L'UAW annonce un accord de dernière minute avec Fiat Chrysler annulant la grève

Par Joseph Kishore
9 octobre 2015

Le syndicat américain des travailleurs de l’automobile, United Auto Workers (UAW), a annoncé jeudi soir qu’il a conclu un nouvel accord de principe avec Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et a immédiatement annulé toute grève. Les travailleurs ont été informés quelques minutes avant minuit à la date limite que l’UAW avait décidée mardi. 

Le Conseil de l’UAW, composé de représentants syndicaux des unions locales FCA dans tout le pays, se réunira à Detroit vendredi matin pour ratifier l’accord. L’accord sera ensuite envoyé aux syndicats locaux pour un vote des membres.

Même avant que les détails de la transaction soient communiqués, il ne fait aucun doute que c'est une capitulation complète, seules des modifications mineures seront apportées au contrat rejeté de manière écrasante par les travailleurs de FCA la semaine dernière. Sergio Marchionne, le PDG de FCA et Dennis Williams, président de l’UAW, ont clairement fait comprendre dans la foulée du vote écrasant pour le « non » qu’il n’y avait pas meilleure offre sur la table. Williams et l’UAW ont maintenant reçu leurs ordres de la FCA : faire adopter de force ce contrat, quels que soient les moyens utilisés.

« Le préavis de grève » de l’UAW annoncé mardi était conçu dès le début comme une manœuvre cynique visant à reprendre le contrôle de la situation après le rejet par 65 pour cent des votants de l’accord initial, annoncé à la mi-septembre. Surpris par la réponse des travailleurs, qu’ils n'avaient ni prévue ni désirée, l’UAW a cherché en urgence un moyen de surmonter cette opposition.

L’UAW va maintenant rassembler tous les outils à sa disposition pour faire passer l’accord aussi rapidement que possible, y compris les mensonges, les menaces, l’intimidation et la propagande anti-socialiste. On ne peut rien croire de ce que disent l’UAW ou les médias bourgeois sur cet accord. L’UAW mène une guerre psychologique contre les travailleurs de l’automobile en tentant de semer la confusion et de les épuiser.

La réaction des travailleurs sur Facebook a été rapide et généralement enragée. « Cela ressemble à un autre accord de m**de à l’horizon ! » écrit l’un. D’autres ont commenté : « Je suis sûr que c’est le même contrat » ; « J'ai hâte de voir ces conneries » ; « Je viens de lire que ce pourrait être le même accord juste formulé différemment. »

Répondant à un message sur la page des discussions de l'UAW-Chrysler sur Facebook, proclamant que le comité de négociation avait obtenu « des gains significatifs garantis » dans l’accord, un travailleur a écrit : « Je pense que les mots “des gains significatifs” étaient déjà utilisés pour le 1er accord de principe qu’ils nous ont donné... »

Des commentaires similaires sont apparus sur la page Facebook de l’UAW. « Il est probable que tout ce qu’ils ont offert ce soir ne suffit toujours pas, juste un autre effort de dernière minute pour éviter un arrêt du travail ». Un autre travailleur a écrit : « Je sens que c’est le même contrat... reformulé, » écrit un autre. « Ils ne veulent pas d’une grève. Voilà tout. »

Depuis mardi, quand il a déposé « le préavis de grève », l’UAW n'a plus rien dit de plus aux travailleurs. Dans un communiqué sur Facebook mercredi soir, la confédération de l’UAW écrit : « Les négociateurs gardent aussi la négociation confidentielle afin que les rumeurs ne se propagent pas sur le lieu de travail (où travaillent aussi les superviseurs !)et des stratégies sensibles restent secrètes pour obtenir le meilleur accord de principe pour les membres. »

L’argument selon lequel ne rien dire aux travailleurs serait nécessaire pour empêcher que des informations parviennent aux superviseurs est absurde, puisque la société a déjà accès à tout ce qui se passe dans les négociations. La conspiration du silence ne vise qu'un seul camp : les travailleurs de l’automobile eux-mêmes.

