La censure politique du SEP (Australie) et la lutte contre la guerre

Par Nick Beams
23 avril 2015

La tentative de supprimer la réunion convoquée par le SEP (PES – Le Parti de l’égalité socialiste en Australie) et intitulée « La journée ANZAC, la glorification du militarisme et la poussée vers une troisième guerre mondiale » est un avertissement à la classe ouvrière internationale que le militarisme et l’attaque des droits démocratiques qui l’accompagne s’accélèrent dans tous les pays. On est en train d’arracher son vernis à la démocratie.

La campagne menée par le PES pour défendre son droit de tenir ce meeting a révélé que ce qui avait d’abord pu sembler une mesure de blocage prise par une seule municipalité, émanait en fait de discussions et de décisions au plus haut niveau de l'establishment politique. Cela fut clair lorsque l’Université de Sydney, l’un des établissements d’enseignement les plus prestigieux du pays, a rejoint le Conseil municipal de Burwood dans sa tentative de bloquer la réunion du PES. 

Les célébrations du jour de l’ANZAC [Corps d’armée australien et néo-zélandais] qui commémorent les cent ans du débarquement des forces australiennes à Gallipoli, en Turquie, le 25 avril 1915 – la première opération des forces australiennes dans la Première Guerre mondiale – font partie d’une campagne menée par l’establishment patronal, médiatique et politique et visant à réprimer l’opposition anti-guerre au moment où s’intensifie la poussée vers une nouvelle guerre impérialiste.

En Australie même, on consacre actuellement quelque 400 millions de dollars à ce que le Premier ministre Tony Abbott a appelé une « célébration » de la Première Guerre mondiale. Cela représente plus de deux fois les sommes dépensées par tous les autres alliés réunis. L’argent servira à la promotion d’une campagne organisée par l’État et qui pénètre jusque dans les écoles et même les garderies. S’y ajoutent les dizaines, voire les centaines de millions de dollars dépensés par les sociétés et les organisations médiatiques pour glorifier la journée de l’ANZAC et la Première Guerre mondiale.

Le défi lancé par le PES à cette orgie de militarisme a touché un point sensible en raison du rôle idéologique et politique central joué par la commémoration de l’ANZAC au siècle dernier et de son importance dans la situation géopolitique actuelle.

Le débarquement de Gallipoli s’est terminé par une catastrophe totale. Des milliers d’hommes jeunes furent envoyés à la mort alors que le feu continu des mitrailleuses se joignait au sang, à la crasse et à la maladie des tranchées pour mettre à nu la barbarie dans laquelle les classes dirigeantes des puissances capitalistes avaient plongé une grande partie du monde.

Craignant l’éruption de sentiments anti-guerre et les conséquences que comportait une telle opposition pour la poursuite de leur domination, les classes dirigeantes australiennes ont mobilisé dès le départ des ressources matérielles et politiques pour transformer cette catastrophe en jour de fête nationale. Ce qui a commencé il y a cent ans se poursuit aujourd’hui où des préparatifs sont faits pour une nouvelle guerre mondiale.

Les célébrations en Australie sont une manifestation particulière de ce qui est en fait un processus global. En Allemagne, une campagne organisée au plus haut niveau de l’État est en cours pour réhabiliter le rôle de l’impérialisme allemand dans la Première et la Seconde Guerre mondiale. La ligne officielle est que l’Allemagne, en tant que puissance économique non seulement européenne mais mondiale, doit jouer un rôle militaire et politique mondial. Au Japon, le gouvernement Abe, le régime le plus droitier et le plus militariste de la période d’après-guerre, cherche à blanchir les crimes passés de l’impérialisme japonais alors qu’il réarme en vue de commettre de nouveaux crimes.

L’impérialisme américain, confronté à l’érosion de sa puissance économique, lance, l’une après l’autre, des campagnes militaires et des opérations de changement de régime, car il s’efforce de plus en plus désespérément de maintenir son hégémonie et menace de déclencher une conflagration mondiale.

Pour les États-Unis, la réalisation de leurs objectifs se concentre sur la domination de la masse continentale eurasienne – de la Russie, des pays d’Europe de l’Est et des anciennes républiques de l’URSS à l’Ouest, à la Chine et aux pays d’Asie du Sud-est à l’Est – les principaux centres de la croissance économique mondiale.

