre 42 pour cent le qui le soutiennent. Un tiers de ces jeunes adultes était en faveur du socialisme et une quasi-majorité convenait de ce que les soins de santé, l'alimentation et le logement étaient des droits humains fondamentaux. Ceci, dans une société où le socialisme a été pratiquement criminalisé et les deux grands partis, les médias et le milieu universitaire chantent tous les louanges du capitalisme. 

Comme le WSWS l'écrivait en février, « Sanders n’est pas le représentant d’un mouvement de la classe ouvrière. Il est plutôt le bénéficiaire temporaire d’une montée d’opposition populaire qui n’en est qu’à son premier stade de différenciation sociale et de classe. » Toute sa campagne a été consacrée à empêcher que ce mouvement vers la gauche ne s’évade du carcan du Parti démocrate. 

Sanders a annoncé sa candidature à l'investiture démocrate sans attendre un quelconque succès électoral ou même une influence notable. Son but était de jouer le rôle des candidats libéraux de gauche précédents comme Dennis Kucinich et Al Sharpton et d'utiliser le processus des primaires présidentielles pour donner au Parti démocrate un visage « de gauche ». La campagne Clinton a salué sa participation, comptant sur Sanders pour lui permettre de se positionner pendant les primaires comme candidate « progressiste responsable ». 

A la grande surprise et à la consternation des médias de la grande entreprise et des responsables du Parti démocrate et à celle du candidat lui-même, Sanders a immédiatement bénéficié de l’écoute, d'abord des jeunes, puis de couches plus larges. On a pu remarquer que plus ses partisans se radicalisaient et s'enthousiasmaient, plus il laissait tomber sa prétention d '« indépendance » et insistait pour dire que le Parti démocrate était la seule voie politique possible. Sa « révolution politique » s'est avérée n'être qu'un effort pour faire voter pour les démocrates et son « socialisme » que du libéralisme réchauffé sans le moindre danger pour la propriété capitaliste. 

Sanders a évité les questions primordiales de la guerre et du militarisme, sur lesquelles Clinton était la plus vulnérable compte tenu de son rôle comme secrétaire d'Etat du gouvernement Obama, responsable de la guerre des États-Unis et de l'OTAN en Libye, de la guerre civile fomentée par les États-Unis en Syrie et de la campagne d’assassinats par drones, entre autres crimes. 

Maintenant que Clinton a effectivement remporté la nomination démocrate, le rôle de Sanders sera de répandre l’illusion que le porte-étendard démocrate, serviteur éprouvé de l'impérialisme américain dont l’activité politique remonte à quatre décennies, peut en quelque sorte être poussée à gauche. 

C'est lors d'un rassemblement à Bloomington, Indiana, mercredi que Sanders a énoncé le plus clairement peut-être son rôle politique: « Notre travail, que nous gagnions ou que nous ne gagnions pas » a-t-il dit, « est de transformer non seulement notre pays, mais le Parti démocrate, ouvrir les portes du Parti démocrate aux travailleurs et aux jeunes et aux seniors d'une façon qui n'existe pas aujourd'hui ». 

Jeudi à Springfield, Oregon, il a élaboré sur le thème, qui relève de l'alchimie politique, d’une transformation du Parti démocrate; il a déclaré, « Le Parti démocrate doit arriver à une conclusion fondamentale: sommes-nous du côté des travailleurs ou avec les grandes fortunes? Sommes-nous avec les seniors, les enfants, les malades et les pauvres? Ou sommes-nous avec les spéculateurs de Wall Street et les compagnies pharmaceutiques et les societés d'assurance? »

Au diable de décider s'il se mettra du côté des anges!

Le caractère de classe du Parti démocratique est indéniable. Ce parti fait partie intégrante du système bipartite que l'élite dirigeante américaine utilise pour gérer ses affaires d'Etat et pour supprimer toute opposition d'en bas.

Quant à Sanders, il pourra faire une brève apparition à la convention démocrate alors que Clinton « se déplacera vers le centre » pour la campagne électorale, elle recherchera l'appui de secteurs de l'establishment républicain, de Wall Street et de l'armée qui hésitent à mettre un Trump ou un Cruz à la Maison blanche.

Parmi les groupes de la pseudo-gauche où dominait l'enthousiasme pour Sanders, sa défaite pourrait inciter un changement de tactique mais pas d'orientation politique. Leur enthousiasme pour sa campagne était dans une large mesure lié au fait qu'ils la voyaient comme un moyen d’intégrer leurs propres organisations à l'establishement capitaliste. Ils continueront de poursuivre cet objectif, notamment en soutenant les Verts, le « troisième parti » bourgeois dans l'orbite politique des démocrates.

Tout au long de la campagne électorale, le Parti de l'égalité socialiste a expliqué tant la signification objective du soutien de masse pour Sanders que le rôle de celui-ci comme véhicule pour renforcer le Parti démocrate. Nous avons souligné que Sanders n'était pas le leader d'un mouvement d'en bas, mais un instrument de l'establishment politique pour contenir, désorienter et finalement disperser un tel mouvement. 

Ceux qui sont sérieusement à la recherche d'un véritable mouvement politique socialiste anti-guerre, doivent tirer les conclusions qui s’imposent. Nous vous appelons tous à soutenir la campagne électorale du Parti de l'égalité socialiste de Jerry White et Niles Niemuth pour aider à construire un vrai mouvement socialiste de la classe ouvrière et préparer les luttes à venir.

(Article paru en anglais le 30 avril 2016)