Unité populaire: une tentative de créer Syriza 2,0 en Grèce

Par Robert Stevens
28 août 2015

Même avant l'arrivée de Syriza au pouvoir, le World Socialist Web Site avait mis en garde les travailleurs en Grèce et à l'étranger du rôle qu'il jouerait dans la trahison de la classe ouvrière, en tant que parti représentant les intérêts de l'élite dirigeante grecque et les couches les plus aisées de la petite bourgeoisie. Sa capitulation devant l'Union européenne et les autres institutions capitalistes a pleinement confirmé cette évaluation.

Maintenant, ayant fraîchement quitté un gouvernement qui a infligé de profondes attaques à la classe ouvrière grecque, la Plateforme de gauche de Syriza a fondé un nouveau parti.

L'Unité Populaire (Laiki Enótita) continuera à défendre la perspective en faillite de Syriza, qu'elle a soutenue jusqu'à la semaine dernière. Elle est dirigée par une faction qui avait des dizaines de membres sur le Comité central de Syriza, ainsi que quatre des onze sièges sur son Secrétariat politique. Ses principaux dirigeants occupaient des postes ministériels dans le gouvernement de coalition regroupant Syriza et les Grecs indépendants (Anel, de droite).

Son président est Panagiotis Lafazanis, l’ancien ministre de l’Energie dans le gouvernement du Premier ministre Alexis Tsipras. Costas Isychos (ancien sous ministre de la Défense nationale) et Dimitris Stratoulis (sous ministre de la Sécurité sociale) y militent également.

Lafazanis fut membre du Comité central et du Bureau politique du Parti communiste grec (KKE) stalinien. Il a rejoint les euro-communistes de Synaspismos, un parti qui accepta la restauration capitaliste en URSS et « la thérapie de choc » dévastatrice déclenchée contre la classe ouvrière en Russie et dans toute l'Europe de l'Est. Synaspismos est la faction dirigeante au sein de Syriza depuis lors.

Lafazanis et la Plateforme de gauche ont fourni une couverture de «gauche» aux négociations de Tsipras et du ministre des Finances Yanis Varoufakis avec les créanciers de la Grèce. Mais ils avaient déjà accepté en février la mise en œuvre de l'essentiel des mesures d'austérité signées par le précédent gouvernement Nouvelle Démocratie (ND)-Pasok.

Au mois de mars, Lafazanis a dit à un journaliste qui demandait pourquoi Syriza n’avait pas respecté sa promesse d'abolir le programme d'austérité : « Notre engagement pour l'abolition totale des mémorandums et leur promulgation dans la loi est encore tout à fait valide ». Il a ajouté que cet engagement serait «pleinement honoré dans les prochains mois ».

Suite à la victoire écrasante du « non » contre l’austérité dans le référendum du 5 juillet, Syriza a convenu rapidement d'mposer les coupes sociales les plus dévastatrices jamais exigées par la troïka. La Plateforme de gauche a formellement voté pour rejeter les mesures, mais ne l'a fait qu’en jurant sa fidélité à Tsipras. Ils ont fait tout leur possible pour assurer la survie de son gouvernement, y compris en choisissant un nombre suffisant de leurs députés qui se sont abstenus lors du vote sur l'accord avec l'UE.

Malgré leur comportement lâche, Tsipras s'attaque maintenant à eux. Il a démissionné, ouvrant la voie à des élections anticipées avant lesquelles la Plateforme de gauche devait être purgée de Syriza. C’est seulement à ce moment-là que la Plateforme de gauche a sauté le pas avant d’y être poussée.

L'objectif principal de l'Unité populaire est d'empêcher la classe ouvrière de tirer les leçons nécessaires du rôle de Syriza. À cette fin, le 20 août, ils ont déclaré qu'en annonçant de nouvelles élections, Tsipras « est apparu sous un autre visage, complètement et radicalement opposé aux engagements et luttes jusqu'alors ceux de Syria », comme s’il n'y avait aucune indication précédente qu'il violait ses promesses !

