En Grèce l'UE soutient Tsipras, la Plate-forme de gauche se sépare de Syriza

Par Robert Stevens
24 août 2015

La décision du premier ministre grec Alexis Tsipras de convoquer des élections anticipées est une manœuvre calculée visant à établir un nouveau cadre politique pour faire passer des mesures d'austérité impopulaires.

Dans les heures qui ont suivi l'annonce de sa démission par Tsipras et la convocation de nouvelles élections, des déclarations de dirigeants européens ont montré que la décision avait été prise sous la direction des créanciers de la Grèce dans l'Union européenne (UE). Syriza, le parti de Tsipras escompte une victoire électorale le mois prochain et la formation d’un nouveau gouvernement, peut-être avec l’un ou l’autre partenaire d'une coalition pro-austérité.

Lors d'une conférence de presse vendredi, le porte-parole de la Commission européenne Annika Breidthardt a confirmé que la commission savait à l’avance que Tsipras allait démissionner. « Pour nous, ça n'a pas été une surprise, suite aux appels téléphoniques répétés entre le président [de la Commission européenne] Jean-Claude Juncker, le premier ministre Tsipras et[le président grec] Prokopis Pavlopoulos, » a-t-elle dit. « Nous nous y attendions. »

Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a dit que les élections devraient être bouclées dès que possible. « Je pense que l'intention du premier ministre Tsipras est d'obtenir un gouvernement plus stable », a-t-il dit. Par stable, Dijsselbloem entend capable d'imposer les coupes dans les dépenses et les attaques du niveau de vie et des droits démocratiques de la classe ouvrière convenus par Syriza, mais sans les problèmes créés par le fait d'être arrivé au pouvoir en janvier avec l'engagement de faire le contraire.

La chancelière allemande Angela Merkel a également approuvé la démarche, « La démission de Tsipras fait partie de la solution, pas de la crise ».

Plusieurs grands journaux européens ont salué les nouvelles élections comme l’avènement de Tsipras en tant que politicien ouvertement pro-austérité. Le quotidien italien Corriere della Sera a fait l'éloge de Tsipras pour avoir abandonné des promesses populistes et entrepris « un long chemin de renouvellement qui, malgré toutes ses difficultés, s'est montré être la seule voie possible. »

Au cours de la dernière décennie, le parti de droite Nouvelle Démocratie (ND) et le PASOK social-démocrate ont été massivement discrédités pour avoir imposé une série de mesures d'austérité à la demande de l'UE. C’est pourquoi la classe dirigeante s'est tournée vers Syriza. La correspondante à Athènes du Guardian, Helena Smith écrit, « Tsipras, selon la logique, est le seul qui peut véritablement transformer la Grèce. L'application de politiques néo-libérales à une population résistante ne peut venir que de la gauche ... »

Tsipras a annoncé l'élection le soir du 20 août. Plus tôt ce jour-là, le gouvernement grec avait reçu sa première tranche de nouveaux prêts dont la condition est l'imposition d'une nouvelle série de mesures d'austérité convenue par une écrasante majorité du parlement grec. Après avoir reçu les fonds, le gouvernement a immédiatement remboursé une dette de €3,2 milliards à la Banque centrale européenne (BCE).

Tsipras a convoqué les élections dans l'espoir de profiter de la confusion créée par la répudiation totale par Syriza du programme anti-austérité sur lequel il avait été élu. Il a dit, « Le mandat politique des élections du 25 janvier a atteint ses limites et maintenant le peuple grec doit se prononcer. »

Les limites du « mandat politique » de Syriza ont été « épuisées » par le rejet par le gouvernement du sentiment anti-austérité qui l'a porté au pouvoir. Quant à l'opportunité qu’à le peuple grec de « se prononcer », c’était supposément le but du référendum sur les mesures d'austérité début juillet. Les travailleurs et les jeunes se sont opposés par une écrasante majorité aux exigences de l'UE, et le gouvernement dirigé par Syriza a répondu en acceptant immédiatement des mesures encore plus sévères.

Comme pour le référendum, la nouvelle élection ne vise pas à tenir compte de la volonté démocratique de la population. Elle est plutôt une continuation de la conspiration politique des banques et de la classe dirigeante grecque.

La « Plate-forme de gauche » de Syriza a participé pleinement à cette conspiration – elle a tout fait pour couvrir Tsipras et insisté pour dire que Syriza était un véhicule pour s’opposer aux diktats des banques.

