Etats-Unis: assassinat policier à Baltimore

Par Andre Damon
25 avril 2015

Le 12 avril, Freddie Gray, 25 ans, « établissait un contact visuel » avec un agent de police de Baltimore; une semaine plus tard, il était mort à la suite d’un acte de brutalité et de torture dans lequel trois de ses vertèbres furent écrasées et sa moelle épinière presque sectionnée.

La vidéo prise par un passant, qui ne montre qu’une partie du calvaire subi par cet homme, montre un groupe de policiers aux visages impassibles chargeant Gray, visiblement blessé et criant de douleur, dans une petite cage en acier à l’arrière d’un fourgon de police. Trente minutes plus tard, il arrivait à l’hôpital, proche de la mort.

Les personnes présentes ont dit qu’avant le début de la vidéo, les policiers avaient soumis Gray à ce qui peut seulement être décrit comme une forme horrible de torture. Il a été « plié comme s’il était... un origami, » ses talons dans le dos, implorant qu’on lui donne une aide médicale et incapable de marcher.

Des informations parues dans la presse ont par la suite révélé qu’infliger à un prisonnier menotté une « chevauchée pénible » dans la cage en acier d’un petit fourgon de police est une forme de « torture sans contact » pratiquée par les polices de Baltimore, Philadelphie et d’autres villes.

Baltimore a une longue histoire de brutalité policière. Les paiements aux victimes s’y montent à 5,7 millions de dollars depuis 2011. Le Baltimore Sun a rapporté que « Parmi les victimes [de cette brutalité] il y a un garçon de 15 ans conduisant un VTT, une comptable enceinte de 26 ans qui avait assisté à un passage à tabac, une femme de 50 ans qui vendait des billets de tombola pour une église, le diacre d’une église, âgé de 65 ans, qui roulait une cigarette et une grand-mère de 87 ans qui assistait son petit-fils blessé. »

Le meurtre de Gray rappelle un assassinat commis par la police de Baltimore en 2005 et au cours duquel Dondi Johnson eut la colonne vertébrale fracturée après avoir subi un « transport pénible » intentionnel dans un fourgon de police. Le fourgon est arrivé au commissariat en deux fois moins de temps que s’il avait roulé à la vitesse maximum permise. Un jugement a accordé à sa famille 7.4 millions dollars d’indemnité, somme réduite par la suite à 200.000 dollars.

Dans les deux cas, la police a du admettre que, contrairement au procès-verbal, elle n’avait pas utilisé les ceintures de sécurité pour attacher les prisonniers menottés. La ville de Philadelphie a versé plus de 2 millions de dollars pour régler des poursuites en justice alléguant que des « transports pénibles » avaient conduit à la paralysie de deux personnes.

Le caractère meurtrier de ces actes policiers souligne une réalité fondamentale de la vie américaine: dans les quartiers ouvriers des États-Unis, la police fonctionne de facto comme des escadrons de la mort traitant en armée d’occupation des travailleurs et des jeunes qui doivent être soumis par une violence arbitraire et même par l’assassinat.

On a pu voir cette semaine quelles vues antisociales étaient promues dans une police de plus en plus militarisée quand fut révélé le fait que les officiers de la Garde nationale qui supervisent la répression à Ferguson, Missouri, qualifiaient les manifestants pacifiques défendant leur droit constitutionnel à la liberté d’expression de « forces ennemies » dans les documents officiels.

Ces conceptions et les actions meurtrières qui les accompagnent, sont l’expression d’une société profondément corrompue par de hauts niveaux de pauvreté et d’inégalité sociale et dans laquelle la police se considère de plus en plus comme la « première ligne de défense » séparant les masses appauvries d’une oligarchie financière qui s’est fabuleusement enrichie au dépens de la population.

Baltimore est représentative de l’énorme dégradation et détérioration du niveau de vie de la classe ouvrière au cours des dernières décennies, qui a entraîné une baisse de près d’un tiers de sa population.

