Chantage économique de l’UAW pour faire passer en force son accord au rabais

Par Jerry White
4 novembre 2015

Alors que des milliers de travailleurs de General Motors votent sur un accord de principe sur quatre ans accepté par le syndicat des ouvriers de l’automobile UAW, ce dernier monte une campagne pour briser la résistance des travailleurs de la base et imposer l’accord au rabais.

Les responsables syndicaux au plan national et local, ayant tout juste survécu à une rébellion des travailleurs de Fiat Chrysler, insistent pour dire à ceux de GM que l’accord proposé est le meilleur possible et que faire pression pour plus ne peut qu’inciter GM à fermer ses usines américaines et à délocaliser au Mexique et vers d'autres pays à bas salaires. Une grève, disent-ils, n’apporterait rien sinon des pertes financières aux travailleurs.

L'UAW, qui détient neuf pour cent des actions de GM, est opposé à toute lutte qui gênerait ses relations lucratives avec les «partenaires» patronaux. Il collabore avec GM et fait du chantage économique pour faire passer en force un accord « transformateur » permettant d'imposer bas salaires et prestations au rabais en permanence dans toute l’industrie automobile.

Au premier vote de ratification le 30 octobre, les travailleurs de l'usine de montage de Fairfax à Kansas City (3.230 travailleurs horaires), ont rejeté l’accord par deux voix contre une. Après cette réprimande cinglante, la vice-présidente de l'UAW Cindy Estrada a tenu une téléconférence avec les représentants syndicaux locaux de GM dans tout le pays. Elle a donné l’ordre aux bureaucrates locaux de dire aux travailleurs que GM ne leur donnerait rien de plus et que s’ils veulent une grève, l'UAW leur servirait des rations de famine, $220 (€200)​ par semaine d’indemnité de grève, sur un fonds de grève de $ 600 millions (€545 millions).

Lundi eurent lieu des scrutins dans cinq grandes usines: les usines de montage de Flint (2.573 ouvriers), d’Orion au nord de Detroit (1.553), d’Arlington, Texas (4.125), l’usine de Toledo Transmission (1.844) et celle de Flint Metal Center (1.173).

La section locale 659 de l’UAW à Flint Metal Center a indiqué que 67 pour cent des travailleurs de la production avaient approuvé l'accord et seulement 52 pour cent des travailleurs qualifiés. La section locale 598 à l’usine de montage de Flint a aussi dit que l’accord était accepté, comme une section locale plus petite (300 ouvriers) à l'usine GM de transmission de Bay City, Michigan.

A ce jour les résultats d'autres votes ne sont pas encore disponibles. D’autres sections locales importantes voteront mercredi comme celles de Fort Wayne, Indiana (3.900) et de Detroit Hamtramck (425). Celles de Delta Township près de Lansing, Michigan (3.468) et de Lordstown, Ohio (4.150) le feront jeudi.

La majorité des 53.000 salariés horaires de GM doit ratifier l'accord pour qu’il soit validé. Le vote devrait se terminer vendredi.

Dans une vidéo sur la page Facebook de « Pourparlers UAW-GM », Todd McDaniel, président du comité national de négociation de l'UAW, de la section locale de Bay City, a fait l'aveu accablant que son usine avait des «travailleurs embauchés pour 40 heures par semaines à un salaire inférieur à ce que touchent certains de nos retraités ». Il ajoute: « l'entreprise a-t-elle l'argent? Oui. Nos membres méritent-ils des augmentations? Oui. Mais il y a des limites. Pouvons-nous tout obtenir et maintenir les emplois? Non. On ne peut avoir que tant, sinon on risque de les pousser à franchir la frontière ».

Dans un message Facebook aux ouvriers de l’usine de montage de Flint, le secrétaire de la section locale 598, Barry Campbell, écrit: «Je sais qu'il y a des gens, là dehors, qui disent de voter NON parce que ce n’est que la «première» offre. Je suis membre de la section locale 362 et aussi du comité national de négociation et je crois fermement que cet accord représente… [tout l’argent] que nous obtiendrons sans grève. Je crois aussi que, même avec une grève, si on y gagne quelque chose, et j’en doute fort, cela reviendra très cher ».

Campbell a menacé: « D’abord nos membres, dont beaucoup ne sont pas prêts, peuvent se retrouver sans travail des semaines, voire des mois. Ensuite, il se peut qu’on ne puisse obtenir de garanties d'emploi dans un accord après une grève, et sans travail, c’est seulement une question de temps avant qu’on ferme plus d’usines; cela nous affaiblira dans les négociations de 2019. Nous voyons cette tendance depuis des années et nous avons enfin commencé à l’inverser ces 5 dernières années ».

« Et puis, pour qu'une grève soit efficace, il vous faut le soutien du public. Je ne crois pas que nous l’aurions. Dans de nombreux cas déjà, il nous considère comme surpayés, paresseux et cupides. Quand les médias commenceront à informer des gains économiques que nous avons rejeté, croyez-vous vraiment qu’ils vont nous soutenir »?

