De la science, pas de la propagande de guerre à l'Université Humboldt!

Par Etudiants jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (Allemagne)
17 octobre 2015

Le 13 octobre, la nouvelle année universitaire a commencé à l’Université Humboldt de Berlin, et les organisations étudiantes ont pu participer à un « Marché d’Infos ». Les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (EJIES) ont accueilli les nouveaux étudiants avec le tract suivant. 

Chers nouveaux étudiants,

Les interventions militaires menées par les grandes puissances ont laissé en ruines, au Moyen-Orient, des sociétés entières. Le conflit syrien risque de mener à une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Russie. Les réfugiés désespérés qui cherchent à échapper à ces guerres, pour lesquelles l’Allemagne est en partie responsable, sont bloqués aux frontières de l'Europe, entassés dans des camps inhumains ou poussés à trouver la mort en mer Méditerranée. 

L'Université Humboldt est au cœur de ces développements. Les étudiants qui s’opposent à la politique de guerre du gouvernement et qui sont solidaires des réfugiés se trouvent immédiatement en conflit avec la direction de l’université et certains professeurs. Vous n'entrez pas dans un temple d'érudition, mais dans un champ de bataille politique. 

À cet égard, l’Université Humboldt a une histoire longue et très variée. Il n’y a pas que des scientifiques et des philosophes exceptionnels comme Hegel et Einstein qui ont enseigné ici, mais aussi « Le juriste officiel du Troisième Reich » Carl Schmitt. Karl Marx a étudié ici, mais l'université a également été le lieu où fut fondée l'Union des Étudiants nationaux-socialistes en 1926 et celui du tristement célèbre autodafé de livres en 1933. 

Aujourd’hui, des cercles influents cherchent une fois de plus à transformer l’Université Humboldt en un terrain de formation géré par l’État pour la promotion d’idéologies droitières et militaristes. Que cette campagne réussisse, ou que l’université demeure un lieu d' d’études et de recherches, dépend de nos actions. 

Un rôle de premier plan dans cette entreprise est joué par les professeurs Herfried Münkler (Théorie politique) et Jörg Baberowski (Histoire de l’Europe de l’Est). Pas une semaine ne passe, et souvent pas un jour, sans qu'au moins l’un d’eux ne parle publiquement. 

Münkler prône la politique de grande puissance allemande dans des livres, des articles de presse et des interviews. Il insiste sur l'idée que l'Allemagne devrait jouer le rôle de «puissance hégémonique » imposant la « discipline » en Europe. Il soutient l'exigence du gouvernement de mettre «fin à la contrainte militaire» et mène une polémique contre une «vision du monde, selon laquelle l'abstention et l'attente, plutôt que l'intervention, seraient la clé d'un monde plus pacifique. » 

Baberowski a minimisé les crimes du national-socialisme (nazisme). Il y a dix-huit mois dans Der Spiegel, il professait son soutien à l'historien allemand Ernst Nolte, l'apologiste tristement célèbre des nazis. Baberowski a déclaré qu'Hitler n'était « pas un psychopathe » et n'était «pas cruel ». Dans ses livres, il présente les crimes de guerre allemands à l'Est comme une réponse à « la violence bolchevique» et nie que l'idéologie nazie en porte la moindre responsabilité. 

En octobre 2014, Baberowski a appelé à utiliser, pour lutter contre les groupes islamistes, des méthodes qui violent l'ensemble du droit international. Ses mots exacts étaient : « Et si vous n’êtes pas prêts à prendre des otages, brûler des villages et pendre les gens et répandre la peur et la terreur, comme le font les terroristes, si vous n'êtes pas prêts à telle approche, vous ne gagnerez pas, alors nous devrions laisser tomber. » 

En même temps, Baberowski opère ouvertement comme un agitateur politique et se sert de son poste à l’Université Humboldt pour créer un mouvement d’extrême-droite. Dans de nombreux articles et interviews, entre autres dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, leTages-Anzeiger suisse, le Neue Zürcher Zeitung et le journal Presse autrichien, et lors d’une réunion de l'Union chrétienne-sociale en Bavière, Baberowski s'est exprimé contre l'admission des réfugiés en Allemagne. 

