Les contrôleurs aériens belges lancent une grève sauvage à l’aéroport de Bruxelles

Par Robert Stevens
15 avril 2016

Les contrôleurs aériens de l’aéroport de Bruxelles, principale plaque tournante aérienne belge, ont fait une grève sauvage un deuxième jour de suite mercredi. Ils protestent contre les plans de l’agence de contrôle aérien Belgocontrol de repousser leur âge de retraite de 55 à 58 ans. 

La grève, impliquant environ 80 contrôleurs, a commencé à 17 heures mardi et a entraîné le retard et l’annulation de dizaines de vols. Pendant environ une heure mardi soir, tous les décollages et les atterrissages ont été annulés. Des centaines de vols ont été annulés mercredi. À un moment donné, seulement 15 avions par heure ont pu décoller. 

La grève a également eu un impact sur les opérations à la base belge de Ryanair au sud de Bruxelles, l’aéroport de Charleroi. 

La grève a commencé après que les représentants d’un certain nombre de syndicats sont parvenus à un accord avec la direction pour permettre que l’âge de la retraite soit augmenté progressivement. Les négociations sont en cours depuis la mi-mars. En réponse à l’accord, la colère a monté chez les membres de l’une des Guildes des contrôleurs aériens (BGATC), avec un grand nombre de travailleurs se mettant en congé maladie. 

L’action des travailleurs pour défendre leurs droits à la retraite a été accueillie avec des dénonciations furieuses par les employeurs, le gouvernement et les médias. La grève a commencé seulement neuf jours après que l’aéroport de Bruxelles, l’un des plus achalandés en Europe, a rouvert ses portes le 3 avril dans les conditions d’une répression sécuritaire. L’aéroport fut fermé le 22 mars après les attentats de deux terroristes qui avaient détruit le hall de départ, tuant 10 personnes 

Environ une heure plus tard, un kamikaze avait attaqué le métro de Bruxelles à la fin de l’heure de pointe, ce qui a porté le nombre de morts à 31. 

De grandes parties de la région métropolitaine de Bruxelles ont subi des mesures sécuritaires répressives depuis le 13 novembre dernier, avec les autorités utilisant les attaques terroristes menées par l’État islamique à Paris pour mettre en œuvre des mesures antidémocratiques. Cela comprenait l’élévation du niveau de la menace de l’État belge à quatre, son plus haut niveau. 

Parlant au nom de son gouvernement pro-austérité, le Premier ministre Charles Michel a déclaré mercredi, « C’est une grève sauvage, c’est totalement inacceptable. C’est une grève qui est irresponsable. Je n’accepte pas qu’une poignée décide de prendre le pays en otage, de mettre notre image et notre situation économique en danger ». 

Michel a décrit l’aéroport de Bruxelles comme « les poumons économiques vitaux du pays » et dit que le gouvernement « ne cédera pas au chantage. » Il a également menacé de sanctions les médecins délivrant des certificats de maladie aux contrôleurs aériens. « Selon moi, ils devraient être sanctionnés », a-t-il averti. 

Michel a cité les attentats terroristes de mars pour diaboliser les grévistes, affirmant que le pays avait vécu des « moments difficiles […] Nous avons travaillé avec beaucoup d’engagement pour tenter de remettre en ordre l’aéroport (de Zaventem). Je voudrais que l’on arrête de scier la branche sur laquelle on est assis ». 

Les deux ministres du gouvernement qui ont été impliqués dans les négociations, Kris Peeters (vice-premier ministre et ministre de l’emploi, l’économie et des consommateurs) et Jacqueline Galant (ministre des Transports, responsable de la Belgocontrol) ont dit qu’il n’y avait aucun changement dans la position du gouvernement sur les retraites des travailleurs. Ils ont exigé la fin de la grève pour « permettre la reprise de la circulation complète ». 

