Les conventions collectives dans l'industrie automobile américaine arrivées à échéance

La voie à suivre pour les travailleurs de l'auto

Par Jerry White et Eric London
16 septembre 2015

Les conventions collectives de 141.000 travailleurs de General Motors, Ford et Fiat Chrysler arrivant à échéance, les travailleurs de l'auto aux États-Unis font face à une lutte déterminante dont l'issue est cruciale pour l'ensemble de la classe ouvrière.

Les travailleurs de l'auto ont été les premiers à subir l'assaut du patronat et du gouvernement sur les salaires après le krach financier de 2008. Après avoir transféré des centaines de milliards de dollars aux banques de Wall Street, le président Obama a entrepris la restructuration de l'industrie automobile aux dépens des travailleurs, créant un précédent pour l'assaut sur les salaires, les régimes de santé et les pensions. La présumée «reprise» économique correspond en réalité à des profits records pour les constructeurs automobiles et les spéculateurs de la finance, et à une situation encore plus difficile pour la classe ouvrière.

Tandis que l'éducation, Medicare, le logement et les autres services sociaux sont amputés de milliards de dollars, et que les pensions des travailleurs sont attaquées sans relâche, les patrons de l'industrie de l'auto, qui nagent dans les profits et les bonus, déclarent qu'ils ne retourneront jamais à l'époque des «conventions collectives non compétitives».

Il est temps pour les travailleurs de l'auto de lancer une contre-offensive de toute la classe ouvrière pour garantir des emplois bien rémunérés, des régimes de santé et de retraite entièrement payés par l'employeur et des semaines de travail plus courtes sans baisse de salaire.

Les travailleurs de l'auto sont déterminés à lutter et ils l'ont démontré en votant à 98% pour la grève. Ce sentiment est partagé par des dizaines de millions de travailleurs: dans les industries de l'acier, de la machinerie agricole, de l'aviation et des télécommunications et parmi les enseignants, les postiers et d'autres travailleurs du secteur public.

Le plus gros obstacle à l'unification de la classe ouvrière est l'United Auto Workers (syndicat des Travailleurs unis de l'automobile, UAW) et les autres syndicats. L'UAW ne négocie pas pour les travailleurs de l'auto dans le renouvellement de la convention collective. Au contraire, son président Dennis Williams et ses vice-présidents Cindy Estrada, Norwood Jewell et James Settles, ainsi qu'une foule de représentants au niveau international, régional et local sont des agents de l'entreprise. Les hauts bureaucrates du syndicats reçoivent des centaines de milliers de dollars. À leurs salaires et comptes de dépenses dérivés des cotisations et de l'argent détourné du fonds de grève vient s'ajouter la rémunération qu'ils obtiennent avec des postes dans les conseils d'administration, les opérations conjointes du syndicat et de la direction ainsi que dans le fonds de soins de santé des retraités de l'UAW.

L'UAW ne dit rien aux travailleurs de la base sur ses négociations avec les constructeurs automobiles, soutenant que les travailleurs n'ont pas le droit de savoir ce qui se trame contre eux. Toutefois, des articles dans les médias montrent que le syndicat discute manifestement de la mise en place d'un troisième niveau salarial inférieur pour les travailleurs: les travailleurs de «sous-assemblage». Ceux-ci gagneraient encore moins que les salaires de misère des travailleurs de deuxième niveau.

L'UAW cherche aussi à négocier un «super VEBA» pour mettre un terme aux prestations de santé payées par l'employeur aux travailleurs salariés et retraités et faire grossir ses affaires, d'une valeur de plusieurs milliards de dollars, dans le domaine de l'assurance-santé. Cela viendrait supprimer un gain fondamental réalisé par les travailleurs de l'auto dans les années 1940 et créer un précédent pour le démantèlement des prestations de santé payées par l'employeur dans les autres secteurs économiques. Les représentants de l'UAW auraient un incitatif financier direct à réduire les allocations des membres du syndicat et des cols blancs.

Pour empêcher une autre trahison et renverser les concessions désastreuses sur les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail, le Parti de l'égalité socialiste lance un appel aux travailleurs de l'automobile pour la construction de nouvelles organisations de lutte: des comités des membres de la base qui sont élus démocratiquement et qui sont complètement indépendants de l'UAW. 

Les travailleurs doivent être avertis à l'avance des des ruses et des manœuvres que l'UAW pourrait employer: 

Avertissement 1: Ne pas croire un mot de ce que l'UAW dit.

L'UAW est une affaire dont les dirigeants ont un intérêt financier direct à réduire les salaires des travailleurs, à couper les avantages au niveau des soins de santé et à imposer des accélération du rythme de travail. Elle travaille systématiquement pour diviser les travailleurs de l'automobile dans le but de saboter la résistance à la politique conjointe du syndicat et des compagnies. Si un avocat camoufle le fait qu'il est payé par l'autre partie, il serait renvoyé et radié du barreau. Le même principe doit s'appliquer à l'UAW. 

