Allemagne: attentat néo-nazi contre la candidate à la mairie de Cologne

Par Peter Schwarz
21 octobre 2015

Samedi, un néo-nazi de 44 ans, Frank S., a tenté d’assassiner la candidate à la mairie de Cologne, Henriette Reker, alors qu’elle faisait campagne à la veille de l’élection.

L’assaillant a poignardé Reker dans le cou à l’aide d’un Bowie knife à lame aiguisée des deux côtés, et lui a infligé des blessures dont elle est presque morte. Il a ensuite agressé quatre passants, blessant gravement l’un d’entre eux.

Les faits montrent que S. était guidé par des motivations xénophobes. Selon le parquet fédéral qui mène l’enquête, S. voulait « envoyer un signal fort en opposition à ce qu’il considérait être un afflux croissant de réfugiés en Allemagne. »

Reker, 58 ans, est conseillère municipale chargée de l’hébergement des réfugiés. Conformément à une proposition des Verts, Reker, une juriste sans étiquette était candidate à la mairie avec le soutien tant de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) que du Parti libéral démocrate (FDP). Sa candidature était destinée à briser la domination politique du Parti social-démocrate (SPD) qui contrôle la mairie depuis six ans.

Reker, qui fut transférée en soins intensifs et placée dans un coma artificiel, a remporté l’élection de dimanche face à six autres candidats, obtenant 53 pour cent des voix. Son rival du SPD, Jochen Ott, a tout juste recueilli 32 pour cent. Reker était déjà favorite avant la tentative d’assassinat.

Ses docteurs ont annoncé qu’elle était hors de danger et des proches estiment qu’elle assurera ses fonctions de maire après sa convalescence.

Celui qui a voulu l’assassiner, Frank S., fut dans les années 1990 soit partisan soit membre du parti néo-nazi allemand FAP (Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei) qui fut interdit par la suite. Il avait récemment établi une présence en ligne à l’aide de commentaires xénophobes.

Peu avant l’attentat au couteau, il avait hurlé « Je le fais pour vos enfants. » Selon Spiegel Online, les policiers qui l’ont interpellé ont dit qu’il redoutait que la loi de la Charia ne s’applique bientôt en Allemagne. La police a aussi mentionné qu’il aurait dit, « Les étrangers nous prennent nos emplois. »

Il ressort des preuves disponibles que S. a soigneusement préparé cette attaque. La perquisition menée dans son appartement par la police a montré qu’il avait enlevé les disques durs de ses ordinateurs. Les policiers n’ont pu trouver ni note, ni document ou autres papiers dans l’appartement.

Reker avait été à plusieurs reprises critiquée par le Conseil pour les réfugiés à Cologne en raison des conditions « inhumaines » existant dans les camps de réfugiés locaux. C’est ainsi qu’elle avait hébergé les réfugiés dans des grandes surface de bricolage, des gymnases et des tentes.

Contrairement aux politiciens influents de l’Union chrétienne-démocrate et de l’Union chrétienne sociale, tels le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière et le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, elle s’était abstenue de dénoncer les réfugiés et avait adopté un ton identique à celui de la chancelière Angela Merkel qui s’était exprimée en faveur d’une « culture de l’accueil ».

Après la tentative d’assassinat, de nombreux politiciens ont donné la faute à l’expression de la haine sur Internet et aux organisations xénophobes. Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas (SPD) a déclaré: « Pegida a abaissé le seuil d’inhibition et permis de transformer les paroles en actes. » Le ministre de l’Intérieur de Maizière (CDU) a dit que l’ensemble de la société devait envoyer un message clair s’opposant à toutes les formes de violence. Les représentants de tous les partis présents au parlement ont réclamé une lutte commune contre la xénophobie.

En réalité, c’est l’ensemble des partis traditionnels allemands qui porte la responsabilité pour le climat de haine qui constitue le contexte de cette attaque.

