L’Eurogroupe approuve un accord d’austérité avec le gouvernement Syriza

Par Robert Stevens
17 août 2015

Les ministres des Finances de la zone euro, qui forment l’Eurogroupe, ont approuvé un accord vendredi soir avec le gouvernement Syriza sur la base des mesures d’austérité adoptées en Grèce plus tôt dans la journée.

Le Parlement grec a adopté le «Mémorandum» de 400 pages comme une condition préalable pour recevoir de nouveaux prêts allant jusqu’à 85 milliards d’euros. Athènes est maintenant en règle pour pouvoir recevoir la première tranche du prêt. Le calendrier exact sera supervisé par l’Eurogroupe et les autres créanciers de la Grèce: la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

Au commencement de la réunion de l’Eurogroupe, le Président Jeroen Dijsselbloem a salué l'adoption par Syriza de mesures qui vont empirer le niveau de vie de millions de travailleurs, en disant qu’elles étaient les «plus fortes et les plus concrètes» adoptées à ce jour. Il a souligné que les créanciers d’Athènes seraient en mesure de stopper les paiements rapidement si une équipe de surveillance en septembre ou en octobre trouvait un quelconque signe de recul dans la mise en place de ces mesures.

Dijsselbloem a déclaré à une conférence de presse après la réunion que les mesures avaient été approuvées et que la Grèce recevra la tranche initiale d'un prêt de 16 milliards d’euros le 19 août. Cela couvrira ses besoins immédiats de financement ainsi qu'un remboursement de 3,2 milliards d'euros à la Banque centrale européenne le lendemain.

Klaus Regling, qui représentait le Mécanisme européen de stabilité lors des pourparlers, a déclaré que 10 milliards d’euros en prêts ont été accordés pour la recapitalisation immédiate des banques grecques. Toutefois, les fonds resteraient au Luxembourg et seraient seulement accessibles aux banques grecques sur demande.

L’Eurogroupe se réunissait dans un contexte de tensions internes croissantes à propos des clauses de l’accord et des exigences du FMI que tout accord de prêt à long terme avec la Grèce comprenne un allégement de la dette visant à garantir qu'elle soit en mesure de rembourser l’ensemble de ses prêts.

La dirigeante du FMI, Christine Lagarde, a participé à la réunion de l’Eurogroupe par téléphone. Jeudi, un responsable du FMI a déclaré au Financial Times: «Il y a des décisions difficiles à prendre des deux côtés. Des décisions difficiles en Grèce concernant les réformes, et des décisions difficiles pour les partenaires européens de la Grèce au sujet de l’allégement de la dette. Je pense que tout le monde comprend que le FMI ne peut être [impliqué] qu’une fois que ces décisions sont prises par les deux parties.»

L’Allemagne s’oppose farouchement à toute annulation de la dette. La Grèce doit à Allemagne 87 milliards d’euros, 20 milliards de plus que le prochain gros créancier, la France. La position de l’Allemagne est soutenue par plusieurs autres pays, dont la Finlande.

Malgré les mesures d’austérité écrasantes qui viennent d’être adoptées par la Grèce, le gouvernement allemand de la chancelière Angela Merkel avait également exprimé son «scepticisme» sur les sections de l’accord qu’elle juge trop clémentes envers Athènes. Celles-ci comprennent le fonctionnement du fonds de privatisation de 50 milliards d’euros et l'adoption repoussée à l’automne de nouvelles lois permettant le licenciement en masse de travailleurs et des attaques sur les droits de négociation collective.

En arrivant à la réunion Dijsselbloem a fait savoir: «Il y aura des questions, il y aura des critiques, peut-être des questions qui devront être clarifiées ou améliorées.» Il a ajouté que le FMI avait accepté d’examiner à nouveau en octobre la viabilité de la dette de la Grèce.

Alex Stubb de la Finlande a déclaré au sujet des propositions du FMI: «Nous sommes d'accord avec l’Allemagne sur ce point. Il y a un cercle vicieux que nous avons à résoudre. Le FMI veut seulement être impliqué dans l'allégement de la dette. Nous voulons que le FMI participe, mais nous ne voulons pas d’allégement de la dette.»

Peter Kazimir de la Slovaquie a déclaré: «Pour nous, parler d’une décote nominale est impossible.»

