Lois sur la sécurité au Japon: une nouvelle étape dans la marche à la guerre mondiale

Par Peter Symonds
30 mars 2016

La nouvelle législation militaire japonaise, entrée en vigueur hier, permet aux forces armées du pays sous couvert de « légitime défense collective », de participer pleinement à des guerres à l' étranger pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces lois sont une étape importante dans la renaissance du militarisme japonais, encouragée par Washington dans le cadre de son « pivot vers l'Asie » et de ses préparatifs de guerre contre la Chine.

Cette législation est une violation flagrante de la Constitution japonaise qui, en vertu de son article 7, renonce à la guerre pour toujours et affirme que le pays ne maintiendra jamais de forces armées terrestres, navales et aériennes.

Le mois dernier, le premier ministre Shinzo Abe a rejeté l'avis d'experts juridiques que la législation était inconstitutionnelle et déclara que c’était la constitution, et non les nouvelles lois, qui devait être changée. Abe pousse à l’élimination de toutes les restrictions imposées à l’armée et à la transformation du Japon en « nation normale » -- une nation qui peut poursuivre agressivement ses intérêts économiques et stratégiques par la force armée.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012 le gouvernement PLD (Parti libéral démocrate) de droite a augmenté les dépenses militaires, concentré les pouvoirs de guerre dans les mains d’ Conseil de sécurité national type Etats-Unis et remanié la planification militaire pour la focaliser sur un conflit avec la Chine. Dans sa stratégie de « défense des îles », le Japon renforce ses forces militaires dans la chaîne d’îles méridionales adjacente à la Chine continentale. Lundi, une nouvelle station de radar est devenue opérationnelle sur l'île de Yoniguna, à seulement 150 kilomètres des îlots contestés en mer de Chine orientale appelés Senkaku au Japon et Diaoyu en Chine.

Responsable des tensions extrêmes à propos des îles Senkaku n’est pas seulement le PLD mais l'ensemble de l'établissement politique japonais. Le gouvernement précédent dirigé par le Parti démocrate du Japon (PDJ) avait provoqué de vastes protestations en Chine en septembre 2012 en « nationalisant » ou achetant les îlots rocheux inhabités à leur propriétaire privé. Abe a refusé de consentir à toute négociation avec la Chine sur l'avenir de ces îles.

En 2014, le président américain Barack Obama fit monter les enchères en déclarant que le traité de sécurité américano-japonaise englobait les îles Senkaku. Cela revenait à engager les États-Unis à intervenir militairement en appui au Japon en cas de guerre entre lui et la Chine à propos des îlots. Des centaines de confrontations dangereuses ont eu lieu l'an dernier, lorsque le Japon a mobilisé des avions de combat et les navires de sa garde côtière pour défier les « intrusions » chinoises, accentuant le risque qu'une erreur ou un mauvais calcul n’entraîne un conflit.

La mise en œuvre des lois « de légitime défense collective » au Japon est une nouvelle étape dans une marche à la guerre alimentée par l’effondrement mondial du capitalisme. L'impérialisme japonais fonctionne pour l’instant sous le patronage des Etats-Unis, mais c’est là une alliance de circonstance. Le Japon et les Etats-Unis ont déjà mené dans le Pacifique une guerre ayant coûté des millions de vies pour déterminer laquelle des deux puissances allait dominer l'Asie, et elles pourraient entrer en conflit à nouveau.

La remilitarisation du Japon souligne l’avertissement formulé par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) dans sa déclaration du 18 février Socialisme et la lutte contre la guerre que le monde est entraîné à nouveau vers un conflit mondial catastrophique. Derrière le dos de leur population, les gouvernements capitalistes se préparent à la guerre et sont de plus en plus belliqueux.

« Comme dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale en 1914 et la Deuxième Guerre mondiale en 1939, les dirigeants politiques et les stratèges militaires convergent vers la conclusion qu'une guerre entre les grandes puissances n'est pas une lointaine possibilité, mais un événement très probable et peut-être même inévitable. À un certain moment, un tel fatalisme militaire devient un facteur important qui contribue à l'éclatement de la guerre. »

Comme en Allemagne, on pave au Japon le chemin vers la guerre à l’aide d’une campagne réactionnaire de révision de l'histoire, pour blanchir les crimes monstrueux de l'impérialisme japonais dans les années 1930 et 1940. Abe, dont le grand-père maternel Nobusuke Kishi faisait partie du cabinet japonais durant la guerre, parle au nom de larges secteurs de l'élite dirigeante qui justifient le rôle du Japon dans la Seconde Guerre mondiale en le présentant comme une lutte pour libérer l'Asie du colonialisme occidental. Des fonctionnaires nommés par Abe ont refusé de reconnaître l'esclavage sexuel par l'armée japonaise, pendant la guerre, de centaines de milliers de « femmes de réconfort » et minimisé ou nié des atrocités comme le Viol de Nanjing, où furent massacrés jusqu'à 300.000 civils et prisonniers chinois.

Le gouvernement excite le patriotisme japonais et crée un climat de peur autour de la «menace» chinoise pour justifier le réarmement. Il cherche en même temps à détourner les tensions sociales montantes vers l'extérieur et un ennemi étranger. Un quart de siècle de récession a été exacerbé par l'échec de la politique d’Abe (‘Abenomics’) de relance de l'économie japonaise. Les salaires restent au même niveau qu’il y a deux décennies, et beaucoup de jeunes sont condamnés à un avenir de chômage ou de travail sporadique et mal-payé. Cette semaine, le Financial Times a rapporté qu'un grand nombre de personnes âgées, ne pouvant survivre de leur maigre retraite, commettent des délits mineurs pour aller en prison.

La même crise du capitalisme mondial qui alimente la marche à la guerre donne une nouvelle impulsion à la révolution socialiste. L'opposition à la guerre et au militarisme est profondément ancrée dans la classe ouvrière japonaise, qui a souffert non seulement du régime militarisé de l’Etat-policier de Tokyo pendant la guerre, mais aussi des bombardements américains meurtriers. Le peuple japonais reste la seule population à avoir subi les horreurs de l'incinération nucléaire dans les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

L'an dernier ont eu lieu certaines des plus grandes manifestations anti-guerre de l'histoire du Japon lorsque le gouvernement Abe a fait passer en force ses lois militaires au parlement. Au plus fort des manifestations, elles ont mobilisé 120.000 personnes à Tokyo, des manifestations plus petites se tenant dans des centaines de villes et villages. Ce sentiment anti-guerre, cependant, est resté confiné au cadre parlementaire car le Parti communiste japonais et diverses organisations pseudo de gauche ont subordonné les protestations au capitaliste Parti démocrate du Japon, qui n'a pas de désaccord fondamental avec la législation militaire.

Les travailleurs et les jeunes au Japon, comme leurs homologues du monde entier, ne peuvent arrêter la dérive vers la guerre mondiale que par la construction d'un mouvement international anti-guerre de la classe ouvrière sur la base du programme de l'internationalisme socialiste. On ne peut mettre un terme à la propagation de la guerre que par l'abolition de l'ordre social qui en est sa cause profonde – le capitalisme et son système archaïque d'Etat-nation. Le CIQI est la seule organisation politique de la planète à lutter pour cette perspective. Nous exhortons nos lecteurs au Japon et dans toute l'Asie à entreprendre la lutte pour construire ce mouvement anti-guerre. 

(article paru en anglais le 29 mars 2016)