L'EJIES allemande condamne la censure à l'Université de Melbourne

Par Philipp Frisch et Sven Wurm
2 octobre 2015

L'EJIES en Allemagne a écrit à la commission de la vie sociale [Clubs & Societies Committee - C&CS] de l'Université de Melbourne pour exiger qu'elle revienne sur son refus d'affilier les Étudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (EJIES) et pour défendre, comme principe démocratique élémentaire, le droit des étudiants à la liberté d'expression et d'association. Comme l'explique ce courrier, l'EJIES lutte dans les universités allemandes, en particulier à l'Université Humboldt de Berlin, contre les tentatives de réécrire l'histoire et de minimiser les crimes passés de l'impérialisme allemand afin de justifer idéologiquement le retour du militarisme.

Nous demandons aux membres et aux sympathisants de l'EJIES, ainsi qu'aux lecteurs du WSWS, en Australie et partout ailleurs, à continuer d'envoyer des courriers. Les courriers de protestation peuvent être envoyés à Stephen Smith et à Claire Pollock, les responsables de la C&CS de l'Université de Melbourne à l'adresse clubs@union.unimelb.edu.au ainsi qu'à Hana Dalton, secrétaire générale de l'université, à l'adresse secretary@union.unimelb.edu.au.

Veuillez envoyer des copies de tous les courriers à l'EJIES à l'adresse iysseaus@gmail.com. Une sélection de ces courriers sera publiée sur le World Socialist Web Site.

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Chers Stephen Smith et Claire Pollock,

Chère Hana Dalton,

Au nom des Etudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (EJIES) en Allemagne, nous vous écrivons pour opposer votre dernière mesure contre l'EJIES à l'Université de Melbourne et votre attaque contre les droits démocratique des étudiants.

Nous avons suivi de près vos actions de censure politique, qui visent clairement à interdire l'EJIES sur les campus et à empêcher nos camarades et sympathisants d'établir un club dans votre université depuis avril 2014. À ce jour, vous justifiez de ces attaques de la manière la plus mesquine.

Vos arguments sont à la fois absurdes et réactionnaires. Dire que l'EJIES n'est pas autorisée à critiquer un corps élu est un travestissement de la démocratie et peut être utilisé pour étouffer toute opposition aux positions militaristes et de droite du gouvernement Abbott.

Votre décision sert les intérêts de l'impérialisme australien. L'EJIES est la seule organisation à mener une lutte de principe contre la guerre et le militarisme parmi les étudiants et les jeunes. Le gouvernement australien est un proche allié de Washington et soutient son « pivot vers l'Asie ». Pour s'aligner sur la course à la guerre de Washington, Canberra intensifie ses attaques contre les droits démocratiques et contre ceux qui s'opposent à cette grave menace qui pèse sur l'humanité.

Nous avons été témoins de développements similaires en Allemagne. Après la fin déclarée de la « politique d'abstention militaire » à la fin 2013, Berlin est intervenu en Ukraine, en Irak, au Mali et dans de nombreux autres pays. Berlin reprend ainsi ses traditions impérialistes du 20e siècle et, une fois de plus, cherche à dominer l'Europe.

Conscientes de l'opposition populaire à tout déploiement militaire, les élites dirigeantes allemandes tentent de réécrire l'histoire des deux guerres mondiales afin de présenter le rôle de l'impérialisme allemand sous un jour favorable. Les universités d'Allemagne sont de plus en plus transformées en think tanks de la propagande de guerre moderne. Les professeurs de l'Université Humboldt à Berlin jouent un rôle essentiel dans la préparation des bases idéologiques de nouvelles guerres auxquelles participeront des troupes allemandes.

Le politologue Herfried Münkler minimise la responsabilité de l'élite dirigeante allemande dans l'eruption de la Première Guerre mondiale. En 2014, il a déclaré que « il peut difficilement y avoir une politique responsable en Europe qui s'appuyerait sur la notion : tout était notre faute. En ce qui concerne 1914, c'est une légende... » Son collègue, l'historien Jörg Baberowski, a même tenté de minimiser les crimes des nazis. En février 2014 il a été cité dans le magasine Der Spiegel, disant, « Hitler n'était pas un psychopathe, et il n'était pas sadique. Il ne voulait pas que les gens parlent de l'extermination des juifs à sa table ».

Pour s'être opposé à de tels mensonges et distorsions des crimes de l'impérialisme au 20e siècle, l'EJIES en Allemagne fut confrontée à des atteintes à ses droits démocratiques comparables à celles qui ont lieu à l'Université de Melbourne. La direction de l'Université a voulu nous empêcher d'organiser des réunions anti-guerre sur le campus et a déclenché une campagne contre nous. Comme à Melbourne, la direction de l'université était soutenue par certains prétendus représentants étudiants qui faisaient preuve du même mépris que vous pour les droits démocratiques.

Des générations de travailleurs ont lutté pour le droit démocratique fondamental d'avancer des idées contestataires sur les campus et de s'opposer à la guerre et au militarisme. Vous n'avez aucun droit de dévoyer votre fonction et d'inventer des arguments bidon les uns après les autres contre l'EJIES.

Nous avons mobilisé des centaines d'étudiants et de travailleurs de l'Université Humboldt pour défendre notre droit à organiser des réunions et à mener un travail politique sur le campus. Nous avons gagné le soutient du parlement étudiant et d'autres organisations étudiantes. En conséquence, la direction de l'université a dû retirer ses allégations et nous permettre d'organiser notre réunion. Près de 200 personnes y ont participé ; ce fut la plus importante réunion politique à l'Université Humboldt de tout le semestre.

Nous demandons que vous reveniez sur votre interdiction de l'EJIES sur le campus de l'Université de Melbourne et que vous enregistriez immédiatement notre orgnaisation comme un club officiel.

Philipp Frisch et Sven Wurm

EJIES Allemagne

(Article original paru le 11 septembre 2015)