L’implication du FMI dans l’accord global a été laissée en suspens par l’Eurogroupe. Dijsselbloem a dit que l’Eurogroupe voulait obtenir le soutien du FMI, mais cela n'arrivera que si le FMI est convaincu de la mise en place du plan d'austérité par le gouvernement grec et qu'il voit une base pour la future viabilité de la dette.

En Grèce, le Premier ministre Alexis Tsipras envisage des modifications pour restructurer le cadre politique du gouvernement. Après avoir perdu les votes de près d’un tiers de ses députés (ceux de la plateforme de gauche de Syriza et d’autres), la spéculation montait vendredi que Tsipras pourrait demander un vote de confiance à un certain moment après le 20 août.

Sans les voix de la plateforme de gauche, Syriza et son partenaire de coalition, les Grecs indépendants, un parti de droite, ne disposent pas d’une majorité au parlement. Jusqu’à présent, Tsipras a compté sur l’appui de l’opposition conduite par la Nouvelle Démocratie pour adopter des mesures d’austérité, mais ND pourrait ne pas le soutenir dans un vote de confiance, ce qui pourrait conduire à de nouvelles élections.

Dans la période qui a précédé le vote de vendredi au Parlement, Panagiotis Lafazanis, dirigeant de l’aile gauche de la plateforme de gauche de Syriza, a publié une déclaration avec 13 autres personnes provenant de diverses tendances de la pseudo-gauche, y compris Anthonis Davanelos de la faction «Travailleurs internationalistes de gauche» de la plateforme de gauche et Andreas Pagiatsos de la tendance Xekinima.

Xekinima est affilié avec le Comité pour une internationale ouvrière et ne fait pas partie de la coalition Syriza.

D’autres signataires sont Spyros Sakellaropoulos de la recomposition de Gauche (ARAN) et Dimitris Sarafianos du Regroupement anticapitaliste de gauche (ARAS). Ce sont les deux composantes de la formation Antarsya, qui fonctionne comme une coalition en dehors de Syriza.

On retrouve également parmi les signataires des anciens représentants en vue du PASOK pro-austérité et social-démocrate, et des membres anciens et actuels du Parti communiste grec (KKE).

Les auteurs de la déclaration appellent au «renversement de la politique basée sur des mémorandums, et un plan de rechange pour le futur, pour la démocratie et la justice sociale en Grèce». Selon eux, cela demande «la constitution d’un vaste mouvement politique et social à l’échelle nationale et la création de comités de lutte contre le nouveau mémorandum, contre l’austérité et contre la mise sous tutelle du pays».

C'est un tas de mensonges. Depuis janvier, la plateforme de gauche a été un élément essentiel de ce qu’elle appelle le «gouvernement qui a été élu pour abolir» les mémorandums. Lafazanis a reçu le contrôle du ministère de l’Énergie. D’autres figures de proue telles que Dimitris Stratoulis et Costas Isychos ont reçu les postes de ministre adjoint du Travail et de ministre adjoint de la Défense.

En dépit de sa rhétorique anti-austérité, la plateforme de gauche a travaillé sans relâche pour assurer la survie du gouvernement Tsipras et fournir une couverture à sa politique de droite. Elle est restée loyalement au sein de Syriza, votant au Parlement pour éviter la chute du gouvernement.

Elle est restée au sein de Syriza même après que Tsipras a retiré leurs portefeuilles ministériels à Lafazanis et à d'autres, tout en proférant des menaces d’expulsions.

Ayant adopté le dernier mémorandum, Syriza est maintenant chargé d’imposer de dures attaques contre la classe ouvrière, et la plateforme de gauche sait que cela va provoquer une réaction sociale.

À ce stade, la plateforme de gauche n’a aucune intention de se retirer de Syriza. Elle ne quitterait le parti pro-austérité que si elle est mise à la porte. Le «mouvement» établi par Lafazanis constitue la préparation à une telle éventualité. Le rôle d’une telle formation serait de détourner l’opposition sociale face aux efforts de Syriza, ou tout gouvernement de coalition dont il ferait partie, pour imposer des niveaux de pauvreté jamais vus dans l'Europe d'après-guerre.

(Article paru en anglais le 15 août 2015)