Podemos implore le Parti socialiste de former un gouvernement en Espagne

Par Paul Mitchell
23 avril 2016

Les tentatives visant à former un nouveau gouvernement en Espagne sont au point mort, ce qui soulève la possibilité de nouvelles élections.

L'éclatement lors de l'élection générale en décembre du système bipartisan qui était en place depuis des décennies a produit un Parlement sans majorité, divisé entre quatre principaux partis, le Parti populaire (PP), le Parti socialiste (PSOE), Podemos et Ciudadanos (Citoyens). 

Les tentatives de bricoler une coalition ont échoué à plusieurs reprises, la plus récente étant celle entre le PSOE et Cuidadanos. Ce pacte nécessitait le soutien de Podemos, mais coopérer ouvertement avec Cuidadanos aurait totalement exposé les prétentions politiques de ce parti de pseudo-gauche. 

Le roi Felipe VI doit tenir une nouvelle série de consultations à compter du 25 avril. Podemos fait une dernière tentative avec des appels au PSOE pour former un prétendu «gouvernement de changement» qui inclurait le Parti communiste dirigé par Gauche Unie (IU) et le parti nationaliste valencien, Compromis, et nécessiterait l'appui ou l'abstention des nationalistes catalans et basques. 

Si un accord de partage du pouvoir n'a pas été trouvé le 2 mai, de nouvelles élections auront lieu le 26 juin. Les sondages suggèrent que le vote sera similaire à celui de décembre, bien que la situation soit volatile et difficile à prévoir puisque 40 pour cent des électeurs sont encore indécis. 

Lundi, Podemos a annoncé les résultats d'un référendum qui a eu lieu la semaine dernière après que des pourparlers à trois avec le PSOE et Cuidadanos aient échoué. On a posé aux membres de Podemos deux questions :

Voulez-vous un gouvernement basé sur le pacte PSOE-Cuidadanos ? 

Êtes-vous d'accord avec notre proposition de Gouvernement pour le changement avec Podemos, En Comú Podem (Podemos en Catalogne), et En Marea (une coalition en Galice impliquant Podemos, la Fraternité Anova-nationaliste, l'UI et diverses alliances municipales) ? 

Les deux options sont des variantes sur une coalition avec le PSOE.

En annonçant les résultats, le secrétaire d'organisation de Podemos, Pablo Echenique, a déclaré que des 393 538 membres inscrits du parti seulement 149 513 (37 pour cent du total) ont voté. Environ 88 pour cent étaient opposés au pacte PSOE-Cuidadanos et 92 pour cent a soutenu la proposition du « Gouvernement du changement ». 

Que si peu de gens aient pris la peine de voter dans une décision tellement critique révèle le véritable niveau d'engagement des membres de Podemos, ou plus exactement le vrai nombre de ses adhésions. Echenique a tenté de minimiser la faible participation, affirmant que le système d'enregistrement de vote a été modifié de sorte que seuls ceux qui avaient une « participation régulière » avec le parti pouvaient participer. 

Après l'annonce du résultat, le numéro deux et secrétaire politique de Podemos, Inigo Errejón, a déclaré : « Les résultats sont clairs et le mandat populaire guidera les prochaines étapes ». 

L'une des co-fondateurs du parti et secrétaire aux analyses politiques et sociales, Carolina Bescansa, a averti le PSOE que s'il « ne saisissait pas la main que nous tendons pour un gouvernement de coalition », il aurait « beaucoup de difficultés » dans une campagne électorale. La maire Podemos de Madrid, Manuela Carmena, a fait appel à « toutes les personnes capables de parvenir à un accord » pour permettre la formation d'un « gouvernement du changement » afin d'éviter une nouvelle élection et mettre fin au « cycle » du PP au pouvoir. 

