L'«impérialisme» de la Russie et de la Chine: Une étude de cas de charlatanisme théorique

Par Johaness Stern
30 avril 2016

Dans la déclaration «Le socialisme et la lutte contre la guerre», publiée le 18 février, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) porte une attention considérable aux raisons pour lesquelles les organisations de la pseudo-gauche se sont précipitées pour définir la Russie et la Chine comme des puissances impérialistes. [1]

Cette définition sort de nulle part et n'est accompagnée d'aucunes véritable tentative d'expliquer par quel processus historique la Russie et la Chine, en l'espace de 25 ans seulement, seraient passées d'États ouvriers bureaucratiquement dégénérés et déformés à des puissances impérialistes.

S'il ne s'agissait que d'exprimer une opposition politique aux régimes de Pékin et de Moscou, il ne serait pas nécessaire de les qualifier d'«impérialistes». Le Comité international de la Quatrième Internationale appelle au renversement des États capitalistes en Russie et en Chine par la classe ouvrière en tant qu'élément essentiel de la révolution socialiste mondiale.

Il faut alors se demander quel est l'objectif politique d'ajouter le mot «impérialiste» aux descriptions de la Chine et de la Russie? En termes politiques concrets, cela remplit des fonctions bien précises.

D'abord, cela relativise, et ainsi diminue le rôle central et décisif de l'impérialisme américain, européen et japonais en tant que foyer mondial de la contre-révolution. Cela facilite la collaboration active de la pseudo-gauche avec les États-Unis dans les opérations de changement de régime comme en Syrie, où le régime Assad a l'appui de la Russie. Deuxièmement, et d'une plus grande importance encore, la caractérisation de la Chine et de la Russie comme puissances «impérialistes» – et par implication, comme puissances coloniales qui répriment les minorités ethniques, nationales, linguistiques et religieuses – sert de couverture à l'appui fourni par la pseudo-gauche aux soulèvements de «libération nationale» et «révolutions de couleur» soutenus par l'impérialisme au sein des États existants.

Cette évaluation a été confirmée par les politiques de la Revolutionary Communist International Tendency (RCIT), un groupe qui a fait scission de la Ligue pour la Cinquième Internationale (LIFI). La RCIT et la LIFI, qui proviennent d’une scission de l’Internationale Socialist Tendency dans les années 1970, ont toutes deux une longue histoire d’anti-trotskisme. Caractéristique de leurs représentants petits-bourgeois est l’utilisation de phrases aux tournures radicales pour masquer l'appui qu'elles donnent en pratique à des forces bourgeoises de droite.

La RCIT et ses sections pratiquent ce type de politique jusqu’au bout. Les documents écrits par son secrétaire international et théoricien principal Michael Pröbsting – au-delà des références à Marx, Lénine et Trotsky, appuyées d'une rhétorique radicale – se lisent comme des documents stratégiques des ministères extérieurs et de la défense et des groupes de réflexion des puissances impérialistes.

Un pamphlet écrit par Pröbsting, «La Russie en tant que grande puissance impérialiste», a été publié en Allemagne quelques semaines seulement après le coup d'État de droite en Ukraine orchestré par les États-Unis et l’Union européenne. Dès les premières lignes du document, Pröbsting déclare que la Russie et la Chine sont des agresseurs impérialistes et, implicitement, fait de la lutte contre elles la question centrale de la politique internationale.

Il écrit:

La crise politique en Ukraine et la guerre civile en Syrie ont récemment démontré une fois de plus la signification de la Russie en tant que puissance impérialiste. En fait, la montée de la Russie et de la Chine en tant que puissances impérialistes a été l’un des développements de la politique mondiale les plus importants de cette décennie. Ceci a fortement augmenté les rivalités interimpérialistes et forme la base d’une intensification de différents conflits régionaux et de guerres civiles. Nous faisons spécifiquement référence à la guerre en Géorgie en 2008, le conflit en Mer de Chine orientale entre la Chine, le Japon et les États-Unis, et la guerre civile en Syrie, et maintenant les événements en Ukraine. [2]

Ainsi, d’après Pröbsting, l’impérialisme américain et européen n’est pas la principale cause des agressions des dernières années et du danger croissant de guerre entre les grandes puissances. Ce seraient plutôt la Chine et la Russie, «les puissances impérialistes coloniales», qui sont principalement responsables. Pröbsting déclare:

Nous pensons que d’ignorer le caractère impérialiste de la Russie (et de la Chine) est une grave erreur qui entraîne inévitablement la confusion dans toute évaluation des grands développements mondiaux et politiques, voire même un positionnement du mauvais côté des barricades dans la lutte des classes. [3]

Comme nous le verrons, les positions avancées par Pröbsting l’entraînent explicitement à justifier des alliances avec des forces qui sont «du mauvais côté des barricades».

