Clinton et Trump proches de la nomination présidentielle

Par Patrick Martin
28 avril 2016

L'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton et le milliardaire Donald Trump sont largement en tête des campagnes démocrate et républicaine pour la nomination présidentielle après les résultats des primaires tenues mardi dans cinq Etats du nord-est des Etats-Unis. 

Clinton a remporté la Pennsylvanie, le Maryland, le Connecticut et le Delaware, ne perdant qu’à Rhode Island face au sénateur du Vermont Bernie Sanders. Rhode Island était, ce qui n’est pas une coïncidence, le seul des cinq Etats à tenir une primaire ouverte où les indépendants, en plus des démocrates inscrits, pouvaient voter. 

La campagne des médias et de l'establishment du Parti démocrate pour déclarer terminée ou presque la course à l’investiture et Clinton victorieuse, a eu un impact sur le taux de participation chez les jeunes et les étudiants qui ont favorisé le « socialiste démocratique » autoproclamé Sanders à une écrasante majorité. Les jeunes ont représenté une proportion beaucoup plus faible de l'électorat mardi, seulement 10 pour cent, par rapport à une moyenne de 17 pour cent aux primaires démocrates précédentes cette année. 

Trump a remporté tous les cinq Etats où se tenaient des primaires républicaines, obtenant 55 pour cent ou plus du total des voix dans chacune d’elles, ses deux rivaux encore en lice se partageant le reste. Le sénateur du Texas Ted Cruz est arrivé deuxième en Pennsylvanie, de loin l'Etat le plus peuplé ayant voté mardi, tandis que le gouverneur de l'Ohio John Kasich, est arrivé deuxième dans tous les autres. Ni l'un ni l'autre n'ont obtenu plus de 30 pour cent dans aucun des cinq Etats. 

Si les résultats de mardi ont placé Clinton et Trump en tête de la course à la nomination présidentielle démocrate et républicaine, le fait reste que ces deux favoris sont les personnalités politiques les plus impopulaires de l'histoire des sondages d'opinion modernes en Amérique. Les 56 pour cent d’opinions négatives de Clinton ne sont dépassés que par les 65 pour cent d’opinions défavorables de Trump. 

Parlant à un ‘rassemblement de la victoire’ à Philadelphie, Clinton s'est concentrée presque exclusivement à attaquer un Trump probable candidat républicain. Son discours contenait un appel aux partisans de Sanders; elle a déclaré à plusieurs reprises que « tous les démocrates » étaient engagés à une série de mesures d’apparence progressive, allant de soins de santé abordables et de qualité à l'augmentation des salaires et à la réduction du coût des études. 

Chose rare, elle a mentionné la politique étrangère, promettant d’« éviter aux troupes américaines une autre guerre terrestre au Moyen-Orient ». Un mensonge éhonté, car au cours de ses quatre années comme secrétaire d'Obama, Clinton a été l'un des plus grands défenseurs de l'intervention militaire américaine dans la guerre civile en Syrie et durant sa campagne elle a appelé à la mise en place de « zones de sécurité » pour étendre la guerre de changement de régime contre le président syrien Bachar al-Assad. Elle continue aussi de défendre le bombardement par les Etats-Unis et l'OTAN de la Libye en 2011, qui a détruit ce pays en tant que société qui fonctionne. 

Les aides de Clinton et l'establishment du Parti démocrate dans son ensemble ont fait de plus en plus pression sur Sanders pour qu'il abandonne toute attaque des liens de Clinton avec Wall Street et pour qu'il commence à encourager ses partisans à la soutenir une fois qu’elle sera déclarée candidate. Dans son ‘discours de victoire’ cependant, Clinton a pris soin de ne pas déclarer finie la course à la nomination présidentielle démocrate. 

Trump n'a pas été aussi prudent. Dans des remarques typiquement décousues prononcées dans le hall de l’atrium de la Trump Tower à Manhattan, le promoteur immobilier milliardaire s'est dit « candidat désigné » et a dit à Cruz et Kasich qu'ils devaient se retirer immédiatement de la course. 

En même temps, avouant que l'issue de la course républicaine n'était toujours pas décidée, Trump a qualifié la prochaine primaire du 3 mai dans l'Indiana de bataille décisive contre Cruz. Les médias ont calculé que le total des délégués de Trump était de 950 après le vote de mardi et suggéré qu'il devait encore gagner et l’Indiana et la Californie pour être sûr d'atteindre la majorité des 1.237 délégués et éviter une convention républicaine contestée. 

En termes de délégués au congrès, Clinton a augmenté son avance déjà considérable sur Sanders. Avant le vote de mardi, Clinton devançait Sanders de 275 délégués (1.428 contre 1.153). Selon les totalisations des résultats de mardi par les médias, Clinton mène maintenant par 1 618 à 1267, une avance de 341. 

En ajoutant les 519 ‘super-délégués’ membres du Comité national démocrate et élus régionaux et nationaux ayant publiquement déclaré leur soutien à Clinton, comparés aux 39 favorables à Sanders, Clinton arrive en tout à 2137. 2.382 délégués sont requis pour la nomination. 

Sanders devrait gagner près de 70 pour cent des délégués restant à choisir pour obtenir la majorité des délégués élus, une impossibilité pratique, puisque les délégués sont attribués à la proportionnelle. La grande majorité des délégués au congrès restants, près de 700 au total, sera choisie le 7 juin quand des primaires auront lieu en Californie, dans le New Jersey et dans quatre autres Etats.

Sanders a commencé à réagir à la pression de l'establishment du Parti démocrate pour qu'il modère sa rhétorique sur les rapports de Clinton et Wall Street, alors même qu'il continue de faire campagne pour des primaires fixées en mai dont l'Indiana, la Virginie occidentale, le Kentucky et l'Oregon. Sanders s’est adressé à un rassemblement de plus de 5.000 personnes à Huntington, en Virginie occidentale mardi soir, attaquant surtout Trump et les républicains. 

Lors de quatre émissions télévisées d’interviews dimanche – toutes sauf Fox News – Sanders a semblé commencer à négocier les conditions de son appui inévitable pour Clinton en suggérant qu'elle ne pourrait gagner le soutien de ses électeurs qu’en soulevant des questions comme l'inégalité des revenus et la corruption du système politique américain par les super-riches. 

Parlant sur l'émission de NBC « Meet the Press », Sanders a déclaré qu’au cas où il ne réussirait pas à gagner l'investiture démocrate, « la Secrétaire Clinton porterait la responsabilité principale de convaincre tout le monde, pas seulement mes partisans, qu'elle est le genre de présidente dont ce pays a besoin pour en représenter les travailleurs, pour se confronter aux intérêts des super-riches qui ont tant de pouvoir, pour se battre pour ce que veut le peuple américain ».

En suggérant qu’Hillary Clinton, dont toute la carrière politique a été consacrée à servir le capitalisme américain, pourrait maintenant devenir une présidente qui « représenterait les travailleurs », Sanders montre qu’il est prêt à commettre une fraude grotesque et cynique contre le peuple américain, y compris contre les millions de travailleurs et de jeunes qui ont soutenu sa campagne. 

(Article paru en anglais le 27 avril 2016)