Reportage photo : Un bénévole au camp de réfugiés français parle au WSWS

Par Jill Lux et Toby Reese
11 mars 2016

Les conditions auxquelles font face des centaines de milliers de personnes qui fuient vers l’Europe pour échapper à l’escalade des guerres à travers le Moyen-Orient et l’Afrique constituent une mise en accusation de la société européenne. Les camps manquent des ressources de base suffisantes, telles que l’eau, l’électricité, la nourriture et des fournitures médicales et fonctionnent exclusivement avec l’aide et les dons de bénévoles. Dans de nombreux pays européens, ces camps sont considérés comme « illégaux ». 

Le camp de réfugiés à Grande-Synthe, en France, est l’un des pires endroits où les réfugiés se trouvent bloqués. Environ 2500 personnes y vivent, et autour de 50 nouveaux réfugiés, souvent des familles, avec enfants, des personnes âgées et des femmes enceintes, arrivent tous les jours. D’ici beaucoup de gens tentent un passage en Angleterre, cachés sur des camions, dans l’espoir d’obtenir l’asile là-bas.

Les reporters du WSWS ont interviewé Joel Sames, un bénévole dans un de ces camps. 

Sur les conditions de santé dans le camp, il a déclaré, « Médecins sans frontières (MSF) est là, mais le problème c’est que les temps d’attente sont très longs. Parfois, vous attendez trois heures lorsque vous êtes malade. Il y a un risque de propagation de la rougeole, à Calais, un camp plus grand près de nous, il y a des cas confirmés de rougeole. […] En outre, les conditions d’hygiène sont horribles, le terreau parfait pour tout type de maladie, il y a beaucoup de rats. Si vous sortez la nuit, vous voyez beaucoup de rats sur le terrain et ils sont gros comme un lièvre. » 

Bien que les températures descendent souvent en dessous de zéro, les gens dorment dans des tentes minces posées dans la boue épaisse, au milieu des ordures et des matières fécales. Les réfugiés reçoivent une nourriture insuffisante et un traitement médical rudimentaire, et souvent contractent des maladies, telles que la pneumonie à cause du froid. Les infrastructures sont improvisées et insuffisantes, avec seulement 32 toilettes, 48 douches, deux endroits avec de l’eau propre, et un câble électrique peu fiable. 

Joel a dit : « Ils [MSF] fournissent une infrastructure, mais il pourrait y avoir plus d’infrastructures pour s’assurer que les gens aient des tentes décentes et des appareils de chauffage dans les tentes. Mais principalement je pense que ce sont les fonctionnaires qui rendent impossible une assistance appropriée en limitant ce qui vient dans le camp. Par exemple, la police bloque la route ». 

Alors que la ville de Grande-Synthe a d’abord tenté d’éliminer les déchets pour contenir l’infestation de rats, l’État français a non seulement refusé d’améliorer les conditions dans le camp mais a stationné la police à l’entrée afin de bloquer l’arrivée des tentes et des matériaux de construction. 

Joel a dit que le camp « grandit chaque jour, mais aussi des gens partent parce que les conditions sont si horribles, les gens essaient de trouver d’autres voies. Certaines personnes sont allées en Belgique et chaque jour des personnes essaient d’aller en Angleterre. La plupart des gens sont piégés dans le camp parce qu’ils ne voient pas de perspectives pour eux en France. Même si la France voulait leur offrir l’asile certains disent qu’ils ne voudraient pas rester. J’ai demandé à ces gens, « Pourquoi ne voulez-vous pas rester en France ? Pourquoi risquez-vous votre vie et la vie de votre famille dans ces conditions horribles dans ce camp ? Ils me disent comment les gens reviennent des centres d’asile en France avec des histoires horribles sur la façon dont personne ne prend soin de vous. Il n’y a pas de perspectives pour ces personnes en France ». 

Joel a décrit des altercations entre la police et les immigrants au camp : « Ils [les réfugiés] sont contrôlés à l’entrée. […] Ils se moquent parfois des réfugiés. Par exemple, ils ne voulaient pas laisser les réfugiés apporter du bois de chauffage dans le camp alors qu’il pleuvait. Si le bois est trop gros, ils disent qu’il pourrait être utilisé comme bois de construction. Donc, les réfugiés ont dû le scier en petits morceaux sous une pluie battante alors que la police faisait des blagues à leur sujet ». 

Au sujet des raisons qu’ont les réfugiés de fuir leurs pays, il a dit, « Je pense que c’est parce que la guerre est en cours depuis de nombreuses années et que les conditions sont mauvaises depuis si longtemps. Je pense que ce qui est arrivé c’est qu’ils ont perdu en quelque sorte l’espoir d’un avenir meilleur dans leur pays. » 

« Beaucoup d’entre eux ont été déplacés à l’intérieur de leur pays, et d’autres se trouvaient dans des pays voisins tels que le Liban, la Turquie et la Jordanie. Ils continuaient d’espérer que la guerre finirait, qu’ensuite ils pourraient retourner à leurs maisons, leur famille, leurs amis, et leur vie normale, mais je pense qu’ils ont changé d’idée à un moment donné et ils se sont rendu compte que cela ne va pas se produire. De plus en plus de partis et de pays se sont impliqués [dans la guerre] et je pense que c’est cela qui a déclenché cette vague. Tout à coup, il y a eu cette Aufbruchsstimmung [atmosphère de départ] ». 

Le camp longe une route où les camions s’arrêtent. Les gens tentent de rejoindre l’Angleterre, ce qui expliquerait en partie la migration récente vers le camp.

Après la grande affluence récente de réfugiés dans le camp, la municipalité de Grande-Synthe et MSF prévoient de construire un nouveau camp « légal ». Selon MSF, ce camp fournira 500 tentes, « chacune assez grande pour cinq personnes », ainsi que des toilettes et des douches « en nombre suffisant » (126 toilettes et 66 douches), conçues pour accueillir 2500 personnes. 

Les immigrants ont peur d’être enregistrés dans le nouveau camp et s’opposent largement à un déménagement. Le gouvernement français a déjà établi un camp avec des contrôles biométriques et entouré de hautes clôtures dans la ville voisine, Calais, pour justifier le lancement de la destruction du camp de réfugiés existant là-bas. 

(Article paru en anglais le 10 mars 2016)

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