Escomptant qu’une nouvelle vague d'austérité suscitera une opposition et une colère sociales énormes, une partie de la Plate-forme de gauche a annoncé qu'elle quittait le parti. Vingt-cinq de ses députés ont déclaré leur intention de former un nouveau parti, « Unité Populaire », pour se présenter aux élections. Avant d'annoncer cette décision, la Plate-forme de gauche a déclaré qu'elle mettrait en place un « large front démocratique anti-mémorandum, progressiste, qui se présentera de manière décisive aux élections afin d’imposer l'abrogation de tous les mémorandums. »

Ce nouveau parti est une bande de dissimulateurs avérés ayant servi loyalement au sein du gouvernement pro-austérité de Tsipras. Pendant des années, la Plate-forme de gauche, ramassis d'anciens staliniens, de maoïstes et de différentes organisations pseudo de gauche, s'est spécialisée dans une rhétorique anti-austérité. Cela a continué pendant qu'ils formaient une composante majeure de l'Etat capitaliste grec. Ils ont salué l'élection de Syriza comme un tournant majeur dans la politique européenne, et ont cherché à présenter le référendum frauduleux de Tsipras en juillet comme une reconnaissance sans précédent de contrôle populaire sur la politique du gouvernement.

Tsipras passant à une position plus ouvertement pro-austérité, Unité populaire cherchera à contenir l'agitation sociale.

Unité Populaire a annoncé sa volonté de former des alliances avec des forces de tout l’éventail politique, y compris à droite. Dans une déclaration saluant vendredi le nouveau parti, l'ancien membre de la Plate-forme de gauche et du Comité central de Syriza, Stathis Kouvelakis, a déclaré que l'Unité populaire « donnera une expression à des forces sociales qui ne se reconnaissent pas forcément comme faisant partie de la gauche mais qui veulent lutter contre l'austérité, les mémorandums ... »

Avec 25 députés, l'Unité Populaire est aujourd'hui le troisième groupe en importance au Parlement. Il est dirigé par Panagiotis Lafazanis qui a été ministre de l'Energie de Tsipras. En vertu de la Constitution grecque, si des élections sont convoquées dans la même année que le dernier scrutin, le président demande d'abord aux deux principaux partis d'opposition de tenter de former un gouvernement. En cas d’échec de nouvelles élections ont lieu.

Vendredi, Pavlopoulos a donné pour mandat au principal parti d'opposition, Nouvelle Démocratie, de tenter de former un gouvernement dans les trois jours. Comme ND et ses alliés ne seront probablement pas en mesure d'obtenir une majorité, il est prévu que la tâche sera confiée ensuite à Unité populaire.

Un communiqué d’Unité populaire déclare qu'elle tentera des négociations avec les forces « anti-austérité » dont le Parti communiste grec stalinien (KKE), bien que cela ne donne pas de réelle possibilité d'une coalition viable. Cette démarche semble plutôt être un mécanisme pour intégrer le KKE et de petits groupes politiques dans une alliance politique.

S'exprimant à la station de radio Parapolitika, le Secrétaire général du KKE, Dimitris Koutsoubas, a avancé la perspective d'une future collaboration avec le nouveau parti. Tsipras convoquerait des élections « très bientôt», a-t-il affirmé, « très précisément pour que ses rivaux internes du parti, ainsi que les partis d'opposition bourgeois, ne soient pas en mesure de s'organiser. »

La trahison de Syriza et les manœuvres cyniques de la Plate-forme de gauche vont conduire à un renforcement des forces les plus à droite et fascistes. Les actions de Syriza depuis l'élection sont un réquisitoire dévastateur contre tout ceux dans la pseudo-gauche qui ont affirmé que soutenir le gouvernement Tsipras, était un moyen de lutte contre l'austérité et contre la menace du fascisme en Grèce.

Syriza, dont la première action une fois au pouvoir fut de former une coalition avec le parti ouvertement xénophobe des Grecs indépendants, ne fera que se déplacer encore plus à droite.

Dans ce contexte, les commentaires vendredi du ministre du Travail de Syriza George Katrougalos étaient frappants. A un journaliste de la BBC qui voulait savoir si l'adoption de l'austérité par Syriza signifiait qu’il y avait un risque de montée du soutien aux partis de droite, Katrougalos a répondu qu'il n'existait plus de « confrontation typique entre gauche et droite ».

(Article paru en anglais le 22 août 2015)