Stathis Kouvelakis, un dirigeant de la Platforme de Gauche, avait précédemment insisté qu'on ne pouvait traiter les actions de Tsipras de trahison. C’était plutôt un échec de la perspective de « l’européanisme de gauche », c'est-à-dire la conviction que s'il se comportait en bon Européen, Tsipras pourrait obtenir des concessions qui bénéficierait à la Grèce.

La Plateforme de gauche prône un nationalisme plus strident et déclare que Tsipras aurait dû négocier plus agressivement, en menaçant de passer à un «plan B», y compris éventuellement de quitter l'euro, d'imposer des contrôles des capitaux, et de réintroduire la drachme.

Cela n’est pas une politique d’anti-austérité. La sortie de la Grèce de la zone euro sur une base capitaliste signifierait l’imposition de l'austérité sur les ordres de la bourgeoisie grecque.

En réalité, la Plateforme de gauche s'adresse à une section de la bourgeoisie grecque qui croit que Tsipras a accepté de conditions contraires à sur leurs intérêts, telles que les mesures pour réduire les subventions aux sociétés de transport maritime et le secteur du tourisme. L’Unité populaire plaide pour une politique nationale et autarcique, fondée « sur une nouvelle indépendance nationale, la souveraineté, la reconstruction et une nouvelle voie progressive ».

Lafazanis et Cie comptent sur les groupes de pseudo-gauche de leur fournir les mêmes apologies politiques qu'ils fournissaient auparavant à pour Syriza. Avant leur rupture avec Syriza, la Plateforme de gauche incluait des représentants de 13 groupes de pseudo-gauche, dont la DEA (Gauche internationaliste ouvrière) d'Antonis Davanellos et la tendance Xekinima d'Andreas Pagiatsos.

La DEA est associée à l'ISO (Organisation Internationale Socialiste, des Etats-Unis), et Xekinima au Comité pour une internationale ouvrière. Ils ont aussi obtenu l'appui de certaines factions au sein de la coalition de la pseudo-gauche, Antarsya. La revue pabliste International Viewpoint a publié chaque déclaration publiée par l'Unité populaire et par Kouvelakis.

A peine quelques heures après la formation de l’Unité populaire, Lafazanis a annoncé qu'il avait obtenu un accord électoral avec le parti « Plan B » d'Alekos Alavanos. Alavanos était le leader de Syriza jusqu'en 2007. Toutefois, l'Unité Populaire a souligné que son objectif de créer un front large « d’anti-austérité » ne se limite pas à la « gauche ».

Dans son article du 21 août, «l’Unité Populaire est née », Kouvelakis écrit que ce mouvement est une « recomposition dans la gauche radicale grecque... Mais son but est plus large encore, c'est de fournir une expression aux forces sociales qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans le cadre de la gauche, mais qui veulent combattre l'austérité ... »

Ce n’est pas une nouvelle posture pour la Plateforme de gauche. Parmi les députés qui ont quitté Syriza se trouve Rachel Makri, autrefois membre éminent d’Anel, qui s’était inscrite pour être un candidat de Syriza juste avant les élections de janvier.

Les membres de la Plateforme de gauche étaient les soutiens les plus enthousiastes de la décision de Syriza de former une coalition avec Anel. Isychos a servi d'adjoint au dirigeant d’Anel, Panos Kammenos, dans son rôle de ministre de la Défense.

La classe ouvrière devrait rejeter les prétentions de l'Unité Populaire, le clone de Syriza, d’offrir une alternative aux mensonges de la version originale.

Ce qui s’impose est la construction d'une nouvelle direction socialiste révolutionnaire, une section grecque du Comité international de la Quatrième Internationale – une tâche qui commence par l'assimilation de la puissante opposition à Syriza contenue dans les pages du World Socialist Web Site.