Grèce: Syriza, partenaire à part entière du crime historique contre les réfugiés.

Par Bill Van Auken
6 avril 2016

Avec le départ lundi de ferries remplis des centaines de réfugiés et de migrants expulsés des îles égéennes grecques de Lesbos et Chios et conduits dans la ville côtière turque de Dikili, a commencé un crime international de dimensions historiques. 

Les gouvernements de l'Europe disent aux réfugiés, dont la grande majorité fuient la violence meurtrière déclenchée par les interventions de l’impérialisme américain et européen et leurs guerres par procuration en Syrie, en Irak, en Afghanistan et dans diverses parties de l'Afrique, qu'il n'y a pas de place pour eux sur le continent, et en fait, nulle part ailleurs sur la planète. Ils sont embarqués de pure force sur des bateaux et jetés une nouvelle fois dans les champs de la mort. 

En vertu d'un sale et illégal accord conclu entre l'Union européenne et la Turquie, ceux qui ont réussi à atteindre les rivages de l'Europe en risquant leur vie sur des bateaux prenant l’eau, sont renvoyés d’où ils sont partis. Ils sont livrés aux griffes du régime autoritaire du président turc Tayyip Erdogan, à qui on donne des milliards d'euros et d'autres récompenses pour faire le sale boulot de l'UE. 

Les expulsions de masse et la détention des réfugiés dans des conditions de misère abjecte, sont destinées à envoyer le signal que la route des Balkans permettant de fuir vers l'Europe occidentale a été fermée. Loin de mettre un terme à l'afflux de réfugiés, ces mesures punitives ne feront au mieux que forcer cette marée de souffrance humaine à prendre des routes plus dangereuses encore, comme celle de Libye, aggravant encore le tribut meurtrier. 

Avant les premières déportations de masse, l'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a fermé sa clinique du principal camp de réfugiés de Lesbos. Le chef de mission du groupe a expliqué que « continuer à travailler à l'intérieur nous rendrait complices d'un système que nous considérons injuste et inhumain ». Il a ajouté que MSF avait refusé « de faire partie d'un système qui n'a aucun égard pour les besoins humanitaires ou de protection des demandeurs d'asile et des migrants ».

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés, UNHCR, a de même mis fin à des opérations clés en Grèce, protestant contre le fait que les camps de réfugiés avaient été transformés en « centres de détention » pour préparer les déportations de masse. 

Il y a une organisation qui n'a montré aucun scrupule à l’égard de la détention et de l'expulsion par la force, des droits fondamentaux piétinés dans la boue des réfugiés et de leur renvoi à l'emprisonnement, à la torture et à la mort, c'est Syriza (Coalition de la gauche radicale), l’actuel parti au pouvoir en Grèce. 

Le gouvernement grec, une coalition de Syriza et d’Anel (Grecs indépendants), parti nationaliste droitier, est le partenaire à part entière et indispensable de la répression des réfugiés par l'UE. Vendredi soir, le parlement grec a voté pour mettre en place des changements juridiques et administratifs, ainsi que des pouvoirs policiers massifs, pour faciliter l’expulsion des réfugiés en vertu de l'accord UE-Turquie. Un seul député de Syriza a voté contre cette nouvelle vague de répression, un autre s'est abstenu. 

Le reste a voté avec la droite grecque pour procéder à une politique criminelle qui est un jalon de la destruction des droits des réfugiés, elle-même symptomatique de l'éruption globale du militarisme et de la marche incessante vers la guerre mondiale.

Le gouvernement Syriza du président Alexis Tsipras utilise l'armée grecque et la police anti-émeute qui a dans ses rangs bon nombre de partisans du parti fasciste et anti-immigré Aube Dorée, pour réprimer, rassembler et expulser les réfugiés. Sa politique envers les réfugiés contraste totalement avec la sympathie générale envers le sort de ceux-ci dans la population grecque. La réponse du gouvernement Syriza est de tenter de criminaliser les organisations de solidarité, tout en utilisant des tactiques policières brutales pour supprimer la couverture médiatique de sa répression des réfugiés.

Le début des déportations massives coïncide avec la reprise des négociations à Athènes entre le gouvernement Syriza et le soi-disant « quatuor », dont l'Union européenne et le Fonds monétaire international, sur une nouvelle série de mesures d'austérité détruisant davantage encore les conditions de vie de la classe ouvrière grecque.

Il y a moins de quinze mois que Syriza et Tsipras, qui se prétendent de gauche et même socialistes, ont été portés au pouvoir par une vague d'opposition populaire aux exigences d'austérité de l'UE. En sept mois à peine, le gouvernement Syriza a accepté – après avoir organisé un référendum populaire rejetant résolument les exigences d'austérité de l'UE – des mesures beaucoup plus dévastatrices que celles mises en œuvre par les gouvernements de droite l'ayant précédé.

L'an dernier, toute la coterie internationale des groupes de la pseudo-gauche, du NPA français à l'Organisation Internationale Socialiste (ISO) aux Etats-Unis en passant par le PSTU brésilien, a salué l'élection de Syriza comme une victoire pour la classe ouvrière. Seul le Comité international de la Quatrième Internationale et le World Socialist Web Site ont averti dès le début que Syriza « ne représent[ait] pas une solution à la crise. » Nous avons au contraire écrit qu’« il constituait un énorme danger. »

Comme l'a expliqué le WSWS: « En dépit de sa façade de gauche, Syriza est un parti bourgeois qui s’appuie sur des couches aisées de la classe moyenne. Sa politique est déterminée par des bureaucrates syndicaux, des universitaires, des professionnels et des fonctionnaires parlementaires qui cherchent à défendre leurs privilèges en préservant l'ordre social ».

Après la capitulation abjecte de Syriza devant l'UE et son acceptation de ce qui revient à un assujettissement semi-colonial de la Grèce au capital financier allemand et international, le Comité international a publié une déclaration expliquant: « Des masses de gens se trouvent confrontés à la traîtrise des partis politiques qui ont dominé les mouvements sociaux et ce qui a passé pour la politique de gauche pendant toute une période historique…. Pendant des décennies, ces partis ont donné une teinte radicale ou anticapitaliste à leur politique, alors qu’ils n’étaient ni l’un ni l’autre. Leur première expérience au pouvoir a révélé que cette posture était une fraude qui servait de couverture politique à une ligne pro-capitaliste visant à préserver les intérêts des 10 pour cent les plus riches aux dépens des travailleurs ».

L'analyse de Syriza faite par le CIQI est à présent plus justifiée encore, et plus tragiquement, par sa politique criminelle envers les réfugiés. Alors qu’une multitude de groupes pseudo de gauche sur le plan international a donné un soutien politique à l'impérialisme en justifiant les guerres de changement de régime en Libye et en Syrie comme des interventions « humanitaires » ou même des « révolutions », Syriza y a apporté une assistance pratique des plus répugnantes, utilisant des pouvoirs d’Etat policier pour persécuter les victimes de ces guerres. Cela a fait voler en éclats les prétentions « droits de l'homme » tant de l'impérialisme que de ses agences de la pseudo-gauche.

La lutte contre la guerre et la défense de la classe ouvrière et des réfugiés nécessitent la construction d'un nouveau parti révolutionnaire pour armer d'un programme révolutionnaire, socialiste et internationaliste, les luttes de masse à venir. Ces partis ne peuvent être construits que dans une lutte implacable pour démasquer et vaincre Syriza et les autres défenseurs pseudo de gauche de l'ordre capitaliste.

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Les leçons politiques de la trahison de Syriza en Grèce

(Article paru en anglais le 5 avril 2016)