Voyant qu’il baissait dans les sondages, le candidat SPD à Cologne, Jochen Ott, était tout disposé à faire appel aux sentiments xénophobes. Début octobre, il avait lancé un appel pour qu’on arrête d’utiliser les salles de sport pour loger les réfugiés. « D’ici la fin de l’année, » avait-il affirmé, « les clubs et les écoles de sport devront de nouveau être disponibles. »

La fermeture des gymnases, a-t-il déclaré, avait un sérieux impact sur les activités des clubs et des programmes scolaires d’éducation physique. Le conseiller Jörg Frank (Parti des Verts) a accusé Ott de propager de « vagues craintes » et de dresser « le sort des réfugiés contre les besoins de la population locale. »

La campagne menée par le candidat du SPD reprenait le genre de populisme droitier utilisé par le parti d’extrême-droite FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs) en Autriche.

Partout dans le pays, des figures politiques de haut rang et des personnalités publiques ont exigé un renforcement des frontières. Le CDU et le CSU ont convenu de la mise en place de zones de transit à la frontière pour incarcérer, sélectionner et déporter les réfugiés.

Le syndicat de la police allemande a publiquement demandé la construction d’une clôture à la frontière pour stopper l’arrivée des réfugiés. Son président, Rainer Wendt, l’a justifié en déclarant au journal Welt am Sonntag que la clôture allemande provoquerait une réaction en chaîne. « Si nous fermons nos frontières de cette manière, » a-t-il dit, « l’Autriche fermera également sa frontière avec la Slovénie. C’est exactement l’effet qu’il nous faut. »

Au cours du week-end, la chancelière Angela Merkel s’était rendue à Ankara pour passer, avec l’autoritaire président turc Recep Tayyip Erdogan, un accord sordide visant à boucler hermétiquement la frontière turco-européenne.

En Allemagne, les réfugiés sont malmenés et humiliés pour les dissuader de demander l’asile. Cela est pratiqué par le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux qu’ils soient conservateurs ou soi-disant de «gauche». Les conditions imposées aux réfugiés sont aussi déplorables à Berlin qu’à Hambourg; ce qui a incité les organisations humanitaires et les associations médicales à protester vigoureusement contre le traitement infligé aux migrants.

Les représentants des mouvements d’extrême droite comme Pegida bénéficient d’une couverture médiatique aux heures de grande écoute à la télévision et dans d’autres médias alors que les centaines de milliers de volontaires qui soutiennent les réfugiés sont ignorés et harcelés par les autorités. Dimanche, Björn Höcke, un dirigeant anti-immigrant de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a pu donner libre cours à son idéologie raciste dans une émission grand public, le talk-show « Günther Jauch ».

Le sujet annoncé était « Faire de l’esclandre, attiser la haine, menacer – est-ce socialement acceptable ? » En mars de cette année, Höcke avait signé un appel en faveur d’un « mouvement de résistance contre toute nouvelle érosion de la souveraineté et de l’identité de l’Allemagne. »

Un des fondateurs de l’AfD, Alexander Gauland, l’ancienne dirigeante de Pegida, Kathrin Oertel, et le secrétaire général de l’Union chrétienne sociale CSU, Andreas Scheuer, étaient déjà apparus dans ce talk-show pour y attiser la haine contre les réfugiés.

Les représentants de l’élite dirigeante allemande cherchent délibérément à mettre en place un nouveau mouvement droitier ciblant non seulement les réfugiés mais l’ensemble de l’opposition sociale et politique.

Avec le flot de réfugiés sont aussi parvenues en Europe les guerres sans fin menées par les Etats-Unis au Moyen-Orient en coopération avec leurs alliés européens. Des centaines de milliers de gens se trouvent dans une situation où ils sont inemployables, n’ont nulle part où vivre et n’ont pas le droit à l’existence. Le programme d’austérité drastique imposé à la Grèce montre clairement qu’au fur et à mesure que s’intensifie la crise sociale, les élites dirigeantes du continent réservent le même sort à de vastes couches de la population laborieuse et de la jeunesse en Europe.

(Article original paru le 20 octobre 2015)