Ces attaques ont donné le signal de dénonciations sauvages des grévistes par les organisations d’employeurs et les médias. Le principal quotidien francophone, Le Soir, a dénoncé les travailleurs comme étant semblable aux terroristes, en disant, « Ce pays n’a plus besoin désormais de terroristes pour se faire exploser, il est en train de le faire tout seul, par ses absurdités, ses irresponsabilités, ses débandades, ses pantalonnades. Mais avons-nous perdu le sens de la réalité ? » 

Tony Tyler, le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente l’industrie mondiale du transport aérien, a déclaré que la grève « est un coup bas pour toute les personnels de la compagnie aérienne et de l’aéroport qui ont travaillé si dur pour reconnecter Bruxelles au monde après l’attaque terroriste épouvantable il y a trois semaines. C’est le comble de l’irresponsabilité de couper un service essentiel et le faire sans avertissement ne peut être considéré que comme malveillant ». 

Tyler a pratiquement appelé à une intervention pour briser non seulement la grève en cours, mais toute action future, en déclarant : « Si nous ne pouvons pas compter sur une simple décence humaine de ces professionnels hautement rémunérés alors il est temps pour les gouvernements de trouver des moyens de garantir la disponibilité des services de contrôle du trafic aérien ». 

Le président de l’aéroport de Bruxelles, Marc Descheemaeker, a déclaré mercredi, « Cela crie vengeance » et a menacé que des « mesures » pourraient être prises à l’encontre des contrôleurs grévistes. 

La compagnie aérienne irlandaise à bas coût Ryanair a annoncé mercredi qu’elle avait l’intention de poursuivre les grévistes en justice pour dommages et intérêts. 

L’action officieuse des contrôleurs de la circulation aérienne est autant une rébellion des travailleurs contre les syndicats qu’elle est un défi et une attitude déterminée contre les attaques des employeurs sur leurs droits à la retraite. L’État belge a compté sur les syndicats pour détourner les protestations massives contre l’austérité qui avaient provoqué une grève générale d’un jour en décembre 2014. Michel a remercié publiquement les autres syndicats des compagnies aériennes tels que le SFLP pour ne pas avoir soutenu les contrôleurs aériens. 

La Guilde des contrôleurs aériens n’a pas levé le petit doigt pour la défense de ses membres. Au contraire, elle fait tout son possible pour mettre fin au conflit et a appelé les contrôleurs à reprendre le travail. La Guilde a nié les informations selon lesquelles elle aurait incité les travailleurs à se mettre en congé maladie mardi et a annoncé que, « En tant qu’organisation professionnelle, et non comme un syndicat, la Guilde n’est pas un partenaire syndical de Belgocontrol et ne peut pas participer aux négociations. En aucun cas, la Guilde a-t-elle organisé, mobilisé ou appelé ses membres à commencer cette action de grève. » 

La grève prouve que les travailleurs sont déterminés à se battre et ne seront pas intimidés par les attaques sur leurs conditions de travail et les droits démocratiques. Elle fait suite à des grèves des contrôleurs en Grèce la semaine dernière (également sur ​​les atteintes aux droits à la retraite) et par les contrôleurs français qui ont organisé une grève de 36 heures à compter du 31 mars pour protester contre les pertes d’emplois et les attaques menées par le gouvernement du Parti socialiste de François Hollande. Le mouvement contre le gouvernement du Parti socialiste s’est intensifié au cours des dernières semaines, conduisant à d’énormes manifestations nationales de la semaine dernière contre la loi travail anti-ouvrière. Les manifestations du 31 mars ont mobilisé plus d’un million de personnes. 

Il est impératif que la classe ouvrière dans toute la Belgique et l’Europe vienne à la défense des contrôleurs aériens en grève, qui feront l’objet d’une campagne de plus en plus forte de dénigrement et de menaces de la part des forces combinées de l’état, des médias et des syndicats. Leur action courageuse dans la défense des pensions de retraite doit être liée à une lutte pour unir l’ensemble de la classe ouvrière contre les inégalités sociales et les méthodes d’état policier. 

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(article paru en anglais le 14 avril 2016)