General Motors affiche des bénéfices record dus aux réductions de coûts et à la restructuration de la société

Par Jerry White
23 octobre 2015

Au moment où les dirigeants du secteur automobile, les médias et le syndicat UAW (United Auto Workers) insistent pour que les travailleurs acceptent, avec les nouveaux contrats de quatre ans, une nouvelle attaque historique, General Motors annonçait une hausse de 40 pour cent de ses bénéfices au troisième trimestre. 

Dépassant les attentes de Wall Street, GM a engrangé $1,36 milliard de bénéfice net au troisième trimestre, principalement grâce à des marges records de profit en Amérique du Nord. Le troisième constructeur automobile du monde a enregistré un record post-faillite de $3,1 milliards en bénéfices d'exploitation. Cela exclut les coûts du service de la dette et une déduction de $1,5 milliard pour les règlements juridiques découlant de sa dissimulation de défauts mortels du commutateur d'allumage. 

Ford et Fiat Chrysler devraient annoncer leurs bénéfices pour le troisième trimestre la semaine prochaine. 

Le bilan a été publié alors que les 40.000 travailleurs de Fiat Chrysler votaient sur un deuxième accord au rabais appuyé par l'UAW. Celui-ci a pour but de créer un salaire inférieur permanent à travers l'industrie automobile, une fois que les travailleurs plus âgés, mieux payés, seront chassés par des licenciements, l'accélération des cadences et des départs à la retraite forcés. L'UAW n'a fait que reformuler l'accord après que les travailleurs ont voté « non » à deux voix contre une plus tôt ce mois-ci.

Avertissant de l'opposition et de la colère des travailleurs de l'automobile, Arthur Schwartz, consultant du travail et ancien négociateur de GM, a déclaré: «Si [les membres de l'UAW] ne votent pas pour cela, alors leurs attentes sont trop irréalistes et je ne sais pas s'ils peuvent obtenir un contrat chez Chrysler ".

Alors que toute une génération de travailleurs de l'automobile ne peut se permettre d'acheter les voitures qu'elle construit, les patrons de l'automobile et leurs alliés de Wall Street n'ont pas eux, de telles limites à leurs « attentes ».

L'année dernière, la PDG de GM Mary Barra a engrangé $16,2 millions, le PDG de Fiat Chrysler Sergio Marchionne $72 millions et l'ancien patron de Ford Alan Mulally a reçu, en argent, actions et avantages, une indemnité de retraite de $300 millions.

Wall Street a fait mieux, surtout après que l'ancien membre de la ‘Task Force’ Auto d'Obama et actuel gestionnaire de fonds de couverture, Harry Wilson, a persuadé GM de dépenser 10 des $25 milliards de son trésor à des rachats d'actions et des dividendes pour les plus riches investisseurs de la société.

Après le compte-rendu des bénéfices mercredi, les actions de GM ont grimpé de près de six pour cent. L'analyste de Crédit Suisse Dan Galves a dit dans une note que GM pouvait envisager une année 2016 beaucoup plus forte que prévu, ajoutant que la compagnie fait des progrès significatifs dans ses réductions de coûts. Les investisseurs doivent s'attendre à cet égard à « des mesures supplémentaires ».

Ces derniers dix ans, GM a réduit drastiquement, de 86.000 à 50.000, le nombre de travailleurs américains de l'entreprise payés à l'heure. Aidé par l'UAW, il a mis en place un brutal programme de réduction des coûts: gel des salaires de dix ans pour les travailleurs âgés; rémunération de ceux embauchés après 2007 à la moitié des salaires; prestations de santé inférieures à celles des travailleurs plus âgés; utilisation élargie de travailleurs temporaires payés encore moins. GM a aussi abandonné ses obligations en matière de soins de santé vis-à-vis de centaines de milliers de retraités et leurs familles après avoir remis argent et actions à un fonds pour les retraités géré par l'UAW.

Les bénéfices d'exploitation de GM en Amérique du Nord étaient de $3,3 milliards pour le trimestre et a atteint $8,3 milliards jusqu'à présent cette année, soit près du double des neuf premiers mois de 2014. Avec des ventes stables de véhicules utilitaires sport (VUS) et de camionnettes très rentables, les marges de profit nord-américaines de GM ont dépassé le taux stupéfiant de11 pour cent au troisième trimestre.

Comme le reste des géants mondiaux de l'automobile, GM a subi l'impact de la crise économique mondiale, de résultats médiocres en Russie et au Brésil menant à des pertes en Europe et en Amérique du Sud. Le ralentissement de la Chine a également conduit à une baisse des ventes. Les constructeurs automobiles réagissent en préparant de nouvelles restructurations de l'industrie automobile mondiale et une nouvelle saignée d'emplois, déjà été mises en route par VW, le plus grand constructeur automobile mondial suite au scandale des émissions.

En raison de la réduction incessante des coûts soutenue par les syndicats, le «rayon de soleil» pour les constructeurs automobiles du monde s’est avéré être les Etats-Unis. Au cours des huit dernières années, les coûts du travail « combinés » par véhicule pour GM, Ford et Chrysler ont chuté de moitié, passant de $4322 en 2007 à $2215 en 2014. Les coûts du travail de Fiat-Chrysler sont les plus bas à $1771 par véhicule.