Le rôle stratégique crucial – politique et militaire – de l’impérialisme australien pour la réalisation de ces objectifs est la force motrice sous-jacente de l’éruption de militarisme qui se manifeste dans la célébration de l’ANZAC. Cela ressort clairement d’un examen, même succin, des récents événements.

Le lancement par le président américain Barack Obama du « pivot vers l’Asie » depuis la tribune du parlement australien en novembre 2011 fut suivi d’une intégration toujours plus forte de l’armée australienne dans la machine de guerre américaine.

Une base de Marines américains, avec ses bombardiers B-52 opérationnels, capables de transporter des armes nucléaires, a été établie à Darwin dans le nord de l'Australie pour assurer le contrôle de voies maritimes vitales pour la Chine. Le réseau de bases de communication américaines en Australie, Pine Gap surtout, est une composante intégrale des opérations militaires américaines du Moyen-Orient à la région Asie-Pacifique.

Chaque jour, l’armée américaine cherche à affiner et à développer son Plan de bataille aérien et maritime contre la Chine; elle organise des exercices militaires conjoints avec ses alliés, et met à jour ses scénarios d’attaque du continent chinois au milieu d’un battage et d’une propagande médiatique toujours plus forts à propos de la « capacité » chinoise « à s’affirmer » dans les mers de Chine méridionale et orientale.

Les changements politiques dans la région entourant le « pivot », tant en Australie qu’à travers toute la région, ne sont pas moins importants. L’éviction du Premier ministre australien Kevin Rudd (Parti travailliste) en juin 2010 dans un coup d’État organisé par les leaders de factions du même parti en rapports étroits avec l’ambassade des Etats-Unis, était une préparation essentielle pour le « pivot ». La perspective de Rudd qui envisageait que, tandis que les États-Unis devraient conserver leur position dominante dans la région, quelque compromis devrait au moins être accordés à la Chine, ne pouvait être toléré par Washington. L’éviction de Rudd est venue quelques semaines après l’éviction du Premier ministre japonais Hatoyama suite à un conflit avec les États-Unis à propos de leur base militaire sur l’île d’Okinawa.

En janvier dernier, Washington a été au centre d’une opération de changement de régime dans la nation insulaire stratégiquement importante du Sri Lanka, où le président Rajapakse, qui penchait vers la Chine, a été évincé et un gouvernement proaméricain installé.

L’ampleur des célébrations d’ANZAC témoigne de la peur des cercles dirigeants devant le sentiment anti-guerre de la grande masse de la population et devant une intensification de son opposition à mesure que la poussée vers la guerre se développe plus ouvertement, tant dans la région Asie-Pacifique qu’à travers le monde.

Mais pour que le militarisme soit vaincu, le sentiment anti-guerre doit être muni d’un programme politique bien élaboré. C’est ce que la classe dirigeante craint par-dessus tout.

D’où le ciblage du PES par les hautes sphères du pouvoir. La réunion du PES prévue pour le 26 avril, en pleine promotion du chauvinisme ANZAC, vise à armer politiquement la classe ouvrière et la jeunesse d’une compréhension de la poussée vers la guerre et du programme socialiste international nécessaire pour l’empêcher.

La tentative de censurer le PES politiquement, une attaque dirigée contre les droits démocratiques de la classe ouvrière tout entière, souligne l’importance des réunions de dimanche prochain sur la lutte contre la guerre impérialiste. Nous exhortons tous ceux qui s’opposent à la guerre et à la menace de la dictature et qui voient la nécessité d’un mouvement de masse contre la guerre basé sur la classe ouvrière, à assister aux réunions à Sydney, Melbourne et Wellington. Nous appelons également à l’envoi de messages d’opposition aux actions du Conseil municipal de Burwood et de l’Université de Sydney Burwood.

Surtout, il faut comprendre que la lutte contre le militarisme et la guerre ne peut être menée que sur une base internationale. Nous exhortons tous nos lecteurs et sympathisants à rejoindre le 3 mai le Rassemblement international en ligne du 1er mai, Non à la guerre impérialiste! Rejoignez le rassemblement international en ligne du 1er mai!

(Article original paru le 22 avril 2015)