Nouvelle série de mesures d’austérité en débat au parlement grec

Par Christoph Dreier et Chris Marsden
15 août 2015

Le parlement grec continue à débattre un nouveau train de brutales mesures d’austérité qui devait être adopté vendredi matin.

Le débat sur le nouvel accord négocié entre les institutions européennes et le gouvernement Syriza survient à peine un mois après l’écrasant vote «non» au référendum sur davantage de mesures d’austérité.

Le gouvernement qui est mené par Syriza a réagi au rejet massif de davantage de coupes sociales en décidant de parvenir le plus rapidement possible à un accord avec les banques européennes.

Le premier ministre Alexis Tsipras compte sur le soutien des partis ouvertement pro-austérité – Nouvelle Démocratie, PASOK et To-Potami – pour faire adopter l’accord proposé. Certaines sections de la «Plateforme de gauche» au sein de Syriza, ainsi que les partenaires de la coalition avec Tsipras, le Parti communiste grec stalinien (EEK) et le parti fasciste Aube dorée ont signalé vouloir voter contre la proposition.

Le projet de loi a été débattu jeudi en commissions durant près de neuf heures et le principal débat parlementaire a été reporté aux premières heures de la matinée. Sous la direction de l’ancien ministre de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, la Plateforme de gauche a fait montre d’opposition tout en faisant preuve de loyauté au gouvernement. Cette opposition est une mascarade politique étant donné que la Plateforme de gauche a joué et continue de jouer un rôle clé pour fournir une couverture à Tsipras et présenter le gouvernement mené par Syriza comme moyen de s’opposer à l’austérité.

Avant le débat, Lafazanis avait déclaré conjointement dans un message public avec douze autres membres de Syriza qui ne sont pas membres du parlement qu’il envisageait de créer un mouvement national «contre le nouvel accord négocié». La direction de Tsipras a répondu en disant que Lafazanis avait clairement décidé «de choisir une voie différente de celle du gouvernement et de Syriza».

On parle maintenant d’expulsions avant même la réunion du congrès de Syriza prévu en septembre et la tenue d’élections anticipées qui pourraient donner lieu à une forme quelconque de coalition entre Syriza et un ou plusieurs partis d’opposition.

Les mesures proposées par le gouvernement Syriza vont bien au-delà des attaques imposées par les gouvernements précédents. Dans un contexte de profonde dépression, le parlement adoptera probablement un projet de loi qui intensifiera les coupes sociales et les hausses d’impôts qui affecteront les petits exploitants agricoles et les propriétaires d’appartements pauvres.

Le gouvernement a aussi accepté de privatiser des pans entiers du patrimoine public et de réduire davantage encore le montant des retraites d’ores et déjà faibles dans le but d’économiser plus d’un pour cent du PIB au cours des dix-huit prochains moins.

Ceci n’est que le début. L’«accord négocié» est un document de 29 pages contenant des instructions très détaillées concernant le travail avec le gouvernement et le parlement grecs au cours des trois prochaines années. Il supprime totalement toute responsabilité démocratique de la gestion de l’économie grecque en plaçant son fonctionnement sous le contrôle direct de l’Union européenne.

«Les autorités poursuivront une nouvelle trajectoire budgétaire fondée sur un excédent primaire de -1/4, 0,5, 13/4 et 3,5 pour cent du PIB respectivement en 2015, 2016, 2017 et 2018, et au-delà», stipule l’accord négocié. Ces critères signifient des mesures d’austérité encore plus dures que celles déjà acceptées.

Le gouvernement Syriza aura donc bientôt à faire face à de nouvelles exigences émises par les responsables de l’UE, de la Banque centrale européenne et (probablement) du Fonds monétaire international (la «troïka») qui se rendront régulièrement à Athènes.

Il est contesté que les chiffres issus de l’agence des statistiques grecque faisant état d’une légère croissance économique au second trimestre de cette année soient exacts. Mais, même s’ils l’étaient, la Grèce reste embourbée dans une profonde récession que de nouvelles coupes ne feront qu’exacerber. Les milieux de l’UE même ont prévu cette semaine une baisse de 2,3 pour cent du PIB pour cette année et de 1,3 pour cent pour l’année prochaine.

En ce qui concerne la dette grecque, l’accord négocié entraîne un fardeau encore plus lourd. Même les chiffres optimistes de la Commission de l’UE prévoient pour l’année prochaine une augmentation du ratio dette/produit intérieur brut (PIB) de 201 pour cent. En 2009, avant les soi-disant plans de sauvetage, le ratio était de 130 pour cent.

Le gouvernement allemand a néanmoins exclu à plusieurs reprises toute décote pour les créanciers de la Grèce: la BCE et principalement les banques allemandes, françaises et italiennes.

Le secrétaire allemand des Finances, Jens Spahn, a dit au micro du Deutschlandfunk que «sous le terme allègement de la dette l’on peut aussi discuter du prolongement des échéances, de périodes exemptes de paiement d’intérêt ou de rachats de dette, l’on peut en discuter. Nous l’avons toujours dit.»

Dans le même temps, le ministère des Finances a aussi clairement déclaré que même après le vote en faveur du «oui» du parlement grec, l’accord n’est pas garanti. Les ministres des Finances de la zone euro devaient se réunir vendredi pour décider d’accepter ou non l’accord. Si c’est le cas, alors plusieurs parlements devront encore approuver la décision. Un vote au parlement allemand est prévu mardi ou mercredi de la semaine prochaine.

Le gouvernement grec espère obtenir un nouveau plan d’aide de 86 milliards d’euros afin de pouvoir rembourser les prêts plus anciens de la troïka et éviter ainsi une faillite d’État.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU), a annoncé mercredi qu’il voyait la nécessité d’une «clarification» supplémentaire. Selon un article du ministère, Schäuble exige une stratégie de privatisation plus efficace. Trop de mesures arriveront trop tard – en octobre ou en novembre – au lieu de commencer immédiatement, précise le papier.

La réaction générale des gouvernements européens à la capitulation de Syriza a toutefois été positive. Les institutions européennes ont publié un communiqué louant «la parfaite coopération des autorités grecques durant la mission d’examen qui a permis la conclusion de cet accord après plusieurs mois de négociations».

Selon sa porte-parole, Annika Breidthardt, la Commission européenne se prépare encore à l’éventualité qu’aucun accord ne soit conclu vendredi. Dans ces conditions, un crédit-relais serait possible de la part du Mécanisme européen de stabilité financière (MES), dans le sens suggéré par l’Allemagne, afin d’éviter une faillite immédiate, a dit Breidthardt. Reste à savoir si, le cas échéant, le FMI est prêt à participer au troisième plan de crédit.

La responsable du FMI, Delia Velculescu, a appelé une fois de plus les États de l’UE à accepter une certaine forme d’allègement de la dette, craignant que l’ampleur des mesures d’austérité exigées ne soit insoutenable et puisse provoquer un effondrement économique et des troubles sociaux.

(Article paru en anglais le 14 août 2015)