Union européenne et banques intensifient leur pression sur le gouvernement Syriza en Grèce

Par Stéphane Hugues
18 avril 2015

Le gouvernement Syriza en Grèce répond aux pressions croissantes de l'Union européenne (UE) et des banques en pillant les réserves financières de la Grèce et en préparant de nouvelles mesures d'austérité contre la classe ouvrière.

Mercredi, l'agence de notation américaine Standard & Poor's a de nouveau rétrogradé la cote de crédit du gouvernement grec. Elle la porta au niveau des ‘obligations pourries’, de B- à CCC+ citant les « engagements non tenables du gouvernement. » Athènes ne pouvait s'acquitter de ses engagements que par une « réforme économique profonde ou une aide supplémentaire, » a-t-elle dit.

L'autorité statistique de la Grèce a déclaré que le déficit de 2014 était de 3,5 pour cent du PIB de la Grèce, considérablement supérieur à la prévision de 0,8 pour cent. Ce déficit était dû aux intérêts écrasants payés sur la dette publique grecque, sans lesquels Athènes aurait eu un excédent budgétaire de 0,4 pour cent du PIB.

Standard & Poor's a déclaré que les perspectives économiques de la Grèce dépendaient de la négociation d'un accord entre le gouvernement et ses créanciers: « À notre avis, les conditions ont empiré en raison de l'incertitude découlant des négociations prolongées entre le gouvernement grec en place depuis presque trois mois et ses créanciers officiels. »

Syriza répond en intensifiant ses attaques contre la classe ouvrière pour payer l'UE et les banques. Au cours des dernières semaines, il a contraint des organismes d'État à lui prêter de l'argent pour payer les intérêts de la dette. Il a forcé les fonds de pension de l'État à lui prêter de l'argent et a pris des fonds des hôpitaux qui étaient destinés à payer les médicaments, se transformant en une agence de recouvrement pour l'UE au détriment de la population grecque.

Maintenant, il a trouvé une nouvelle façon d'ouvrir toutes les réserves de trésorerie des organisations de l'Etat. Selon une loi de 1951, le gouvernement peut obliger toute institution ayant des réserves de liquidités de les déposer à la Banque de Grèce, la banque centrale du pays. Ceci permet à Syriza de mettre main basse sur 3 milliards d'euros. Etant donné qu'Athènes doit rembourser plus de 300 milliards d'euros de dettes, ce n'est clairement là qu'une mesure palliative.

Le Ministre d'Etat grec Alekos Flambouraris a déclaré mercredi qu’Athènes pouvait maintenant se permettre des retards d’« une semaine ou dix jours » pour parvenir à un accord, tant qu'un accord est finalement conclu.

La politique réactionnaire de Syriza expose les illusions réactionnaires que ce parti a encouragées avant les élections de janvier où il affirmait qu'il négocierait la fin à l'austérité avec l'UE. Quelques semaines seulement après être entré en fonction, le leader de Syriza, le premier ministre Alexis Tsipras, a totalement trahi son programme électoral. Il a non seulement accepté l’exigence de l'UE de continuer à rembourser la dette, mais encore celle d'étendre les attaques contre la population.

Mais l'UE, Allemagne en tête, ne s'est pas contentée d'une déclaration de Syriza indiquant son accord général avec sa politique d'austérité. Elle a exigé des plans détaillés de mesures d'austérité supplémentaires montrant précisément quelles coupes Syriza entendait réaliser et combien de centaines de milliards d'euros seront extorqués aux travailleurs grecs. Depuis lors, des négociations à huis clos ont traîné, Syriza et l'UE peinant à s'accorder sur la façon d’attaquer les travailleurs.

L'UE fait aussi pression pour un accord qui étende l'austérité, même si le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a donné plus de temps pour les négociations que Flambouraris. Il a déclaré à Bloomberg, « La Grèce a jusqu'à la fin de Juin pour parvenir à un accord. »

Il a tenté de refroidir les attentes que l'UE pourrait parvenir à un règlement avec Syriza lorsque les 19 ministres des finances de la zone euro dont le ministre grec Yanis Varoufakis, se réuniront le 24 avril dans la capitale lettone, Riga.

Schäuble, qui dirige l'offensive de l'UE, est en tournée aux États-Unis au moment où des pourparlers de toute évidence de haut niveau se déroulent sur la Grèce, la zone euro et l'OTAN. « Personne n'a la moindre idée de comment parvenir à un accord sur un programme ambitieux, » a déclaré Schäuble au Conseil sur les relations étrangères à New York. Il a ajouté que le nouveau gouvernement grec avait « détruit » tous les progrès économiques réalisés ces dernières années.

Il a dit qu'un accord était peu probable à Riga, ou dans les prochaines semaines, suggérant que la zone euro pourrait gérer une défaillance de la Grèce, même si elle préférerait l'éviter. Il ajouta que les marchés avaient pris en compte toutes les issues possibles du drame grec. Il a affirmé allègrement qu'il n'y avait aucun risque qu'une panique financière puisse se propager à d'autres Etats de la zone euro à partir d'une défaillance de la Grèce.

Autre indication que les autorités allemandes envisagent la possibilité d'une défaillance de la Grèce, l'hebdomadaire allemand Die Zeit a rapporté que Berlin travaillait sur un accord permettant à la Grèce de recevoir un financement de la Banque centrale européenne, même si elle avait manqué des paiements à ses créanciers.

« L'accord en question vise à permettre à la BCE de continuer à financer la Grèce en cas de faillite, » dit l'article de Die Zeit. « En outre, les banques grecques seraient restructurées, ce qui leur permettrait de continuer à prendre part aux opérations de la banque centrale, même après une faillite de l'Etat. »

En dernière analyse, les différents gouvernements de l'UE ne divergent que sur la manière de piller la classe ouvrière. Si jamais l'Etat grec faisait faillite, ses créanciers insisteraient sur de nouvelles et sauvages coupes dans les dépenses sociales et les budgets grecs, au-delà même de ce que, depuis 2009, les six dernières années d'austérité ont infligé à la classe ouvrière.

En imposant davantage de nouvelles mesures d'austérité, Syriza pousse la classe ouvrière, qui a déjà subi tant de privations, à une explosion sociale.

Jeudi, 4.000 mineurs d'or ont manifesté contre la perte de leur emploi devant le Ministère de la Restructuration de la production, de l'Environnement et de l'Energie à Athènes. Le gouvernement grec compte arrêter l'exploitation minière à Hellas Skouries dans le nord de la Grèce, prétextant des dangers environnementaux.

En même temps, Syriza menace de plus en plus d'utiliser la police pour réprimer des mouvements de protestation sociale. Il menace actuellement de briser par la force une occupation du rectorat de l'Université d'Athènes par un groupe anarchiste. Le ministre pour la Protection du Citoyen Yiannis Panoussis a déjà déclaré: « Nous sommes dans les dernières heures de l’occupation du Sénat. » Il a affirmé qu'il avait obtenu du Premier ministre Alexis Tsipras le « feu vert » pour faire intervenir la police anti-émeute.

(Article original publié le 17 avril 2015)