Syriza accepte la totalité des mesures d’austérité exigées par l’UE

Par Robert Stevens
13 août 2015

Les responsables du gouvernement Syriza et ceux de la Commission européenne ont annoncé mardi matin, à l’issue de 23 heures de négociations, un nouveau projet d’accord austéritaire.

Les détails de l’accord ne sont pas tous connus, mais il est évident que Syriza a accepté toutes les principales exigences formulées par la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire International.) Un responsable Syriza du ministère des Finances, a dit à Reuters, « Un accord a été conclu. Quelques précisions mineures sont discutées en ce moment. ».

Aux termes de l’accord, jusqu’à 86 milliards d’euros seront prêté à la Grèce, sur trois ans, à condition d’imposer une kyrielle de nouvelles et brutales mesures d’austérité à la classe ouvrière. Les nouvelles coupes sociales et les privatisations auront des conséquences catastrophiques pour une population grecque d’ores et déjà appauvrie.

Selon le quotidien grec Kathemerini, l’accord prévoit qu’avant l’octroi de toute somme d’argent, le parlement grec approuve la mise en vigueur immédiate de 35 « actions préalables ». L’adoption d’une telle loi déclenchera un prêt initial de €10 milliards à la Grèce. L’intégralité de cet argent servira à amorcer la recapitalisation des banques grecques, privées de tout financement extérieur par la troïka depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza en janvier.

Le mois dernier, le premier ministre grec et dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, avait répudié le « non » anti-austérité écrasant du référendum du 5 juillet que son gouvernement avait réclamé et accepté un train de coupes sociales, des taxes régressives et la liquidation des biens publics allant bien au-delà des mesures d’austérité imposées par les gouvernements précédents. Il transformait la Grèce en colonie économique de fait des banques allemandes et européennes. Cette capitulation abjecte a été approuvée par le parlement grec qui a voté pour l’application de deux séries d’« actions préalables. »

Les « actions préalables » supplémentaires exigées actuellement, que le Financial Times qualifie de « mesures profondément impopulaires », comprennent une révision du système de protection sociale, l’abandon de la retraite anticipée pour les travailleurs dans leur cinquantaine, l’élimination d’ici fin 2016 du taux de TVA plus bas pour les îles grecques, une hausse des impôts pour les agriculteurs, la mise en œuvre de réformes du marché des produits proposées par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la dérèglementation du marché de l’énergie et l’application du programme de privatisation pour lequel Syriza a déjà donné son accord. 

D’ici l’automne, le parlement devra voter un nouveau projet de loi sur la négociation collective, les grèves et le licenciement collectif, qui sera favorable au grand patronat.

Le nouvel accord de sauvetage correspond totalement aux termes exigés par les banques européennes.

Un fonds de privatisation doit être constitué à Athènes, qui sera alimenté par l’argent provenant de la liquidation des biens d’Etat. Ceci doit réunir €50 milliards, dont les trois-quarts serviront à recapitaliser les banques et à rembourser une partie des €300 milliards de la dette extérieure du pays.

Au centre de l’accord il y a le calcul qu’il permettra à la Grèce de rembourser un prêt de €3,2 milliards à la Banque centrale européenne et arrivant à échéance le 20 août.

Le premier ministre Tsipras a décidé d’obtenir une conclusion rapide de l’accord de sauvetage et a demandé au président du parlement grec de préparer une session d’urgence pour ce jeudi. Il écrit dans une lettre: « Le caractère décisif de la situation requiert la convocation immédiate du parlement afin qu’il donne son aval à l’accord et permette le versement de la première tranche. »

L’accord doit être discuté vendredi au sommet des ministres des Finances de la zone euro.

Selon l’accord, la Grèce, embourbée dans la récession, son économie ne cessant de se contracter après des années de coupes, doit parvenir à dégager chaque année, jusqu’en 2018, un surplus budgétaire primaire. Les objectifs sont de 0,25 pour cent du PIB en 2015, 0,5 pour cent en 2016, 1,75 pour cent en 2017 et 3,5 pour cent en 2018.