En réalité, une lutte des travailleurs de GM obtiendrait un large soutien non seulement de Fiat Chrysler, Ford et d'autres ouvriers de l'automobile, mais aussi de la grande masse des travailleurs qui, comme eux, ont subi des attaques incessantes sur leurs emplois, salaires, soins de santé et retraites, alors que les profits des sociétés et les marchés boursiers mondiaux s’envolaient. Une telle lutte gagnerait aussi le soutien des ouvriers de l'automobile du Canada, du Mexique et d'autres pays, eux aussi écoeurés par l'attaque des emplois et des salaires par les géants mondiaux de l'automobile.

Parce que l'UAW ne mènera jamais une telle lutte, les travailleurs de la base doivent prendre eux-mêmes cette bataille en main. Le Bulletin des travailleurs de l'automobile du WSWS exhorte les travailleurs à élire des comités d'usine pour unir dans une lutte commune tous les travailleurs – premier et second rang, intérimaires, salariés de GM Components Holdings et de GM Subsystems, et vacataires. Cette lutte doit rassembler tous les ouvriers de l'automobile et ceux d'autres secteurs: sidérurgie, télécommunications, poste, enseignement, et autres salariés des municipalités et de l’Etat.

Les travailleurs de GM sentent profondément qu'ils doivent se battre pour récupérer les acquis volés durant la faillite de 2009. Un ouvrier du premier rang, de la quatrième génération, de l'usine de montage d'Orion, Michigan, a dit au Bulletin du WSWS, « Je suis ici depuis 15 ans et ces 13 dernières années je n’ai eu aucune augmentation, j’ai renoncé à l’indemnité indexée sur l’inflation, et nous n’avons rien. Cet accord tout entier n’est pas pour nous, une augmentation pourrie de six pour cent [sur quatre ans] pendant que la direction licencie et se débarrasse des gens les mieux payés ».

« L'UAW est comme la compagnie Walmart. Il n’est plus pour les gens, il est pour la compagnie. L'UAW n’aurait jamais dû accepter les différents niveaux, et maintenant, quand ils disent que les travailleurs [de second rang] recevront le salaire maximum après huit ans, les travailleurs sont censés leur dire merci. Mais l'égalité des salaires faisait partie du fondement du syndicat ».

« A Lake Orion il y a tant de « contrats silencieux » parce que nous construisons des petites voitures. J’ai toujours dit que cette usine était comme un grand projet pilote; ce qu'ils font ici, ils le développeront dans chaque usine. Tout est ultra-secret, divers contrats dont personne ne sait rien. Depuis la réouverture de l’usine, 60 pour cent de la main d’œuvre est du second rang, et beaucoup chez GM Subsystems et différents vacataires gagnent $15 ou moins de l’heure et payent toujours les cotisations syndicales avec des prestations de merde et aucune représentation. »

« Quand les ouvriers ont demandé au représentant syndical national à la réunion de parler de toutes les choses cédées pendant la faillite – l’indemnité indexée sur l’inflation, l’obligation de prendre deux semaines de congé pendant la fermeture annuelle, la politique d’absentéisme, et le reste – sa seule réponse a été qu’« on ne pouvait pas les ravoir ».

«J’ai eu huit opérations aux mains et aux poignets, mes deux coudes ont été reconstruits et je rêve de pouvoir quitter la chaîne de montage après 25 ans pour un emploi moins stressant. Mais maintenant, tous ces emplois ont été confiés aux sous traitant pour quelques sous. Nous sommes les dinosaures mieux payés dont ils veulent se débarrasser ».

« Il est difficile de dire comment ira le vote. L'UAW a écartelé notre usine avec le système des multiples niveaux. Ils veulent voir les travailleurs se battre entre eux. Ensuite, ils veulent que vous regardiez la prime à la signature de $8 000 comme quelque chose de sensationnel. Mais après retrait des taxes et cotisations syndicales, elle vaudra plutôt $3 000 ».

A la réunion d'information à Lordstown, Ohio, un ouvrier a dit, « Quiconque a un peu de cervelle rejettera cet accord. Ils pensent qu'ils peuvent nous acheter avec quelques dollars ».

Un intérimaire était indigné par le contrat. « Cela veut dire qu'ils peuvent nous garder comme intérimaire encore huit ans. Nous faisons le même travail mais payés moins et avec des prestations minables. Nous avons trois jours de repos. Et si on se met en maladie ils nous virent ».

« Pour quelqu'un qui a été travailleur temporaire 30 mois, le contrat signifie qu'ils peuvent le laisser temporaire pendant plus de dix ans. Ils s’imaginent qu'ils peuvent nous forcer à tout parce que nous voulons des emplois ».

Un autre travailleur de Lordstown était en colère contre la continuation du système à deux vitesses. « Ils disent que cela va mettre tout le monde au même niveau dans huit ans, mais dans quatre ans il y a un nouveau contrat et tout cela peut être annulé ».

Un travailleur de premier rang avec 36 ans d'ancienneté a dit: «Quand j’ai débuté, je gagnait $7,10 de l'heure et il nous fallait trois ans pour arriver au taux supérieur et nous avions tous les mêmes prestations. Cela me rend malade de voir qu'ils développent le système à deux vitesses au lieu de l'éliminer. Nous devrions aller de l'avant, pas reculer ».

(Article paru en anglais le 3 novembre 2015)