Depuis 1970, la ville a perdu plus de 84 pour cent de ses emplois industriels, alors que le taux de pauvreté officiel a atteint plus de 25 pour cent. On a vu au début de cette année la démolition de l’imposant haut fourneau « L », jadis le cœur de l’usine de Bethlehem Steel à Sparrows Point qui a employé pendant tout un siècle des milliers de travailleurs.

Le riche centre-ville de Baltimore, comportant une université et un système hospitalier tous deux de classe mondiale, est entouré d’un décor où règne une pauvreté abjecte; des quartiers entiers aux rangées de maisons à l’abandon ou brûlées, où des dizaines de milliers de personnes vivent dans la pauvreté.

Ces conditions de misère sociale s’accompagnent de politiques extrêmement brutales et répressives dirigées contre les pauvres de la ville. L’année dernière, Baltimore a promulgué une loi qui impose une amende pouvant atteindre 500 dollars aux parents d’enfants qui enfreignent le couvre-feu de neuf heures du soir imposé par la ville. Les défenseurs des sans-abri ont dénoncé ce couvre-feu qui permet à la police de détenir tout jeune pris à l’extérieur après cette heure, et disent qu’il va pousser les 2.400 jeunes sans-abri de la ville « encore plus dans l’ombre. »

Dans l’attaque la plus draconienne peut-être de la population, l’administration de la ville a annoncé le mois dernier qu’elle allait commencer à couper l’eau à 25.000 résidents pauvres, ce qui a déclenché des actions de protestation.

Ces attaques flagrantes des droits sociaux de la population ont lieu dans une ville où le maire, le commissaire de police et la majorité des membres du conseil municipal sont des Afro-américains. La ville est dirigée depuis des décennies par le Parti démocrate, ce qui dément l’affirmation que l’élection de candidats de ce parti du grand patronat issus de minorités est un moyen d’améliorer le sort des travailleurs.

Les manifestations de masse qui ont éclaté suite à l’assassinat de Gray sont particulièrement importantes en ce qu’elles expriment l’opposition croissante de larges secteurs de la classe ouvrière à cette élite riche noire qui a accumulé richesse et pouvoir alors que chez les travailleurs issus de minorités la pauvreté a grimpé en flèche.

La brutalité infligée à la fois par la police et par les politiciens à la population de Baltimore est l’expression concentrée de l’assaut mené contre la classe ouvrière à l’échelle nationale. Un assaut qui a conduit à un énorme effondrement du niveau de vie et à une réduction effective de moitié des salaires des emplois industriels.

L’augmentation de la pauvreté et de l’inégalité sociale s’est accompagnée d’une militarisation de la police, coordonnée au plus haut niveau de l’État par l’administration Obama. Tout en refusant catégoriquement ne serait-ce que d’enregistrer les meurtres policiers au niveau national, la Maison-Blanche d’Obama a transféré des milliards de dollars de matériel militaire aux polices locales. Elle a refusé à plusieurs reprises d’inculper au niveau fédéral les policiers assassins tels que l’ancien agent de police Darren Wilson, le tueur de l’adolescent non armé Michael Brown à Ferguson.

Plus tôt cette semaine, le Washington Post a rapporté que, malgré ses protestations de sympathie pour les victimes de violences policières, « à la Cour suprême... le ministère de la Justice [de l’Administration Obama] a soutenu les policiers à chaque fois qu’un cas de force excessive s’est frayé un chemin jusque dans les délibérations d’une cour. »

Alors que des milliers de personnes ont été tuées aux mains de la police au cours de la dernière décennie, 54 policiers seulement ont été inculpés pour avoir tué des gens dans l’exercice de leurs fonctions, dont onze seulement ont été condamnés, la plupart ne recevant que des peines symboliques.

La guerre, l’inégalité et la dictature sont les produits inévitables du système capitaliste. La défense des droits démocratiques, y compris la liberté de ne pas avoir à se soumettre à la violence policière, est inséparable de la lutte pour renverser cet ordre social corrompu et brutal et d’établir une forme de société qui soit véritablement égalitaire – le socialisme.

(Article original paru le 24 avril 2015)