Cet assaut s’est accéléré avec la faillite organisée et la restructuration de GM et Chrysler par le gouvernement Obama en 2009. Avec l'aide de l'UAW, les financiers de Wall Street dans la Task Force Auto du président ont développé le système de salaires et prestations sociales à deux vitesses, aboli la rémunération des heures supplémentaires après huit heures, et éliminé les indemnités pour les travailleurs mis au chômage technique.

L'UAW et le gouvernement Obama prétendaient que c’étaient des mesures temporaires et qu'il y aurait une « prospérité partagée » dès la reprise économique. En fait, les bas salaires, la précarité des emplois à temps partiel et temporaires est devenue la «nouvelle norme» non seulement pour les travailleurs de l'automobile, mais pour les travailleurs de l'économie américaine tout entière.

Depuis, le gouvernement Obama a fait que pas un des hauts dirigeants de GM ne soit tenu responsable des décisions criminelles ayant conduit à la mort de dizaines, sinon de centaines de conducteurs, dû à leur refus de remplacer les systèmes d’allumage défectueux et leur volonté d’étouffer l’affaire. La mise en faillite de GM l’a libéré des poursuites judiciaires antérieures à 2009 et l’amende du ministère de la Justice n’était qu’une petite rérpimande de $900 millions, deux jours seulement de son chiffre d’affaires de 2014.

Dans une nouvelle étape de la guerre de classe contre les travailleurs de l'automobile, la classe dirigeante américaine cherche à parachever la destruction de tout ce qui reste du « bon » niveau de vie des travailleurs de GM, Ford et Fiat Chrysler. Les PDG de GM et de Ford ont dénoncé comme «trop riche», le premier accord conclu entre Fiat Chrysler et l’UAW, selon le Wall Street Journal.

En plus de réduire le salaire horaire de façon permanente dans toute l'industrie, Fiat Chrysler et les autres constructeurs automobiles travaillent à un plan qui verrait les prestations de santé remises à une «coopérative» gérée par l’UAW et qui réduirait les prestations actuelles des travailleurs comme l’UAW l'a fait pour les retraités. Cela est entièrement appuyé par le gouvernement Obama qui a fait du transfert des coûts de santé et des régimes de retraite des employeurs vers les travailleurs une pièce maîtresse de sa politique économique.

Après l'échec retentissant de son premier accord de capitulation avec Fiat Chrysler, l'UAW utilise le chantage économique, une campagne de propagande mensongère concoctée par son cabinet de relations publiques surpayé et la calomnie contre ses adversaires afin d’imposer les diktats des entreprises et de Wall Street. L'UAW, qui reste le principal actionnaire de GM, a un intérêt financier direct à accroître l'exploitation des travailleurs, stimuler les bénéfices des sociétés et raccourcir l'espérance de vie des travailleurs retraités.

La semaine dernière, la Vice-Présidente de l'UAW Cindy Estrada, responsable des négociations avec GM, a transmis aux travailleurs le message menaçant qu'il y avait « beaucoup d'enjeux dans ces négociations et le processus de ratification: la sécurité de l'emploi, l’attribution des produits aux différents sites, et la sécurité du revenu ». Autant de mots-codes pour avertir les travailleurs de GM de ne pas suivre l’exemple de leurs frères et sœurs de Fiat Chrysle, et demander « trop ».

Estrada, qui a accordé son plein soutien au détournement de $10 milliards de GM vers Wall Street, est ensuite passée à l’action pour calomnier l’Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs de l'automobile) du World Socialist Web Site, qui a donné une voix et une direction à la résistance des travailleurs de l'automobile contre les trahisons de l'UAW.

«Je veux vous remercier d’être restés raisonnables et de n’avoir pas permis que des gens de l'extérieur comme ceux du Right to Work [Droit au Travail, lié aux Républicains de droite] détournent ce processus de négociation et nous divisent. Facebook et les médias sociaux sont formidables... et nous encourageons le débat et la discussion robustes qu’ils permettent... J’ai entiére confiance que nos membres sont conscients de ceux sur l'Internet qui cherchent à utiliser les discussions publiques des membres pour nous diviser. Il est important que nous restions unis et solidaires contre ces forces anti-syndicales qui se présentent comme des amis de travailleuses et les travailleurs ».

Ces commentaires suivent la dénonciation par le président de l'UAW, Dennis Williams, de «groupes extérieurs » pour avoir « rameuté » les travailleurs et une lettre de l'avocat principal de la section de Detroit Metro de l’AFL-CIO citant le WSWS comme un « vautour de l’extérieur ».

Les milliers de travailleurs de l'automobile qui se tournent vers l’Autoworker Newsletter du WSWS savent que la tentative d'assimiler ce bulletin aux républicains de droite n’est rien d’autre qu'une ignoble calomnie. C'est l'UAW qui fonctionne comme syndicat jaune et un outil de la direction et du gouvernement Obama et « se présente comme des amis des travailleuses et des travailleurs ».

(Article paru en anglais le 22 octobre 2015)