Réunion publique à Paris sur le danger de guerre en Asie et la faillite du nationalisme tamoul

Par Kumaran Ira
17 mai 2016

Les partisans du Comité International de la Quatrième Internationale (CIQI) en France ont organisé dimanche une réunion publique à Paris sur le danger de guerre croissant au Sri Lanka et en Asie et sur la faillite des partis bourgeois nationalistes tamouls. Des travailleurs et des jeunes tamouls, cinghalais et français ont participé à cette réunion.

Deepal Jayasekera, le secrétaire adjoint du Socialist Equality Party (Sri Lanka), la section sri lankaise du CIQI, a prononcé le discours d’ouverture. Il a expliqué comment l’impérialisme américain avait joué un rôle clé dans l’accession au pouvoir, après les élections de janvier dernier, du président Maithripala Sirisena dans le but d’aligner encore plus étroitement le Sri Lanka sur le « pivot vers l’Asie » des Etats-Unis et leurs préparatifs de guerre contre la Chine.

Jayasekera a ajouté que les partis bourgeois tamouls, dont le parti de l’Alliance nationale tamoule (TNA) et les partis de la pseudo-gauche tels le Nava Sama Samaja Party (NSSP) et l’United Socialist Party (USP), avaient soutenu l’opération de changement de régime parrainée par les Etats-Unis. Le TNA et les groupes de la pseudo-gauche ont salué Sirisena comme une alternative « démocratique » au précédent gouvernement de Mahinda Rajapakse.

En fait, Sirisena a renforcé une grande partie de la politique réactionnaire de son prédécesseur, violant les droits démocratiques fondamentaux et lançant des attaques sans précédent contre la classe ouvrière. Jayasekera a souligné que le régime de Sirisena camouflait les crimes de guerre commis par Rajapakse, refusait la libération de prisonniers politiques détenus sans procès et réprimait l’opposition des travailleurs, des étudiants et des fermiers à son programme d’austérité.

Jayasekera a ajouté que les événements survenus aux Sri Lanka avaient confirmé le travail du CIQI et du SEP qui furent les seuls à mener, lors des élections, une campagne fondée sur des principes et basée sur une lutte socialiste de la classe ouvrière contre l’impérialisme et la guerre.

V. Gnana, un partisan dirigeant du CIQI en France, a évoqué la façon dont les partis nationalistes tamouls opéraient comme instrument de l’impérialisme. Il a dit que la défaite des Tigres de Libération de l’Eelam tamoul (LTTE) à la fin de la guerre civile sri lankaise en 2009 avait été l’aboutissement sanglant de la faillite de la perspective des séparatistes tamouls, proclamée par l’adoption en 1976 de la résolution de Vaddukodai par le Front unifié tamoul de libération.

Depuis 2009, les partis nationalistes tamouls se sont ouvertement orientés vers l’impérialisme américain et européen et appuient la course à la guerre contre la Chine. Ils ont soutenu l’élection de Sirisena ainsi que ses mesures d’austérité, l’emprisonnement indéfini de prisonniers politiques et le recours croissant aux violences policières pour terroriser la population.

Alex Lantier, le dernier orateur, a expliqué que les travailleurs immigrés sri lankais en Europe étaient confrontés aux mêmes problèmes que leurs frères et sœurs de classe en Europe – le développement de la guerre, l’austérité, la promotion du nationalisme et des attaques contre les droits démocratiques – et à la nécessité de s’unir à eux dans la lutte. Ceci exigeait la construction d’une section du CIQI en France afin de donner une direction et de présenter une perspective politique et historique trotskyste aux travailleurs de toutes les nationalités en France.

Lantier a attaqué les partis de la pseudo-gauche comme le Nouveau Parti anticapitaliste et le Front de Gauche qui, des décennies durant, se sont alignés sur le Parti socialiste alors que ce dernier appliquait une politique de guerre et d’austérité. Ils sont aujourd’hui complices dans le fait de fomenter le nationalisme et la xénophobie.

"Le rôle de ces organisations est de préparer le terrain à la guerre, à l’austérité et à une dictature policière en France” a dit Lantier. “Leur hostilité envers les travailleurs est aussi fondamentale que celle des partis nationalistes tamouls. Elle a ses racines dans la lutte des classes, dans l’hostilité de la bourgeoisie et de ses alliés petits-bourgeois envers la classe ouvrière. Et le danger qu’ils représentent pour les travailleurs en France n’est pas moins grave que celui auxquel font face les travailleurs et les masses opprimées au Sri Lanka.”

Les participants à la réunion sont ensuite restés longtemps à discuter et à poser toute une série de questions sur le « pivot » des Etats.Unis « vers l’Asie », sur le rôle de l’Inde dans la poussée vers la guerre en Asie, sur le caractère de la guerre civile sri lankaise et sur la manière de développer un mouvement socialiste dans la classe ouvrière internationale.

Un travailleur cinghalais qui lit le WSWS depuis de nombreuses années a dit qu’il pensait que l’analyse du site était correcte et se demandait pourquoi il n’avait pas déjà un vaste soutien dans la classe ouvrière.

Les intervenants ont répondu que le soutien en faveur du WSWS était en train de grandir rapidement car il parlait pour une vaste opposition à l’ensemble du système social et politique.

Ils ont aussi expliqué que l’ampleur de ce soutien devait être compris historiquement. Le marxisme a subi des attaques continues sur des générations, notamment depuis les années 1930 où la bureaucratie stalinienne a organisé le génocide politique des marxistes qui culminé en 1940 dans le meurtre de Léon Trotsky. Cette attaque n’est pas seulement venue de la bourgeoisie et de la bureaucratie soviétique mais aussi, ces dernières décennies, de manière plus pernicieuse, des forces de la pseudo-gauche. Les conditions étaient actuellement réunies pour que le CIQI émerge à la direction des luttes révolutionnaires de masse du prolétariat.

Un travailleur tamoul présent à la réunion a demandé si le SEP caractérisait les derniers mois de la guerre en 2009 comme un génocide des Tamouls.

Les orateurs ont expliqué que le meurtre de masse de combattants des LTTE et de Tamouls dans les régions contrôlées par le LTTE à la fin de la guerre civile était incontestablement un crime horrible. Mais lui appliquer simplement l’étiquette de « génocide » – comme cherchent à le faire les partis nationalistes tamouls – ne résout aucune des questions politiques complexes devant être expliquées pour tirer les enseignements de ce terrible événement et pour lutter contre le danger de guerre sur le sous-continent indien et au plan international.

Ils ont souligné que la question centrale était la lutte pour l’unité et l’indépendance politique de la classe ouvrière. Des gouvernements sri lankais successifs avaient mené une guerre non seulement contre les travailleurs tamouls mais aussi cinghalais tout en encourageant le sentiment anti-tamoul pour diviser la classe ouvrière. Dans les années 1970, le gouvernement de Sirimavo Bandanaraike, avec l’appui du Nava Sama Samaja Party (NSSP) et du Parti communiste (PC, stalinien), avait écrasé un soulèvement du JVP, tuant quelque 15.000 jeunes ruraux.

Ils ont ajouté que les forces nationalistes tamoules qui avaient critiqué les crimes de guerre commis par le gouvernement sri lankais étaient à présent alignées sur le gouvernement Sirisena dont un grand nombre de hauts responsables avaient été directement impliqués dans les crimes commis sous Rajapakse.

(Article original paru le 16 mai 2016)