Dans la section III de ce document, intitulée «Reconstruire l’Empire: L'offensive de Poutine pour raffermir l'emprise de l’impérialisme russe», Pröbsting affirme:

La Russie opprime et exploite d’autres nations à l’intérieur et à l’extérieur de son État. Presque un cinquième de la population russe, 19,1%, est constitué de minorités ethniques et nationales. Les plus importantes sont les Tatars (3,9%), les Ukrainiens (1,2%), les Bachkirs (1,1%), les Tchouvaches (1,1%), les Tchétchènes (1%), les Arméniens (0,9%) et d’autres peuples moins nombreux. En tout, il existe 185 groupes ethniques en Russie. [4]

Le RCIT appuie des luttes armées pour appliquer des programmes de séparation nationale et ethnique en Russie. Pröbsting déclare:

La position du RCIT concernant les guerres tchétchènes et des conflits similaires est la défense inconditionnelle du droit à l’autodétermination pour les nationalités opprimées. Si un groupe national ou ethnique désire se séparer de son propre État, les socialistes doivent appuyer ce désir et le défendre contre toute répression de l'État oppresseur. [5]

Afin de donner du poids à ce programme, le document de Pröbsting inclut des cartes des «minorités ethniques et nationales de la Russie,» «zones autonomes de la Russie», et des «ressources naturelles en Russie». En ce qui concerne ces

Comme le montrent les figures suivantes, une partie considérable des matières premières de la Russie (dont le pétrole et le gaz sont les plus importantes, mais loin d’êtres les seules) sont situées dans des régions ayant une proportion importante de minorités nationales. [6]

La perspective de diviser la Russie ainsi que la Chine en morceaux plus petits et plus assimilables, qui contrôlent les ressources naturelles importantes du pays, est un sujet de discussion de longue date des principaux stratèges de l’impérialisme.

On peut trouver un exemple dans l’édition actuelle de Foreign Affairs, où Robert D. Kaplan, l’un des stratèges dirigeants des États-Unis et le planificateur de l’invasion de l’Irak, prédit dans un article intitulé «L’anarchie imminente en Eurasie» que la crise économique en Russie et en Chine provoquera des tensions internes profondes. Conséquemment, les revendications d’autonomie de la part de différentes minorités ethniques, religieuses et linguistiques augmenteront. [7]

La Russie, d’après Kaplan, pourrait être plongée dans l'«agitation» et être «à nouveau fragmentée». Il indique que «le Caucase du Nord à forte concentration musulmane, ainsi que les régions de la Russie de la Sibérie et des départements de l’Extrême-Orient, distants du centre et où des conflits sanglants font rage», «pourraient couper leurs liens avec Moscou dans l’éventualité d’instabilité à l’intérieur du Kremlin».

En référence à la Chine, Kaplan mentionne les «tensions ethniques croissantes dans ce vaste pays». Il ajoute: «À un certain degré, l’État dominé par les Han de la Chine est une prison de différentes nations, incluant les Mongoles, les Tibétains et les Ouïgours, qui ont résisté à la domination du centre.» Kaplan conclut, «Aujourd’hui, les militants ouïgours représentent la menace séparatiste la plus immédiate.»

Il semblerait que l’impérialisme américain et ses alliés sont déterminés à coopérer avec les forces islamistes en Syrie dans le but de fournir un entraînement militaire aux mouvements séparatistes en Russie et en Chine. Dans un article paru le mois de décembre dernier dans le London Review of Books, le journaliste américain Seymour Hersh a cité un rapport officiel de Washington disant que la Turquie «a amené des Ouïgours en Syrie par transport spécial, pendant que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan faisait de l’agitation en faveur de leur lutte en Chine». Le représentant des États-Unis cité par Hersh a également déclaré que plus de 800 combattants ouïgours ont été transportés en Syrie à travers ces réseaux. [8]

Les implications réactionnaires de cette politique sont particulièrement prononcées dans le cas de la Chine. Le mouvement national qui s’est développé en Chine au début du 20e siècle était objectivement confronté aux tâches historiquement progressistes (même si elles n’ont pu être résolues sous la direction de la bourgeoisie) d’unir les différents groupes linguistiques et ethniques pour surmonter les divisions féodales entretenues par les puissances impérialistes dans l’intérêt de leur programme de pillage de «libre accès». Si Pröbsting et le RCIT encouragent les mouvements nationalistes et ethnocentriques à diviser la Russie et la Chine, ils ne s’inscrivent pas dans la tradition socialiste et internationaliste de Lénine et du mouvement marxiste, comme le prétend faussement Pröbsting, mais plutôt dans la tradition de l’impérialisme.

