À la veille du Sommet sur la sécurité nucléaire: les dangers d'une course mondiale aux armements

Par Andre Damon
1 avril 2016

Ce jeudi, les dirigeants des États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Inde et plus de cinquante autres pays se réunissent à Washington pour un sommet biennal sur la sécurité nucléaire. Le sommet sera consacré à des déclarations d'unité et de collaboration internationale totalement creuses face à une récente vague d'attaques terroristes en Europe. 

Dans les coulisses, des documents d'information publiés par les agences de renseignement et les groupes de réflexion, dont les rapports sont rarement, voire jamais mentionnés dans la presse nationale ou sur les journaux télévisés du soir, racontent une autre histoire, celle suggérée par la décision de la Russie de ne pas envoyer de représentants au sommet. 

Une étude, publiée plus tôt cette année par le Center for Strategic and Budgetary Assessments est intitulée «Repenser l'apocalypse: Planification de scénarios à la deuxième ère nucléaire». 

Le groupe de réflexion de renseignement privé Stratfor déclare que le monde est au milieu d'une «nouvelle course aux armements» où les grandes puissances mondiales, dirigées par les États-Unis, oeuvrent agressivement pour moderniser, améliorer et développer leurs armes conventionnelles et nucléaires. 

En 2010, le président américain Barack Obama a promis que les États-Unis «ne développeront pas de nouvelles ogives nucléaires, ne mèneront pas de nouvelles missions militaires et ne développeront pas de nouvelles capacités». Comme la plupart de ses autres promesses, cet engagement a été violé. La Maison-Blanche a lancé un programme de mille milliards de dollars pour moderniser l'arsenal nucléaire américain. Le programme améliorera des ogives nucléaires existantes en les couplant à des missiles à guidage de précision et fournira des mécanismes pour ajuster leur puissance de manière à les rendre plus faciles à utiliser sur le champ de bataille en tandem avec les armes conventionnelles. 

Deux anciens hauts fonctionnaires du ministère de la Défense ont rédigé récemment un rapport pour la Union of Concerned Scientists (l'Union de scientifiques préoccupés) avertissant que la décision de la Maison-Blanche «serait considérée par beaucoup comme une violation de l'engagement de l'administration de ne pas développer ou déployer de nouvelles armes nucléaires». 

En janvier, le département de la Défense a annoncé qu'il allait de l'avant avec des plans pour remplacer ses sous-marins de missiles balistiques classe Ohio par une conception entièrement nouvelle à partir de 2021. Chacun des 14 sous-marins balistiques classe Ohio de la Marine américaine constitue la cinquième force militaire la plus puissante du monde. Chaque sous-marin porte 24 missiles Trident II. Chaque missile comporte huit ogives d'une puissance jusqu'à 36 fois supérieure à la bombe «Little Boy» qui a tué des dizaines de milliers de gens à Hiroshima en 1945. 

Pourtant, la Marine considère cela comme insuffisant. Chaque nouveau sous-marin, 12 au total, coûtera de 6 à 8 milliards de dollars, une hausse considérable par rapport aux 2 milliards de dollars des sous-marins de la classe Ohio. Cette estimation exclut la recherche et le développement, le prix de près de 200 têtes nucléaires de chaque sous-marin, et les coûts d'exploitation associés. 

On estime que le coût de chacun de ces sous-marins est 5 à 10 fois supérieur à celui de la construction d'un grand hôpital d'enseignement qui fournirait des soins pour des milliers de personnes. 

Le développement spectaculaire de l'arsenal nucléaire des États-Unis fait partie d'une modernisation radicale de ses forces armées, y compris l'expansion du programme d'avions-chasseurs F-35, dont le coût estimatif a explosé, selon les derniers chiffres, à 1120 milliards $. 

L'US Air Force s'est plaint du fait qu'elle ne possède pas d'avion furtif de nouvelle génération capable de lancer des armes nucléaires à grande puissance. Ainsi, on vient d'annoncer l'acquisition du dernier bombardier américain, Northrop Grumman B-21, que l'Armée de l'air prévoit acheter au nombre de 100 et au coût d'un demi-milliard de dollars chacun. 

La prochaine génération d'armes, y compris les armes à faisceau d'énergie, les canons à rail et les missiles hypersoniques, est déjà mise à l'essai sur le terrain et est susceptible d'entrer en production au cours de la prochaine décennie. Stratfor a écrit qu’«à mesure que la concurrence s'intensifie entre la Russie, la Chine et les États-Unis pour déployer en premier» des armes de nouvelle génération, «chacun de ces pays deviendra plus vulnérable aux attaques des autres. Si les tensions augmentent, le risque de frappes préventives augmentera aussi parmi ces rivaux de longue date.» 

De nombreux rapports ont mis en garde sur le fait que le développement d'armes à guidage de précision, hypersoniques et d'autres armes non nucléaires de prochaine génération, ainsi que la miniaturisation des têtes nucléaires et le développement de vecteurs d'armes nucléaires à guidage de précision, détruit le soi-disant «pare-feu» entre la guerre conventionnelle et la guerre nucléaire. Par conséquent, les stratèges américains, en particulier, se demandent de plus en plus si une guerre nucléaire peut être «gagnée». 

Avec les changements qui prennent place dans la situation géopolitique et les capacités technologiques, l'armée américaine et ses groupes de réflexion sont en train de changer leurs doctrines et leur terminologie. 

Le monde est entré dans la «deuxième ère nucléaire», selon les mots de l'auteur Paul Bracken. Les États-Unis doivent être prêts à «combattre ce soir même», comme l'a dit l'amiral Harry B. Harris quand il est devenu chef de la Flotte du Pacifique. Le chercheur Michael Carl Haas a écrit sur la «Seconde Guerre du Pacifique», impliquant les États-Unis et la Chine, où «il va de soi qu'il y aurait des pertes douloureuses de navires et d'avions, de marins et d'aviateurs, et que, probablement, ces pertes augmenteraient rapidement des deux côtés». 

C'est un fait bien connu que le déclenchement de la Première Guerre mondiale a été précédé d'une course entre l'Allemagne, la Grande-Bretagne et d'autres puissances impérialistes pour construire les cuirassés les plus récents et les plus gros, connus sous le nom dreadnoughts, ainsi que pour développer leurs forces militaires traditionnelles. Entre 1908 et 1913, les dépenses militaires des puissances européennes ont augmenté de 50 pour cent. 

Personne ne devrait croire que la course aux armements d'aujourd'hui aura des conséquences différentes. Ces armes, qui absorbent une part importante de la richesse du monde, sont destinées à être utilisées. Pour la première fois, une guerre mondiale est à l'horizon entre des combattants dotés d'armes nucléaires, dans des conditions où les règles d'engagement sont en cours de révision pour rendre leur utilisation plus probable. 

L'humanité se trouve dans une situation périlleuse. L'impérialisme mène la société à une catastrophe qui ne peut être évitée que par des moyens révolutionnaires. 

(Article paru en anglais le 30 mars 2016)