Volkswagen profite de la crise des émissions de CO2 pour imposer des coupes drastiques

Par Ulrich Rippert
14 octobre 2015

Mardi, lors d’une assemblée générale extraordinaire des salariés de la principale usine Volkswagen à Wolfsburg, le directeur général de l’entreprise, Matthias Müller, a annoncé une restructuration radicale de la société.

S’exprimant devant plus de 20.000 salariés, Müller a dit que les conséquences de la manipulation des émissions de CO2, révélée récemment, pour la politique et les finances de l’entreprise ne pouvaient pas encore être évaluées. Si 6,5 milliards d’euros avaient été mis de côté au troisième trimestre, « ce montant sera insuffisant » a dit Müller. De plus, il faudra s’attendre à « de grosses amendes » et à « des demandes d’indemnisation ».

Toutes les dépenses et tous les coûts devaient donc être revus et, autant que possible, réduits. Ceci « ne se fera pas sans douleur, » a expliqué l’ancien patron de Porsche qui a été nommé il y a tout juste deux semaines à la tête de VW pour succéder à Martin Winterkorn.

Müller est connu pour être un « réformateur décidé » a écrit Spiegel Online. Les qualifications pour être à la tête du plus grand constructeur automobile européen lui viennent du rôle joué chez Porsche où il a fait progresser le chiffre d’affaires de 15 pour cent. Chez VW, il prend désormais la responsabilité d’une tâche allant bien au-delà des mesures appliquées chez Porsche. La « crise existentielle » qui a résulté de la manipulation des tests d’émissions doit servir à restructurer l’ensemble de l’entreprise aux dépens des travailleurs pour la rendre plus rentable.

Depuis longtemps, les investisseurs se plaignent que les profits de Volkswagen, notamment ceux de sa marque principale, VW, sont trop faibles. Ce sont les activités de la société en Chine, où Volkswagen a vendu davantage de véhicules qu’en Europe ces dernières années, qui ont assuré croissance et profits. Cela est sérieusement menacé par la crise économique en Chine.

Porsche faisant également partie de Volkswagen, Müller a débuté son discours en déclarant, « Volkswagen est aussi mon chez moi. » Il a poursuivi, « Ceci me lie au docteur Winterkorn, que je remercie de tout le travail qu’il a fait pour Volkswagen au cours des trois dernières décennies. » Un comble pour de nombreux travailleurs, car il devient de plus en plus évident que l’ancien patron de VW porte la principale responsabilité dans la manipulation des émissions.

Commentant le discours de Müller, le journal Süddeutsche Zeitung écrit, « Les grands patrons ont tendance à présenter les choses plus positivement qu’elles ne le sont en réalité. » Si Müller parlait à présent de souffrances inévitables pour les travailleurs, il s’agissait là d’une déclaration extraordinaire. « Cela veut dire: maintenant chers collègues, passons aux choses sérieuses. » La déclaration de Müller signalait un « changement culturel majeur » chez VW.

Le syndicat IG Metall et les comités d’entreprise jouent un rôle clé dans la restructuration prévue du groupe. Dans un discours de près d’une heure au début de la réunion, le président du comité d’entreprise, Bernd Osterloh, a demandé aux travailleurs de collaborer étroitement avec la direction du groupe. Durant la réunion, les comités d’entreprise et les représentants syndicaux se sont comportés comme des chefs de claque pour Müller et la direction. Quand Müller est allé faire son discours, les membres du comité d’entreprise l’ont salué par de longs applaudissements.

Les responsables syndicaux ont distribué des milliers de t-shirts avec le slogan « VW: une équipe, une famille » qui apparaissait aussi sur les pancartes et les autocollants. Cette campagne de soutien à la direction, qui est directement impliquée dans les machinations criminelles de la manipulation des émissions, prépare la voie à des coupes et des licenciements importants.

En octobre de l’année dernière déjà, lorsque la question principale posée était comment VW pourrait être rendu plus efficace, les comités d’entreprise avaient soumis à la direction leur propre proposition de 400 pages visant à économiser €5 milliards dans la marque principale de VW. Depuis, la coopération entre les comités d’entreprise, l’IG Metall et la direction de l’entreprise s’est encore renforcée.

Lorsque le conflit avait éclaté au début de cette année entre l’ancien PDG Winterkorn et le principal actionnaire Ferdinand Piëch, l’IG Metall et les comités d’entreprise s’étaient rangés de manière ostentatoire derrière Winterkorn. Suite à la démission de Piëch, l’ancien dirigeant de l’IG Metall, Berthold Huber, avait assumé le rôle de président du groupe

Huber dirigeait donc l’instance de pouvoir de la société, le présidium du conseil de surveillance. Trois représentants syndicaux (dont Huber, le président du comité d’entreprise Osterloh et son adjoint Stefan Wolf) et un syndicaliste aligné sur les sociaux-démocrates (Stefan Weil, ministre-président du Land de Basse-Saxe, qui représente l’Etat en tant qu’actionnaire) contrôlaient une majorité votante.

A sa réunion de mercredi, le directoire de VW a nommé l’ancien directeur financier Hans-Dieter Pötsch au poste de président. Mais Pötsch, membre de longue date du directoire n’est pas exempt de tout soupçon d’agissements criminels concernant la manipulation des émissions et ne dirigera pas l’enquête interne menée sur le scandale. Le presidium du conseil de surveillance a constitué sa propre commission qui sera présidée par l’ancien dirigeant syndical Huber.

Huber avait joué un rôle déterminant dans la restructuration de Siemens. Le dirigeant de l’IG Metall fut aussi président adjoint du conseil de surveillance de la plus grande compagnie d’électronique allemande. « Il s’est montré l’un des plus importants et des plus infatigables enquêteurs, avec le président de Siemens, Gerhard Cromme, » a dit de lui le Süddeutsche Zeitung. Il a été impliqué dans les décisions qui ont entraîné la suppression de 130.000 emplois.

(Article original paru le 9 octobre 2015)