Les attentats terroristes de Bruxelles

Par Alex Lantier
24 mars 2016

Le World Socialist Web Site condamne les attentats du 22 mars à Bruxelles qui ont tué 30 personnes et en ont blessé 230 à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek. Alors que les autorités belges ont imposé une règle du bâillon sur leur enquête sur les attentats, l'Etat islamique (EI) en a revendiqué la responsabilité dans un communiqué de son agence de presse Amaq. 

Cette attaque horrifiante visait des innocents en rien responsables des guerres impérialistes qui ont dévasté le Moyen-Orient. Quinze ans de guerres, d'attentats terroristes et d'escalade dans les mesures d'état policier depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ont démontré de façon concluante que de telles effusions de sang font le jeu des forces les plus réactionnaires. 

Comme le déclarait le WSWS au lendemain des attentats du 11 septembre, « Peu importe la façon dont on tente de la justifier, la méthode terroriste est fondamentalement réactionnaire. Loin de porter un coup puissant au militarisme impérialiste, le terrorisme fait le jeu des éléments de l'établissement américain qui utilisent de tels événements pour justifier et légitimer leur recours à la guerre en défense des intérêts géopolitiques et économiques de l'élite dirigeante. L'assassinat de civils innocents enrage, désoriente et sème la confusion dans le public. Il mine la lutte pour l'unité internationale de la classe ouvrière et nuit aux efforts menés pour éduquer le peuple américain sur les questions historiques et politiques qui forment la toile de fond des événements contemporains au Moyen-Orient ». 

Cette déclaration se voit confirmée une nouvelle fois, en Europe cette fois, alors que les gouvernements de tout le continent mettent leurs forces de sécurité en état d'alerte. Avant-hier soir, alors que la Belgique fermait ses frontières et que les forces de l'armée et de la police verrouillaient Bruxelles, le premier ministre Charles Michel a déclaré: « Pour nous, il y aura ‘un avant et un après’ ». Il a dit que le conseil de ministres se réunirait le lendemain pour « organiser la période après les attentats ». 

En France où le Parti socialiste (PS) impose un état d'urgence impopulaire et anti-démocratique depuis les attentats du 13 novembre à Paris, les responsables de ce parti ont invoqué les attentats de Bruxelles pour faire pression sur le Sénat afin qu'il approuve un amendement du PS inscrivant l'état d'urgence dans la Constitution française. 

Les candidats américains à la présidence ont cherché à attiser les humeurs anti-musulmane et pro-guerre qui s’emparent de l'établissement politique des deux côtés de l'Atlantique. Le républicain Donald Trump qui propose d’interdire l’entrée des États-Unis aux musulmans, a déclaré que Bruxelles était « un désastre total ». Il a ajouté: « Nous devons être très prudents aux États-Unis, nous devons être très vigilants quant à qui nous laissons entrer dans ce pays. » 

Trump a appelé à torturer Salah Abdeslam, qui a été capturé à Bruxelles vendredi après quatre mois de cavale et qui est accusé d'avoir participé aux attentats du 13 novembre à Paris. « Le waterboarding [supplice de l'eau] serait bien et si on pouvait étendre les lois, je ferais beaucoup plus que le waterboarding », a déclaré le favori républicain. 

La favorite à l'investiture démocrate, Hillary Clinton, a dit: « Les attentats d'aujourd'hui ne feront que renforcer notre détermination à faire front ensemble, en tant qu'alliés, au terrorisme et au djihadisme radical dans le monde entier ». Elle a appelé à un espionnage de masse encore plus envahissant par les agences de renseignement américaines et internationales, disant: «Il nous faut renforcer notre surveillance, notre interception de communications ».

En dépit du caractère horrifiant des attaques de Bruxelles, il est essentiel de ne pas se laisser bousculer et pousser, par la propagande des médias et un établissement politique entièrement dégénéré, dans de nouvelles guerres, ni à accepter des mesures d’Etat policier.

