Le nationalisme économique, la guerre et la lutte pour le socialisme international

Par Nick Beams
16 mars 2016

La promotion du nationalisme économique soulève des questions fondamentales de perspective et d'orientation pour la classe ouvrière internationale. Celui-ci joue, dans des conditions où la crise économique, le chômage de masse et la détérioration des conditions sociales s’aggravent, un rôle de plus en plus important dans la vie politique de tous les pays. 

Dans la campagne du référendum sur le Brexit, prévu le 23 juin, qui doit décider si la Grande-Bretagne reste ou non dans l'Union européenne, les camps du « sortir » et du « rester », représentant chacun une section différente de la bourgeoisie britannique, développent leurs arguments selon ce qui est « le mieux » pour la Grande-Bretagne. Aux États-Unis, tant la campagne d’investiture du principal candidat républicain Donald Trump que celle du démocrate soi-disant « socialiste » Bernie Sanders avancent un programme économique nationaliste. 

Cherchant à exploiter la colère et l'hostilité légitimes des travailleurs face à la destruction des emplois et des conditions de vie alors que les usines ferment et que les emplois vont dans des zones de travail moins cher, Trump promet de « rendre l'Amérique grande à nouveau» et dénonce des accords commerciaux « injustes ». Sanders lui, fustige des accords commerciaux avec la Chine et le Mexique qu’il accuse de « vol des emplois américains ». 

Malgré leurs différences, les deux partis partagent une plate-forme commune. Ils cherchent à enlever son fondement à la question de l’« exportation des emplois » -- le système capitaliste et sa recherche du profit.

Ils ne parlent pas pour les travailleurs américains, mais expriment les intérêts des sections de la classe dirigeante se sentant désavantagées par les grandes sociétés transnationales et qui ont pour but d’exploiter la classe ouvrière tout aussi impitoyablement que leurs rivales. 

Il n’y a aucun doute que les divers accords dits de « libre-échange » ne visent pas à faire avancer les conditions économiques et sociales, mais sont conçus pour profiter aux sociétés géantes, leur permettant de placer leurs opérations de façon à garantir le maximum de profit au détriment de la classe ouvrière. 

Mais il ne s'ensuit pas que dans leur opposition à de tels accords et leurs dispositions réactionnaires, les travailleurs doivent adopter le nationalisme pour se défendre là où les sections dominantes de l'élite patronale et financière l’utilisent pour les attaquer. Ils doivent développer leur propre perspective indépendante sur la base d'une analyse scientifique soigneusement élaborée. 

Une telle analyse débute par cette question: où conduit la campagne du nationalisme économique? Quelles seraient les conséquences d'un retour à des économies nationales isolées? L'histoire tourmentée et sanglante du XXe siècle nous donne la réponse. 

Le recours au nationalisme économique découle de l'effondrement de l'ordre capitaliste mondial signalé par la crise financière de 2008. Le dernier grand écroulement du système capitaliste, qui a commencé avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale et a conduit à la Grande Dépression, montre où celui-ci conduit. La montée du nationalisme économique dans les années 1930, où chaque pays cherchait à se protéger de l'effondrement du marché mondial en érigeant des barrières douanières et tarifaires, a produit une catastrophe. 

Depuis l'introduction de la loi protectionniste Smoot-Hawley aux États-Unis en juin 1930 jusqu'à la fin de 1932, on a estimé que le commerce mondial s’est contracté d'entre une moitié et deux tiers, conduisant à la désintégration, et non pas au développement, d'économies entières. Le résultat inévitable en fut la Seconde Guerre mondiale et la rechute dans la barbarie.

C’est en Allemagne que la logique réactionnaire du nationalisme économique fut le plus clairement démontrée. Adolf Hitler est arrivé au pouvoir sur la base d'un programme d'autarcie économique. Mais dans un très court laps de temps, une crise économique a commencé à se développer alors que cette politique se heurtait aux contraintes de l'État-nation allemand. L'expansion du développement économique national nécessitait donc l'expansion territoriale, le Lebensraum, et à partir de 1936 l'ensemble de la politique économique du régime hitlérien s’est fondé sur la conquête militaire, un programme conduisant directement à la Seconde Guerre mondiale et à toutes les horreurs qu’elle produisit. 