Il appelle à la fermeture des frontières, fulmine contre « le discours d'une culture [allemande] d'accueil » et affirme qu'il y a trop d'immigrés provenant de cultures étrangères et qu'ils sont en train de détruire les fondements de la société. Attaquant le gouvernement de droite, il se plaint que l'Allemagne a «abandonné sa souveraineté nationale et remis la décision au sujet de qui peut venir et qui peut rester aux mains des immigrants illégaux ». La chancelière fermerait « les yeux devant la catastrophe qu'elle a causée », et aurait violé « son serment d’investiture ». 

Reprenant la rhétorique du mouvement d’extrême-droite Pegida, Baberowski a proclamé que les médias avaient transformé l’Allemagne en un « royaume de moralistes », dans lequel « la prudence et la raison » étaient prohibées. Les critiques « qui élèvent leur voix contre la folie vertueuse » seraient exclues du débat sur ​​l’immigration par « les autorités ». 

Le Parti national allemand (NPD) fasciste a reconnu en Baberowski une âme sœur. Ses articles sont cités avec approbation sur les pages Facebook du NPD. Le journal mensuel du parti Deutsche Stimme (Voix allemande) a consacré son dernier numéro à un article défendant Baberowski contre ses critiques de gauche. 

Il revient à nous, étudiants, d’empêcher la transformation de l’Université Humboldt en un centre d’idéologie de droite. L’administration de l’université et les professeurs ne le feront pas. Ils ont soutenu Baberowski et Münkler.

L’EJIES a publiquement critiqué les positions de droite de Baberowski l’année dernière. Nous l’avons fait dans ​des tracts et dans un certain nombre de réunions très suivies. L’administration de l'université y a réagi par la censure, l'intimidation, la diffamation et la mobilisation de la presse bourgeoise.

Le professeur Peter Burschel du Département d'histoire et le président de l'Université le Professeur Jan-Hendrik Olbertz ont publié des déclarations officielles nous accusant de « calomnie » et de mener une « campagne de diffamation », sans produire aucune preuve pour appuyer leurs affirmations. Ils ont appelé les enseignants et les étudiants à s'opposer à la «campagne » de l’EJIES. Ces déclarations restent sur ​​le site web de l'université, malgré des demandes répétées que l'administration répudie cette attaque contre la liberté d'expression et qu'elle les supprime. 

Les médias ont également soutenu Baberowski et Münkler. Des dizaines d'articles condamnent la critique de leurs points de vue de droite comme de la «vulgarité » et de l'«intimidation ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a même lié cette critique à « des menaces d’attentats et des appels au meurtre ». L'administration de l'université n'a pas défendu les étudiants contre cette agitation, mais y a pris part. 

Évidemment Baberowski s’est senti renforcé et encouragé par ce soutien rendant publiques ses positions xénophobes. Tout ce que l’EJIES a dit et écrit sur ​​lui est confirmé par les faits. Chacun peut le vérifier par lui-même. Les articles, les déclarations et les discours que nous avons produits dans le cadre de ce différend sont documentés dans le livre Science ou propagande de guerre ?

Nous ne nous sommes pas laissé intimider par cette campagne de diffamation. En janvier, en dépit de la campagne de l'administration de l'université, l'EJIES a remporté un siège au parlement étudiant. En juin, à l'initiative de l'EJIES, le parlement étudiant a adopté, à une grande majorité, une résolution qui désapprouvait les attaques de l'administration, de l'université et de l'Institut d'Histoire et invitait les étudiants « à s’exprimer politiquement, à remettre en question la domination et […]à s’opposer aux tendances qui banalisent l'histoire inhumaine de l'allemagne. »

Le conflit ne fait que commencer. Avec le développement de la guerre au Moyen-Orient et le déploiement de l’OTAN contre la Russie, les élites dirigeantes s’activent de plus en plus pour la renaissance du militarisme allemand. Le capitalisme est dans une crise profonde dans le monde entier. Afin de supprimer les luttes sociales et l'opposition à la guerre, ils ont à nouveau besoin d'un mouvement de droite fort. 

Ceux qui sont résolus à empêcher que l'Université Humboldt ne se transforme en un centre du militarisme, de la xénophobie et de l'idéologie de droite doivent soutenir la lutte de l’EJIES. Nous invitons tous les étudiants à prendre contact avec l’EJIES, à participer à nos réunions, à consulter notre site Web (iysse.de) et à lire le World Socialist Web Site (wsws.org). 

En tant qu’organisation des jeunes et étudiants du Parti de l’égalité socialiste et du Comité international de la Quatrième Internationale, nous travaillons étroitement avec nos organisations sœurs à travers le monde. 

L'EJIES de l’Université Humboldt