Bien que l’accord conclu mardi comprenne les mesures d’austérité les plus dures jusque-là, il n’est pas sûr que le gouvernement et le parlement allemands l’acceptent. Insistant pour dire que l’accord devait encore être approuvé par les dirigeants politiques européens cette semaine, Annika Breidhardt, porte-parole de la Commission européenne, a dit, « Nous avons pour l’instant un accord au niveau technique, mais nous n’avons pas encore d’accord politique et c’est ce dont nous avons besoin. »

Les parlements de plusieurs pays de la zone euro, dont l’Allemagne, doivent encore approuver l’accord signé mardi. Le ministre allemand des Finance avait insisté pour qu’à chaque capitulation de Syriza, davantage encore soit donné aux banques et aux grands groupes, aux dépens du niveau de vie des masses en Grèce.

Mardi soir, le Financial Times a averti qu’au sein de l’establishment politique de certains pays de l’UE il existait des doutes quant à la volonté de la Grèce de mettre en œuvre le train de mesures, » ajoutant qu’« en Allemagne, qui est le premier créancier, des réserves avaient été émises comme quoi les négociateurs avaient peut-être arrondi les angles en concluant l’accord plus rapidement que prévu. »

Alors que l’Allemagne avait dit mardi se féliciter de la « meilleure volonté » d’Athènes de conclure un accord, on a rapporté que la chancelière Angela Merkel prônait, lundi soir encore, d’arracher davantage de concessions à Syriza. Merkel aurait dit à Tsipras lors d’une conversation téléphonique qu’elle était pour laisser plus de temps à des négociations et pour un « crédit-relais » au lieu d’un accord sur trois ans.

Kathemerini écrit: « A supposer que l’Eurogroupe aille de l’avant, la plus grande inquiétude du gouvernement grec est que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ne réitère son opposition à l’accord et n’insiste pour que la Grèce reçoive à la place un crédit-relais qui lui permette d’honorer le remboursement, le 20 août, d’une dette de €3,2 milliards à la Banque centrale européenne. »

Le journal écrit encore que Merkel s’est aussi entretenu avec Tsipras mardi et a dit être « sceptique » à l’égard de l’accord.

Le vice-ministre allemand des Finances, Jens Spahn, a dit à Reuters: « Il est important que ceci constitue une base pour les prochaines années; cela ne peut pas juste durer quelques mois. Le but recherché doit être la croissance et des conditions attrayantes et fiables pour plus d’investissement. »

« Il ne s’agit pas seulement de faire des économies et que le budget fonctionne, » mais il était question « pour ainsi dire, d’un ‘modèle commercial’, » a-t-il ajouté.

Un autre problème non résolu est le rôle du Fonds monétaire international et un engagement ou non de sa part à soutenir l’accord et à le cofinancer avec le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le Financial Times écrit : « Un projet de l’accord précise que le MES, le mécanisme de sauvetage de l’UE, contribuerait jusqu’à 86 milliards d’euros – c’est la totalité de la somme. »

« Cette formulation offre la possibilité que le FMI n’investisse pas d’argent dans le programme – alors même qu’il a aidé à le négocier – parce que le fonds redoute que le niveau de la dette grecque ne soient pas soutenable. »

Le FMI, tout en insistant pour que les mesures d’austérité brutales soient acceptées par le gouvernement Syriza, a souligné que tout accord à long terme devait comporter un allègement de la dette. L’Allemagne est farouchement opposée à toute dépréciation de la dette grecque.

L’accord conclu entre Syriza et la troïka confirme le caractère bourgeois du gouvernement Tsipras. Il démasque au plan international tout l’éventail des organisations de la pseudo-gauche qui, à chaque étape, ont soutenu Syriza, l’ont applaudi comme le nouveau modèle de la « gauche » et de la politique « anti-austérité » et continue de couvrir les crimes qu’il commet contre la classe ouvrière.

(Article original paru le 12 août 2015)