Pour déterminer son point de vue, la classe ouvrière doit se fonder sur une large compréhension du rôle du capitalisme dans le développement historique de l'humanité.

L'ascension de l'humanité, comme Marx, et Trotsky après lui, l’ont continuellement souligné, est basée sur le développement de la productivité sociale du travail, la base de tout progrès social et économique. En abattant les contraintes du particularisme féodal et en créant des Etats-nation, le capitalisme a fourni un tremplin puissant au développement des forces productives et jeté les bases de la civilisation moderne.

Mais la croissance des forces productives ne s’est pas arrêtée aux frontières de l'Etat national. Au cours des 175 dernières années, elle a de plus en plus pris un caractère mondial grâce à l'expansion du commerce international, à l'extension de l'investissement à tous les coins du globe et, au cours des trois dernières décennies, au développement de la production mondialisée basée sur un nouveau développement de la division internationale du travail.

La mondialisation de la vie économique est en soi un développement extrêmement progressif. Elle augmente la productivité sociale du travail et jette ainsi les bases matérielles pour le développement d'une société où, pour la première fois de l'histoire, on peut satisfaire et faire avancer les intérêts économiques et culturels des peuples du monde entier à l’opposé de ceux d'un petit nombre de privilégiés.

Mais cet énorme potentiel ne peut être réalisé dans le cadre étouffant du système du profit et de l'État-nation capitaliste. Ces contraintes conduisent au contraire inévitablement et inexorablement à la guerre et à la descente dans la barbarie.

La grande tâche historique, n’est donc pas d’essayer de ramener les forces productives dans le cadre réactionnaire et démodé du système de l' État-nation – comme le proposent les partisans du nationalisme économique, de droite ou comme « de gauche » -- mais de libérer les forces productives en éliminant le cadre social et politique réactionnaire qui les étrangle.

Ce n'est pas là un idéal utopique. La base matérielle pour sa réalisation a été créée par la mondialisation même de la production. Celle-ci a créé une force sociale immense, la classe ouvrière internationale, unie objectivement par le processus de la production capitaliste et s’opposant par sa situation sociale même, dans tous les pays, aux ravages du système capitaliste.

Sa tâche consiste à abattre les murs et les barrières du système des États-nations, à renverser le système de profit et à prendre le pouvoir politique dans ses propres mains, afin d'établir un nouvel ordre socio-économique supérieur basé sur le développement harmonieux des forces productives à l'échelle mondiale grâce à une économie planifiée, régulée consciemment et contrôlée démocratiquement.

Les sceptiques et les défenseurs du capitalisme se moquent de cette perspective et déclarent qu'elle viole une prétendue nature humaine, dont la plus haute expression serait, insistent-ils, le marché et le système du profit capitaliste – une véritable diffamation de la race humaine.

Mais tout comme le capitalisme a créé son propre fossoyeur sous la forme de la classe ouvrière internationale, il a aussi forgé les bases matérielles d’une économie socialiste planifiée. Il n'y a pas une seule société transnationale ou institution financière internationale dans le monde aujourd'hui qui ne planifie ses activités mondiales minute par minute, ou même seconde par seconde. Dans sa course au profit, le système capitaliste a mis en place un vaste système d'information et de technologie couvrant le monde entier.

Ce système complexe et globalement intégré de production et sa technologie associée d’information et autre, ont été créés et maintenus non pas par la poignée d'individus ultra-riches qui profite actuellement de ses avantages, mais par le travail collectif physique et intellectuel de milliards de travailleurs – depuis l’ouvrier à la chaîne de production jusqu’à celui qui maintient et conçoit les technologies leur permettant de fonctionner.

Ayant créé cette force productive énorme, la classe ouvrière internationale doit maintenant en prendre le contrôle et l'utiliser pour le développement de la société dans son ensemble.

La perspective du nationalisme économique avancé par les Trump et Sanders de ce monde représente une tentative de ramener l'humanité à un nouveau Moyen-Âge.

La perspective du socialisme international est la prochaine étape du progrès de l’humanité. Mais elle ne peut être réalisée que par une lutte consciente et cela nécessite une décision d'adhérer au Comité international de la Quatrième Internationale, la direction révolutionnaire de la classe ouvrière internationale, et de le construire.

(Article paru en anglais le 15 mars 2016)