Les écrits de Lénine sur la «question nationale» qui datent d'il y a plus d’un siècle, c’est-à-dire, d'un niveau de développement du capitalisme mondial bien inférieur, sont occasionnellement évoqués par les réactionnaires petits-bourgeois de la pseudo-gauche pour légitimer leur appui à des mouvements séparatistes appuyés par l’impérialisme. Ils ignorent invariablement que l’approche de Lénine envers la question nationale était toujours «critique». Écrivant en 1913, quand des portions importantes de l’Afrique et du Moyen-Orient et de l’Asie étaient seulement dans les premières étapes de la lutte démocratique contre les vestiges du féodalisme et la domination impérialiste coloniale, Lénine reconnaissait la légitimité de la lutte contre l’oppression nationale. Mais il plaçait de strictes limites à son appui pour l’autodétermination. La tâche d’appuyer la revendication du droit des nations à disposer d’elles-mêmes est

une tâche surtout négative. Le prolétariat ne peut aller au-delà quant au soutien du nationalisme, car plus loin commence l'activité «positive» de la bourgeoisie qui vise à renforcer le nationalisme. Secouer tout joug féodal, toute oppression des nations, tous les privilèges pour une des nations ou pour une des langues, c'est le devoir absolu du prolétariat en tant que force démocratique, l'intérêt absolu de la lutte de classe prolétarienne, laquelle est obscurcie et retardée par les querelles nationales. Mais aider le nationalisme bourgeois au-delà de ce cadre strictement limité et situé dans un contexte historique nettement déterminé, c'est trahir le prolétariat et se ranger aux côtés de la bourgeoisie. Il y a là une ligne de démarcation souvent très mince que les nationalistes-socialistes bundistes et ukrainiens oublient tout à fait. [9]

Même en 1913, Lénine rejetait l’appui au droit des nations à disposer d’elles-mêmes pour d’innombrables petits États sous la bannière du séparatisme national. Il soulignait l’importance économique de la centralisation, affirmant que «le prolétariat conscient sera toujours partisan d'un État plus grand». [10] Ceci a été écrit il y a 103 ans, à un niveau de développement bien inférieur de la mondialisation capitaliste, avant la révolution d’Octobre, et avant que la promotion du séparatisme ethnique et national devienne l'une des armes les plus efficaces de la guerre capitaliste-impérialiste contre les aspirations socialistes et internationalistes des sections conscientes de la classe ouvrière.

En combinant l’ignorance de l’histoire avec le charlatanisme théorique, Pröbsting emploie le slogan du droit des nations à disposer d’elles-mêmes pour diviser les travailleurs et fournir un appui «inconditionnel» à tous les mouvements nationaux et séparatistes, même s’ils sont créés et financés par l’impérialisme. La RCIT fait explicitement appel à «L’appui inconditionnel pour les luttes de libération, incluant ses formes armées!» Cela s’applique «par exemple à l'Eelam tamoul socialiste, une Irlande unie, un Cachemire uni, un Kurdistan indépendant, la Tchétchénie, le Tibet, etc.» La RCIT étend son programme séparatiste aux «Ouïgours en Chine, aux Kurdes en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, aux Tchétchènes et autres peuples du Caucase en Russie.» [11]

Pröbsting et la RCIT mélangent des questions profondément différentes sans même tenter de confronter les expériences historiques et les leçons politiques des décennies passées. Une analyse détaillée de ces processus complexes dépasserait le cadre de cet article, mais le caractère réactionnaire de la politique de la RCIT doit au moins être éclairci en faisant référence à deux exemples.

La guerre civile de plus de trente ans au Sri Lanka a prouvé que le séparatisme tamoul est un cul-de-sac pour la classe ouvrière et que la lutte pour un «Eelam tamoul socialiste» ne peut être accomplie qu'en alliance avec les travailleurs cinghalais et musulmans dans une lutte pour le socialisme à travers le Sri Lanka. La même chose s’applique au Cachemire. Sans une perspective socialiste et une lutte commune des masses sur tout le sous-continent indien contre la partition de l’Inde sur la base de la religion imposée en 1947, la revendication d’un «Cachemire indépendant» est profondément réactionnaire.