Ce communiqué est intervenu seulement deux jours après que le vice-président de l’UAW, Norwood Jewell, a publié une déclaration, implorant les travailleurs de ne demander des informations qu'à l’UAW. « Je voudrais demander à vous, nos membres, d’obtenir les faits de votre direction, vos élus, sur le site Web UAW.org, ou la page Facebook de la confédération de l’UAW. »

Dès le début des discussions contractuelles, l’UAW a continué à jouer le rôle d’une force de police du travail pour les entreprises. Ce n’est un syndicat qu’en nom. En fait, il est totalement intégré dans les structures de gestion de l’entreprise. L’UAW fonctionne comme une entreprise à part entière, dont le seul intérêt est de défendre les salaires de ses propres cadres tout en supprimant la résistance de la classe ouvrière.

L’UAW n’a pas participé à des négociations dans le sens conventionnel du terme dans cette discussion avec FCA. Dans les mois précédant l’expiration du contrat, l’UAW n’a émis aucune demande, n’a pas choisi d’objectifs pour une grève, et n’a organisé aucun préparatif d'une grève nationale.

Le Président de l’UAW Dennis Williams a signalé une entente de principe avec FCA, lors d’une conférence de presse conjointe le 15 septembre avec Marchionne, un jour après avoir annoncé que la FCA était la société cible dans les négociations avec les trois grandes compagnies automobiles : Ford, GM et FCA. Marchionne et ses avocats ont écrit le contrat et ont confié la tâche de le vendre à l’UAW.

L’UAW a pensé qu’il pourrait forcer l’adoption du contrat sur la base de « points forts » bidons et de la campagne de mensonges des médias bourgeois sur les travailleurs qui gagneraient « beaucoup d’argent. » Mais une chose dans ce plan a cloché : une main-d’œuvre bien informée et militante qui était déterminée à récupérer les pertes des années de concessions accordés aux patrons par l’UAW.

Les travailleurs ont fait voler le monopole de l’UAW sur l’information en éclats avec Facebook et d’autres médias sociaux, échangeant des informations du Bulletin du travailleur de l’automobile du WSWS et d’autres sources. Ils ont réagi avec colère à l’approfondissement par le contrat du système de salaires à deux échelles, son attaque des droits à la santé pour les travailleurs actuels et d'autres mesures.

Le vote du « non » a été suivi par une vague de dénonciations des « médias sociaux », terme par lequel l’UAW et les médias entendent la capacité des travailleurs à échanger des informations et discuter du contrat indépendamment. Se référant en particulier au Bulletin du travailleur de l’automobile, Williams, incapable de faire adopter l’accord, a pesté contre « des groupes extérieurs » qui « font remuer les gens ».

De nouvelles négociations ont été annoncées, à nouveau sans qu’aucune exigence ne soit présentée.

Si l’UAW avait appelé à une grève, ç’aurait été avec l’intention d’isoler et d’épuiser l’opposition. Au cours des deux derniers jours, l’UAW a dit aux travailleurs que les grévistes ne seraient payés que 200 dollars de salaire par semaine provenant du fond de grève de l’UAW qui vaut plus de 600 millions de dollars. L’UAW a évidemment décidé, cependant, que même une grève limitée pourrait échapper à son contrôle et se développer en une lutte plus large des travailleurs de l’automobile contre FCA, Ford et GM.

Maintenant qu’un nouvel accord a été proclamé, l’UAW va tenter une répétition, en espérant qu'en réorganisant des paragraphes, en apportant des modifications mineures, ou en augmentant la prime à la signature, il réussira à forcer l’adoption du contrat. Cela sera sans aucun doute complété par un chantage aux emplois.

Cette traîtrise de cette organisation tout à fait hostile aux travailleurs doit être repoussée. La puissante opposition à cet accord de vendus a perturbé le plan initial de l’UAW. L’élan et la vigilance des travailleurs doivent maintenant passer à la prochaine étape par l’organisation de comités d’usine dans toutes les usines de l’entreprise, l’approfondissement des liens entre les différentes sections de travailleurs FCA, l’entrée en contact avec les travailleurs de GM et Ford et la préparation d'une lutte sérieuse contre les constructeurs automobiles et leurs agents de l’UAW.

(Article paru en anglais le 8 octobre 2015)