Toutes les déclarations de politiciens bourgeois condamnant la violence terroriste sont aussi hypocrites que malhonnêtes. La vague d'attaques de l’Etat islamique en Europe, depuis Charlie Hebdo et le 13 novembre à Paris l’an dernier à Bruxelles hier, est inextricablement liée aux décennies de guerres et d'interventions militaires ayant détruit une bonne partie du Moyen Orient et déstabilisé le reste.

L’Etat islamique est lui-même le produit de trois guerres impérialistes: l'invasion illégale, en 2003, de l' Irak par les Etats-Unis, aidé par des pays européens comme la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie sur la base d’affirmations mensongères que le gouvernement irakien fournirait des armes de destruction massive à Al-Qaïda; la guerre de changement de régime menée en Libye par les Etats-Unis et l'OTAN se servant de milices liées à Al-Qaïda comme forces terrestres par procuration; et finalement, la guerre par procuration attisée par les Etats-Unis et les pouvoirs européens en Syrie, où ils ont soutenu diverses milices islamistes dont l’EI, pour essayer de renverser le régime du président Bachar al-Assad.

En particulier au début de la guerre syrienne, alors qu’elles cherchaient à semer la terreur et à déstabiliser le gouvernement, les milices islamistes ont eu recours à des attentats répétés. Rien qu’à Damas, la capitale, des attaques ont fait tour à tour 44 tués et 166 blessés en décembre 2011; 44 tués et 166 blessés en mai 2012, et 80 tués et 250 blessés en février 2013.

Washington et ses alliés européens ont soutenu l'opposition islamiste durant tout ce carnage, ne se retournant contre l’Etat islamique que peu à peu, lorsqu’il attaqua le régime fantoche des États-Unis à Bagdad, à l'été 2014. Même alors, le gouvernement français tout en bombardant l’EI en Irak déclara qu’il n’attaquerait pas l’EI en Syrie. Paris a refusé de démentir des informations des médias que la France s’abstenait d'attaquer l’EI en Syrie pour éviter d'affaiblir les forces anti-Assad. La France a commencé à bombarder l’EI en Syrie seulement après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Ces guerres ont créé en Europe un Frankenstein, un réseau de combattants islamistes étroitement lié aux milieux européens de la politique étrangère et de la police. Les responsables des attaques de l’EI en Europe, comme les frères Kouachi pour celle de Charlie Hebdo et Abdelhamid Abaaoud pour les fusillades du 13 novembre à Paris, se sont inévitablement avérés liés à des opérations de recrutement en Europe d’islamistes pour la guerre en Syrie. Inexplicablement, quoique bien connus des services de renseignement de toute l'Europe et étroitement surveillés, on les a laissé voyager sur tout le continent et préparer des attaques sanglantes.

Un facteur important dans l'accélération du rythme des attentats en Europe est le fait que de larges sections de la classe dirigeante européenne accueillent le prétexte fourni par de tels crimes pour attiser la haine anti-musulmane et diviser la classe ouvrière tout en élargissant leurs mesures d'État policier. Alors qu’ils cherchent à justifier une politique impitoyable et illégale de refus du droit d'asile à des millions de réfugiés fuyant les guerres du Moyen-Orient, et qu’ils imposent des mesures d'austérité toujours plus brutales à la classe ouvrière, les élites dirigeantes considèrent ces attaques terroristes comme une aubaine politique.

Alors que les conséquences de l'effusion de sang des guerres impérialistes au Moyen-Orient se font sentir en Europe, il faut de toute urgence tirer les leçons politiques. Le renforcement systématique des forces de sécurité et des pouvoirs d’État policier après chaque attaque terroriste n’a fait qu’ouvrir la voie à des attaques plus draconiennes des droits démocratiques, à de nouvelles escalades militaires et à d'autres attentats terroristes.

La seule façon d’arrêter cette spirale réactionnaire de la violence est de s’en prendre à sa cause profonde – la marche à la guerre par laquelle les principales puissances impérialistes cherchent à dominer le Moyen Orient. Cela requiert le développement d'un vaste mouvement de la classe ouvrière contre la guerre et pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 23 mars 2016)