Depuis la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne, les puissances impérialistes ont à plusieurs reprises encouragé des conflits et attisé les rivalités nationales et ethniques afin de poursuivre leurs propres intérêts économiques et géostratégiques. On peut citer, entre autres, l’exemple sanglant de la partition violente de la Yougoslavie dans les années 1990 qui a entraîné des centaines de milliers de victimes et des millions de réfugiés. L’Allemagne et les États-Unis avaient joué un rôle clé pour inciter les Serbes, les musulmans, et les Croates à se massacrer, pour ensuite intervenir militairement eux-mêmes. Beaucoup d’organisations de la pseudo-gauche ont coopéré étroitement avec les puissances impérialistes pour répandre le poison du nationalisme bourgeois. La RCIT continue de se vanter jusqu’à aujourd’hui de son appui pour la «lutte des Bosniaques en 1992-95» et celle des «Albanais du Kosovo en 1991». Dans le contexte des politiques actuelles de guerre des puissances impérialistes, la RCIT a également du sang sur les mains et joue exactement le même rôle décrit par la déclaration du CIQI.

En Syrie, ils font de la propagande pour la guerre appuyée par la CIA qui vise un changement de régime au nom de la «défense de la révolution syrienne».

Un dépliant du 8 mars «sur le cinquième anniversaire de la révolution syrienne» déclare, entre autres, «Aujourd’hui, avec l’aide du blitzkrieg russe et des milliers de soldats dirigés par l’Iran, le régime d’Assad menace de liquider Alep libre.» [12] Dans une «Lettre ouverte à toutes les organisations révolutionnaires et activiste» de décembre dernier, ils écrivent, «En Syrie, la lutte de libération révolutionnaire continue, mais fait face à d’immenses menaces. La dictature meurtrière de Bashar al-Assad, qui a l’appui total de l’impérialisme russe ainsi que de l’Iran, continue sa guerre de destruction contre sa propre population.» [13]

En même temps, la RCIT dénonce «les anti-impérialistes sectaires» qui s’opposent à la division et la néocolonisation du Moyen-Orient par les puissances impérialistes.

Dans un article programmatique au titre prétentieux «Les luttes de libération et l’interférence impérialiste. L’échec de “l’anti-impérialisme” sectaire en Occident: Quelques considérations générales d’un point de vue marxiste et l’exemple de la révolution démocratique en Libye en 2011», Pröbsting attaque tous ceux qui ont refusé d’accueillir la guerre de l’OTAN en Libye en 2011 comme une révolution et une victoire pour la classe ouvrière.

Pröbsting écrit:

Nous, au contraire, nous affirmons que la révolution libyenne s’est terminée en victoire partielle pour la classe ouvrière et les opprimés parce qu’elle a vaincu le régime bonapartiste bourgeois de Kadhafi… Une autre conséquence positive de la révolution libyenne est le progrès de la lutte de libération nationale des peuples touaregs au Mali qui ont fondé la république d’Azawad… Encore une fois, à notre avis, ceci démontre que la victoire partielle de la révolution démocratique en Libye a été avantageuse pour les peuples opprimés. [14]

Cette évaluation est cynique et absurde. Le régime Kadhafi n’a pas été «renversé» par un mouvement politique indépendant des travailleurs libyens, mais par des bombes de l’OTAN et des forces islamistes par procuration de l’Occident. Le résultat de cette «victoire partielle» est une société dévastée, des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de réfugiés et le renouveau de la menace d’une intervention des puissances impérialistes.

Ce développement a été tout sauf «avantageux» pour le Mali. Cela a été une catastrophe. Ce pays riche en ressources naturelles a été plongé dans la crise et déstabilisé par la guerre en Libye et la destruction de son voisin. La rébellion des combattants touaregs et islamistes dans le nord n’a pas apporté de «libération», mais des conditions similaires à une guerre civile, un coup d'État militaire à Bamako et une intervention militaire par l’ancienne puissance coloniale française et ses alliés impérialistes, incluant les États-Unis.

Alors que la plupart des tendances de la pseudo-gauche qui adoptent des positions similaires à la RCIT tentent de camoufler leur adaptation aux forces politiquement réactionnaires, le RCIT justifie sa collaboration avec des tendances contre-révolutionnaires en tant qu’impératifs stratégiques.

Dans son «Manifeste communiste révolutionnaire», la RCIT proclame:

Nous sommes bien sûr conscients du fait qu’un tel nouveau parti national ou une Cinquième Internationale, dans les conditions présentes, aurait un caractère de classe contradictoire, puisqu’il impliquerait non seulement des forces révolutionnaires, mais également des forces réformistes et centristes. Il s’agirait d’une Internationale dont les dirigeants échoueraient dans une série de luttes des classes, ou seraient même de l’autre côté des barricades contre les travailleurs. [15]

Cette formulation incroyable est ancrée dans la pratique de la RCIT. Où qu’elle soit politiquement active, la RCIT appuie des forces bourgeoises et se tient effectivement de «l’autre côté des barricades». Pendant les dernières élections nationales en Autriche en 2013, Libération RKO (RKOB) a fait appel à un vote pour les sociaux-démocrates (SPÖ), qui forment présentement une coalition au niveau fédéral à Vienne avec les conservateurs du Parti du peuple autrichien (ÖVP), et dans l’État de Burgenland est dans une coalition avec le parti xénophobe d’extrême droite, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ).

