Les attentats terroristes de Paris

Par Alex Lantier et Barry Grey
17 novembre 2015

Les États-Unis, la France et les autres puissances impérialistes se sont saisies de l’atrocité terroriste commise à Paris par l’État islamique (EI) pour intensifier les politiques de guerre et de pillage qui ont détruit des sociétés entières au Moyen-Orient et créé les conditions pour la croissance de forces réactionnaires comme celles qui ont tué 129 personnes et fait des centaines de blessés vendredi dernier.

Ces forces ont été financées et armées par Washington et la France, et par des alliés régionaux comme l’Arabie saoudite et la Turquie. L’EI est lui-même le produit de machinations impérialistes en Libye, en Syrie et en Irak, tout comme Al-Qaïda avait été auparavant le produit de l’intervention antisoviétique en Afghanistan. L’EI et d’autres groupes terroristes liés à Al-Qaïda ont été utilisés comme des armées par procuration pour un changement de régime en Libye et pour mener la guerre pour un changement de régime en Syrie.

L’assaut criminel mené contre des civils innocents à Paris est le résultat prévisible de l’escalade incessante des opérations militaires par l’impérialisme américain et européen.

Les travailleurs du monde entier ressentent une profonde sympathie pour les victimes des assassinats de masse commis à Paris. Les déclarations hypocrites des politiciens capitalistes et des médias ne méritent elles, que le mépris. Le nombre de morts des guerres qu’ils ont lancées ou soutenues ces 14 dernières années dépasse le million. Leur réelle attitude se voit dans l’indifférence affichée devant l’incinération d’au moins 30 personnes et les blessures infligées à une trentaine d’autres lors du bombardement américain d’un hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz, Afghanistan, le mois dernier.

Quatorze années de soi-disant « guerre contre le terrorisme » n’ont fait que favoriser la propagation du terrorisme et de la violence; elles ont fait de millions de personnes des réfugiés fuyant les zones de guerre infernales du Moyen-Orient, d’Asie centrale et d’Afrique du Nord. Maintenant que les conséquences de la barbarie néocoloniale explosent en Europe même, les puissances impérialistes responsables de ces crimes se préparent à en commettre de plus grands encore en relançant une « guerre contre le terrorisme » frauduleuse et discréditée.

Après que le président français François Hollande eut qualifié l’attentat de Paris d’« acte de guerre », le Frankfurter Allgemeine Zeitung l’a nommé le « 11 septembre de la France. » Il n’est pas inutile de considérer la déclaration publiée par le World Socialist Web Site au lendemain des attentats de 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone.

Tout en avertissant d’une éruption de violence impérialiste américaine à l’extérieur et d’un assaut sur les droits démocratiques à l’intérieur, nous écrivions : « Loin de porter un dur coup au militarisme impérialiste, le terrorisme fait le jeu des éléments de l’establishment américain qui utilisent précisément de tels événements pour justifier et légitimer leur recours à la guerre pour défendre des intérêts géopolitiques et économiques de l’élite dirigeante... »

« Les efforts incessants de l'impérialisme américain pour renforcer sa mainmise sur les ressources pétrolières de la région... ont placé les États-Unis en opposition violente avec les aspirations démocratiques, nationales et sociales, légitimes et incontournables, des masses arabes.... »

« Les bombardiers ou les navires américains, parfois les deux, ont attaqué le Liban, la Libye, l'Iraq, l'Iran, le Soudan et l'Afghanistan. Sans déclaration officielle de guerre, les États-Unis mènent des opérations militaires contre l'Irak depuis maintenant près de douze années... Si l'on prend ces faits en considération, peut-on être surpris que ceux qui sont la cible des États-Unis aient cherché à contre-attaquer ? »

Comme pour les attentats du 11 septembre, de nombreuses questions sont immédiatement soulevées quant à qui connaissait les plans des attentats de Paris et comment ils ont été réalisés. L’assertion qu’en cette ère de surveillance omniprésente, aucune des agences de renseignement des pays de l’OTAN n’était au courant de préparatifs n’est pas crédible. À tout le moins, la classe dirigeante voit ces atrocités comme une occasion de mettre en œuvre rapidement des plans préparés longtemps à l’avance.