« Une des choses qui me plaît le plus est la manière dont dans ce conseil municipal, tout en étant minoritaires, nous avons obtenu des accords », a expliqué Carmena, ajoutant que « Mon point de vue s'éloigne de l'utilisation des partis politiques comme instruments de représentation dans la démocratie représentative. Je m'oriente plutôt vers la mise en place de larges fronts [...] », c'est-à-dire, le pouvoir à tout prix. 

Ce référendum était une manœuvre de la direction de Podemos pour se protéger de l'accusation selon laquelle il serait responsable de nouvelles élections, au cas où elles seraient organisées, et aussi pour renforcer ses négociations avec le PSOE. Cette semaine, le dirigeant de Podemos Pablo Iglesias a fait appel au dirigeant du PSOE Pedro Sánchez pour qu'il fasse voter ses membres pour la proposition de « gouvernement du changement » de Podemos. 

Au centre des propositions il y avait ce qu'Iglesias a appelé les 20 « concessions » au PSOE qu'il avait faites avec « une peine terrible ». Elles représentent une entière capitulation au régime d'austérité exigé par la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne et révèlent la nature frauduleuse de la prétention de Podemos à être un parti anti-austérité. 

En réponse à ceux qui ont qualifié les concessions de trahison des principes de Podemos, un porte-parole du parti a été contraint de déclarer avec un cynisme inégalé, « Nous allons continuer dans notre ligne. Céder, céder, céder. Mais céder sans trahir la colonne vertebrale de notre projet national ». 

En fait, les appels de Podemos pour obtenir un accord ont été rejetés, Iglesias a déclaré, « De la part du PSOE, nous avons reçu un refus explicite d'explorer la possibilité [...] Ils ont été très clairs pour nous dire que leur cadre est le seul possible, car ils sont fermement liés à Cuidadanos ». 

Cependant, le porte-parole du Congrès du PSOE, Antonio Hernando, a révélé que des 20 propositions de Podemos, le PSOE était favorable à 70 pour cent. Cette déclaration seule est une ample preuve du fait que les différences politiques entre Podemos et le PSOE sont minimes. Le PSOE est un parti de droite qui pendant des décennies a fait ses preuves dans la pratique de sa crédibilité pro-capitaliste anti-ouvrière. Un accord de dernière minute est tout à fait possible, comme cela a été démontré en Grèce où l'allié de Podemos, Syriza, a formé l'année dernière un gouvernement avec les Grecs indépendants d'extrême-droite afin d'imposer des mesures d'austérité draconiennes. 

Comme SYRIZA, Podemos est un parti bourgeois qui est hostile à la classe ouvrière et soutient le cadre de guerre et d'austérité imposé par l'Union européenne. Il reflète les intérêts des couches supérieures de la classe moyenne : entrepreneurs, professions libérales et universitaires qui mettront en œuvre tout ce qui est nécessaire pour avoir l'opportunité accéder au pouvoir. 

Cependant, Sánchez est en proie à un sérieux dilemme. D'une part, le PSOE est face à la possibilité d'annihilation électorale au cas où il y aurait un rapprochement avec le PP, qui a été projeté dans une crise encore plus profonde au sujet de la démission vendredi dernier de José Manuel Soria de ses postes de député du congrès national, ministre de l'Industrie et président régional PP des îles Canaries après que son nom soit apparu dans les Panama Papers. D'autre part, la majorité de la direction du PSOE, dirigée par la présidente de l'Andalousie, Susana Diaz, a été farouchement opposée à toute alliance avec Podemos et en préférerait une avec le PP.

Cette semaine, la vice-première ministre suppléante PP, Soraya Sáenz de Santamaría, a mis en garde Sánchez que « toutes ses aspirations de gauche » avaient échoué et a exigé qu'il abandonne son opposition aux pourparlers avec le PP. Le numéro trois du PP, Fernando Martínez-Maillo, a déclaré : « Nous allons maintenir jusqu'au dernier jour notre proposition pour une grande coalition ». 

(Article paru en anglais le 22 avril 2016)