Avertissement 2: L'UAW se prépare à épuiser les travailleurs en prolongeant la convention collective

Le syndicat n'a aucunement l'intention d'appeler à une grève efficace contre ses bailleurs de fonds et de permettre ainsi une réduction significative de son «fonds de grève», un nom par ailleurs inapproprié. Plutôt, l'UAW va travailler avec les compagnies pour affaiblir les travailleurs en essayant de les soudoyer par des «bonus à la signature» et en utilisant la menace de mises-à-pied et de fermetures d'usines pour faire passer une autre entente pro-compagnie. Toute clause sur la «sécurité d'emploi» qui sera conclue ne vaudra pas le prix du papier sur lequel elle est inscrite, comme en témoignent les près d'un million d'emplois qui ont été perdus dans l'industrie depuis 1979. 

Avertissement 3: L'UAW pourrait décider d'appeler à une grève bidon d'un ou deux jours afin de laisser la colère s'échapper. 

En 2007, le syndicat a appelé à de telles «grève Hollywood» chez GM et Chrysler tout en concluant la convention collective «transformatrice» qui a permis une expansion de VEBA ainsi que la mise sur pied du système de salaire à deux vitesses qui est si détesté.

Avertissement 4: L'UAW a l'intention de cacher les détails de toute entente qui est conclue.

On montrera aux travailleurs seulement les «points saillants» de toute entente, pas l'entente en entier ou toutes les annotations et les codicilles qui s'y rattachent. Aucun individu lucide n'achèterait une voiture basée sur les «points saillants» présentés par le concessionnaire.

Avertissement 5: L'UAW peut faire passer une augmentation de salaire bidon, une entente sur le partage des profits ou un bonus pour une mesure «réduisant l'écart» créé par le système à deux vitesses.

Quelle que soit la hausse insultante offerte, elle sera annulée par de nouvelles dépenses en santé à être déboursées par les travailleurs. La compagnie récupérera plus que les nouvelles dépenses salariales en ayant le feu vert pour introduire une troisième catégorie de travailleurs de «sous-assemblage» sur-exploités.

Les travailleurs de la base doivent exiger que tout le contenu des discussions soit divulgué et que des copies soient rendues disponibles afin d’être étudiées et discutées avant le vote de ratification. Tous les travailleurs, y compris ceux mis à pied, les retraités et ceux qui ont cessé de payer leur cotisations syndicales à l'UAW doivent avoir le droit de voter sur tout contrat, qui s'appliquera à tous les travailleurs.

Les sociétés et les banques, ainsi que leurs valets au sein des partis démocrate et républicain et au sein des syndicats, insistent pour exclure toute amélioration du niveau de vie des travailleurs. La «nouvelle norme» consiste en salaires de misère, en conditions d’esclavage salarié dans les usines et en mort prématurée de travailleurs.

Les travailleurs – non seulement ceux de l’automobile, mais dans toutes les industries et dans tous les pays – reconnaissent de plus en plus que les choses ne peuvent plus continuer de la sorte. Comme ils l’ont fait lors de la Grande dépression, les travailleurs de l’auto doivent de nouveau faire preuve de leadership au beau milieu d’un autre effondrement du système capitaliste. Les travailleurs, les jeunes, les retraités et les chômeurs aux États-Unis et à travers le monde cherchent une façon de lutter contre l’inégalité sociale, les attaques gouvernementales sur les droits démocratiques et la guerre.

Afin d’unir la classe ouvrière, une nouvelle stratégie politique est nécessaire. Le Parti de l’égalité socialiste appelle les travailleurs à rejeter le nationalisme économique de l'UAW, qui permet aux sociétés transnationales de dresser les travailleurs de l’auto – américains, mexicains, canadiens, européens, japonais, chinois et autres – les uns contre les autres dans une lutte fratricide pour voir qui travaillera pour les plus bas salaires et dans les pires conditions. La lutte contre ces compagnies mondiales n’est possible que si les travailleurs américains coordonnent leur lutte avec celles de leurs frères et sœurs de classe à travers le monde.

Les comités de la base doivent faire appel aux autres sections de la classe ouvrière aux États-Unis afin de développer le plus large appui possible. Un puissant mouvement militant et politique doit être initié afin de rompre l’emprise dictatoriale des banques et des grandes compagnies, qui siphonnent carrément toute la richesse créée par la classe ouvrière.

Tous les partis politiques et toutes les institutions de la grande entreprise, des Démocrates et des Républicains aux tribunaux et à la police, sont des instruments pour les riches. C’est pourquoi les travailleurs doivent bâtir un mouvement politique indépendant, unissant toutes les sections de la classe ouvrière autour d'un programme visant à saisir les richesses mal acquises des milliardaires; établir la propriété publique et démocratique, sous contrôle de la classe ouvrière, des banques, des grandes entreprises et des ressources naturelles; et réorganiser l’économie américaine et mondiale afin de préserver les droits sociaux des travailleurs: des emplois stables et biens rémunérés; des soins de santé, une éducation et des logements de qualité; du temps pour les loisirs; une retraite confortable et un avenir pour les prochaines générations à l'abri de la pauvreté et de la guerre.

Nous appelons tous les travailleurs de l’auto intéressés à lutter pour bâtir des comités de la base à contacter le World Socialist Web Site et le Parti de l’égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 14 septembre 2015)