Avant que les attentats de Paris n’aient été sérieusement investigués, les élites dirigeantes, aux États-Unis et en Europe, crient à la guerre et insistent pour dire qu’on ne peut s’opposer à la menace de l’EI que par l’attribution à l’Etat de vastes et nouveaux pouvoirs policiers.

Hollande a imposé pour trois mois un état d’urgence qui a transformé la France en quasi-état policier – on a suspendu les droits démocratiques fondamentaux, fermé les frontières, interdit les manifestations et donné à la police de vastes pouvoirs pour rechercher et détenir des individus. Le ministre bavarois des Finances, Markus Söder, a appelé à la fermeture des frontières allemandes aux réfugiés syriens. L’attaque de Paris, a-t-il déclaré de façon alarmante, « change tout. »

L’amiral James Stavridis, ancien commandant suprême de l’OTAN, a écrit un article intitulé « Au tour de l’OTAN d’attaquer » où il appelle l’OTAN à répondre à l’attaque de l'EI en allant en guerre en Syrie. Mais l’intensification de la violence en Syrie et en Irak fait elle-même partie d’un programme géopolitique plus large. La campagne pour renverser le président syrien Bachar al-Assad est une composante des visées agressives de Washington envers la Russie et la Chine. L’élite dirigeante américaine considère ces pays comme des obstacles à l’hégémonie américaine sur toute la planète, on a donc ciblé ces pays en vue de leur destruction économique et pour finir, militaire.

L’escalade de la guerre impérialiste sous couvert de « guerre contre le terrorisme » a été accompagnée d’un assaut sans relâche sur les conditions sociales et le niveau de vie de la classe ouvrière, une attaque fortement augmentée depuis l’éruption de la crise capitaliste mondiale en 2008. Dans chaque pays impérialiste, la jeunesse et en particulier les jeunes immigrés ont été les plus durement touchés. Ils sont confrontés au chômage de masse, à la pauvreté et à l’absence de toute perspective, dans le cadre du système existant, pour un avenir décent.

Les conséquences du militarisme s’entrecroisent de façon fatale avec l’aliénation croissante de la classe ouvrière et des jeunes immigrés. Compte tenu de l’absence, malgré l’opposition populaire à la guerre impérialiste, d’un mouvement anti-guerre organisé, cette colère ne trouve pas d’expression progressive. Cela rend une partie d’entre eux vulnérables aux prêches démoralisés et démagogiques de groupes comme Al-Qaïda et l’EI.

La responsabilité première de l’absence de mouvement contre la guerre revient aux diverses organisations d’éléments de la classe moyenne anciennement à gauche. Celles-ci avaient autrefois dirigé des mouvements de protestation pour les amener derrière les partis et les hommes politiques de la classe dirigeante. Mais ces 15 dernières années, elles sont allées loin vers la droite et directement dans le camp de l’impérialisme. Des organisations comme le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en France, le Parti de Gauche en Allemagne, Podemos en Espagne, Syriza en Grèce et l’International Socialist Organization aux Etats-Unis, qui ont soutenu la guerre sous conduite américaine de changement de régime en Libye et en Syrie, ont donné à Washington une couverture politique pour son bellicisme contre la Russie et la Chine.

Les attentats de Paris et l’escalade subséquente de la violence impérialiste en Syrie et en Irak soulignent la nécessité urgente de la construction d’un mouvement anti-guerre international. La force sociale qui peut désarmer les impérialistes et mettre fin à la guerre est la classe ouvrière. Le nouveau mouvement contre la guerre impérialiste doit se baser sur la classe ouvrière mobilisée et unifiée au-delà des frontières, dans une lutte révolutionnaire pour arrêter la guerre en mettant fin à ce qui la produit, le capitalisme.

(Article paru d'abord en anglais le 16 novembre 2015)