En Afrique et en Asie, leurs partisans coopèrent avec des forces nationalistes d’extrême droite. Dans la «lettre ouverte» citée précédemment, la RCIT défend «un front unique de masse des travailleurs et organisations populaires qui devraient inclure celles sous l’influence de réformistes et populistes».

Cette orientation de droite, bourgeoise et pro-impérialiste a attiré l’appui d’autres tendances de la pseudo-gauche, par exemple, lors de la «Troisième Conférence euro-méditerranéenne» en juillet 2015 à Athènes, qui a été organisée par le Comité coordonnateur pour la refondation de la Quatrième Internationale (CRFI). Les membres du CRFI incluent le Parti des travailleurs argentin (PO) et le Parti révolutionnaire grec (EEK) mené par Savas Michael-Matsas, qui s’est séparé du CIQI et de toute perspective socialiste pour la classe ouvrière internationale en 1985. [16]

Dans son article sur la conférence, la RCIT critiquait les contributions des représentants ukrainiens et russes parce qu’ils «étaient mous dans leur opposition à l’impérialisme russe». Il y avait également «d’importantes différences politiques» avec les «camarades» du CRFI. Le RCIT écrit:

Tandis que la RCIT décrit la Russie et la Chine comme des puissances impérialistes, ces camarades ne le font pas. De plus, pendant que la RCIT continue d'appuyer la révolution syrienne malgré sa direction petite-bourgeoise islamiste, les camarades de RedMed [le réseau RedMed est une plateforme en ligne du CRFI] ne l'appuient plus et défendent à présent une position défaitiste. [17]

Malgré ces différends, la RCIT a trouvé la conférence «utile».

(Article paru en anglais le 14 avril 2016)

Notes:

[1] voir https://www.wsws.org/fr/articles/2016/mar2016/ciqi-m01.shtml

[2] “Russia as a Great Imperialist Power,” Revolutionary Communism, No. 21, March 2014, p. 3. Le document est accessible en entier: http://www.thecommunists.net/theory/imperialist-russia/

[3] Ibid

[4] Ibid, p. 16

[5] Ibid

[6] Ibid

[7] https://www.foreignaffairs.com/articles/china/2016-02-15/eurasias-coming-

anarchy

[8] http://www.lrb.co.uk/v38/n01/seymour-m-hersh/military-to-military

[9] “Critical Remarks on the National Question,” Lenin Collected Works, Volume 20 [Moscow, 1964], pp. 34-35

[10] Ibid, p. 46

[11] “The Revolutionary Communist Manifesto,” Programme of the Revolutionary Communist International Tendency (RCIT), pp. 48-49

[12] http://www.thecommunists.net/worldwide/africa-and-middle-east/rcit-als-

syria

[13] http://www.thecommunists.net/rcit/open-letter-revolutionary-unity/

[14] http://www.thecommunists.net/theory/liberation-struggle-and-

imperialism/

[15] http://www.thecommunists.net/rcit-manifesto/the-leadership-we-have-

and-the-leadership-we-need/

[16] Un nouvel allié de Pröbsting est Alex Steiner, qui a quitté la Quatrième Internationale il y a presque 40 ans et depuis s’est transformé en anti-trotskiste obstiné. Poussé par une combinaison malveillante d’opportunisme incontrôlable et d’une haine subjective pathologique de ses anciens camarades dans la direction du mouvement trotskiste, le critère principal de Steiner dans la sélection de ses alliés est leur opposition au Comité international de la Quatrième Internationale. Il a participé à la Conférence euro-méditerranéenne à la recherche d’alliés potentiels contre le CIQI, où il a rencontré Pröbsting. Appuyant la définition de ce dernier de la Russie et de la Chine comme étant impérialistes, Steiner publie les documents de Pröbsting sur son site permanent-revolution.org. Un compte rendu détaillé de l’histoire politique de Steiner se trouve dans le livre de David North, The Frankfurt School, Postmodernism and the Politics of the Pseudo-Left: A Marxist Critique [disponible ici: https://mehring.com/frankfurt-school-postmodernism.html]

[17] http://www.thecommunists.net/rcit/euro-mediterranean-conference-

2015/