Les cheminots français en grève contre la loi travail et la réforme ferroviaire

Par Anthony Torres
20 mai 2016

Les cheminots se sont mis en grève le lendemain de la manifestation de mardi contre la loi travail et contre la réforme ferroviaire, qui prépare l’ouverture du rail en France à la concurrence. La CGT-cheminots a posé un préavis de grèves mercredi et hier, tandis que SUD-Rail a appelé à une grève reconductible jusqu’au 11 juillet, au lendemain de la final de l’Euro de football. 

Les syndicats ont aussi invoqué la lutte contre la loi du travail pour justifier la grève à la SNCF. Toutefois, les syndicats ont volontairement isolé la grève des cheminots de la manifestation du 17 mai pour éviter que les travailleurs ne fassent le parallèle entre la lutte contre la réforme du secteur ferroviaire et contre la loi El Khomri qui fragilise Hollande. 

En moyenne, 50 pour cent des liaisons TER et 40 pour cent des Intercités sont assurées ainsi que deux TGV sur trois, avec de fortes disparités. En Île-de-France, trois RER sur quatre et six Transilien sur dix circulent. 

Les syndicats de la SNCF négocient avec la direction pour lui permettre d’imposer aux cheminots et aux autres salariés un nouveau cadre social qui sera appliqué à l’avenir aux concurrents de la SNCF. Les négociations sur ce nouveau cadre social ne doivent aboutir qu’au 30 juin. Ces négociations entre la SNCF et les syndicats préparent de nouvelles attaques contre les acquis sociaux des travailleurs de la compagnie ferroviaire. 

La principale difficulté à laquelle sont confrontés les cheminots est la nécessité d’organiser leur lutte indépendamment des syndicats, en défendant le service public ainsi que le statut des cheminots et des autres catégories de travailleurs par une lutte politique contre le PS et l’Union européenne. 

Déjà en 2014, la privatisation du système ferroviaire était en discussion. Les syndicats ont négocié tout ce temps sans mobiliser les travailleurs. Ils savaient qu’il existe une large opposition à l’austérité et aux politiques de privatisation non seulement en France mais à travers l’Europe, et ils craignaient de déclencher un mouvement qui aurait pu renverser le gouvernement Hollande. 

Les syndicats ont pendant 4 ans de gouvernance du Parti socialiste bloqué toutes oppositions a Hollande. Quand le PS a présenté la loi travail, ils ont appelé à des grèves d’une journée en saute-mouton afin de contrôler l’opposition des travailleurs. 

Alors que 70 pour cent de l’opinion publique est contre la loi, et que la majorité de la population veut que les manifestations continuent malgré le fait que le PS a imposé la loi de manière illégitime, sans vote, à l’Assemblée, le secrétaire général de la CGT refuse l’idée d’une grève générale. 

La grève à l’appel de la CGT et de Sud Rail commence le même jour que la manifestation contre la haine anti-policière à laquelle la CGT participe sur la place de la République après avoir délogé le mouvement de pseudo gauche Nuits Debout. Cette manifestation policière organisée par des syndicats d’extrême droite avec la CGT fait la promotion du le Front National puisqu’on retrouve dans la manifestation des dirigeants du FN. 

L’appel de SUD-Rail à une grève reconductible, avec des votes sur la reconduction de la grève chaque soir, n’est pas une position plus radicale par rapport à la grève de deux jours par semaine. C’est un leurre, qui tente de se donner des airs plus radicaux tout en s’opposant à une grève illimitée. Mais SUD-Rail compte sur les pressions financières qui pèsent sur les salariés, sur l’isolement de cette grève des cheminots, et sur l’absence d’une perspective politique dans la lutte pour que les salariés finissent par voter le retour au travail. 

La lutte contre la privatisation du système ferroviaire ne peut pas porter uniquement sur cette question. 

Comme le démontre la répression féroce lancée par le PS contre l’opposition à la loi travail, le gouvernement s’opposera violemment à toute tentative des travailleurs de bloquer la réforme ferroviaire. 

L’opposition à la privatisation doit être élargie à une lutte contre le gouvernement qui soit en rupture avec les syndicats alliés du PS. Cette attaque fait partie d’une tentative plus large de la part de la bourgeoisie française et internationale de détruire les acquis sociaux et d’augmenter l’exploitation des travailleurs, tout comme la loi EL Khomri. Les cheminots ne peuvent avancer qu’en ralliant l’opposition énorme qui existe aux politiques d’austérité et de guerre parmi de larges masses de la classe ouvrière européenne en une lutte contre le PS et l’UE. 

La baisse des salaires des pilotes d’Air France constitue un avertissement pour les cheminots : sans une lutte qui soit indépendante des syndicats et des divers alliés politiques du PS, tels que le Front de gauche, les appareils syndicaux organiseront une défaite. 

Face à la concurrence des autres compagnies, Air France avait fin 2014 engagé un programme pour la création d’une filiale low cost, Transavia, pour concurrencer les compagnies étrangères. Ce plan fut rejeté part les pilotes qui se sont mis en grève pendant 2 semaines faisant perdre des millions d’euros à la compagnie aérienne et fit craindre au gouvernement Valls qu’elle puisse déclencher un mouvement d’opposition parmi des couches plus larges de la classe ouvrière. 

À la demande du duo Hollande-Valls, le syndicat des pilotes avait mis fin brutalement à la grève. La pseudo-gauche et les syndicats applaudirent la fin de la grève comme une victoire des pilotes. S’en est suivie une série de plans de licenciement de plusieurs milliers de personnes et la baisse des salaires des pilotes de 3 pour cent.

Les négociations en cours entre la SNCF et les syndicats suivent la même voie. Pour faire face à la concurrence, les syndicats et la SNCF avec la nouvelle loi travail comptent imposer des baisses de salaire à tous les travailleurs de la SNCF afin d’aligner leurs conditions de travail sur celles des travailleurs des compagnies privées.