Les travailleurs doivent se mobiliser pour faire cesser les coupures d'eau à Detroit!

Par Jerry White
23 avril 2015

Dès mai, le Detroit Water and Sewerage Department (service d'aqueducs et d'assainissement de la ville de Detroit) va commencer à émettre 800 avis de coupure de service par jour aux ménages en retard sur leurs factures d'eau depuis deux mois et plus. Ainsi la ville s'apprêterait à couper l'eau à 28.000 habitants et pourrait cibler jusqu'à 73.000 comptes résidentiels.

Les conséquences d'un tel acte sauvage ne font aucun doute. Privées d'eau, les familles ne pourront plus boire, cuisiner, se doucher, faire la lessive ou aller aux toilettes. Les personnes âgées ou handicapées ne pourront plus prendre leurs médicaments et les enfants ne pourront plus se baigner ou se brosser les dents. Les coupures d'eau vont entrainer d'énormes souffrances, des maladies et même des morts.

Dans ce qui était autrefois la capitale mondiale de l'industrie automobile, où les travailleurs avaient le revenu par habitant le plus élevé des États-Unis, les conditions semblent aujourd'hui régresser vers le Moyen-âge. En ces jours, les malheureux envoyés aux hospices qui n'avaient pour seul crime que d'être pauvres se voyaient au moins donner de l'eau et du pain.

Le fait de priver d'eau des centaines de milliers de personnes incarne bien la criminalité et la sauvagerie de l'establishment politique et patronal non seulement à Detroit, mais dans l'ensemble du pays. La violence aveugle de l'impérialisme américain, qui a dévasté des sociétés entières en Irak, en Libye et dans d'autres pays, a pour corollaire l'appauvrissement des travailleurs américains et le pillage de la société par l'aristocratie financière et patronale qui règne aux États-Unis.

Les coupures d'eau sont sanctionnées par tous les niveaux de l'establishment politique. Le juge de faillite américain Steven Rhodes a donné la bénédiction des tribunaux fédéraux quand il a déclaré l'an dernier qu'«il n'y a pas de droit d'accès à l'eau gratuit ou abordable», pas plus qu'«aux autres nécessités de la vie telles que le logement, la nourriture et les soins médicaux».

De par leurs représentants, les deux partis politiques, qu'il s'agisse du gouverneur républicain du Michigan ou du maire démocrate de Detroit, soutiennent les coupures d'eau. Ils affirment qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour aider les «pauvres qui le méritent» en fournissant un fonds de charité pour l'ensemble de la région métropolitaine totalisant 4,5 millions de dollars, une fraction des 42 millions de dollars que le service des aqueducs cherche à récolter.

Le geste très médiatisé de l'an dernier en réaction à l'indignation nationale et internationale quant aux coupures d'eau n'a rien donné, la grande majorité des gens inscrits aux soi-disant plans de paiement étant incapables de payer et faisant maintenant face à des coupures d'eau.

Dès le début, les conspirateurs derrière la faillite de Detroit, y compris l'administration Obama, ont utilisé la ville comme modèle pour une attaque nationale sur les pensions des travailleurs du secteur public et la vente des actifs publics afin d'enrichir les banques de Wall Street et les riches détenteurs d’obligations. 

Les coupures d'eau visent à faciliter la privatisation du système d'aqueduc et à accélérer le processus consistant à vider des quartiers entiers considérés comme trop pauvres pour les investissements commerciaux. Pendant ce temps, d'énormes sommes sont versées dans le centre-ville pour le transformer en un paradis pour les riches et améliorer le sort des développeurs immobiliers milliardaires qui se sont vu remettre des terrains pour presque rien pour des projets d'habitation de luxe, de l'industrie du divertissement ou des installations sportives subventionnées par l'État. 

Ce qui se passe à Detroit est un microcosme des processus qui se déroulent partout aux États-Unis et dans le monde entier. Des coupures d'eau massives ont lieu à Baltimore et dans d'autres villes, tandis que des mesures d'austérité brutales sont à l'ordre du jour en Grèce et en Espagne, au Japon et au Brésil.

Alors que les porte-parole politiques de la classe dirigeante, menée par l'administration Obama, prétendent qu'il n'y a pas d'argent pour subvenir aux besoins essentiels de la vie, les marchés boursiers mondiaux sont en plein essor, les bénéfices des entreprises et les rémunérations des dirigeants battent des records à la hausse et le gouvernement gaspille des milliards de dollars pour la guerre et le militarisme.

La facture d'eau de 42 millions de dollars des ménages de Detroit en défaut de paiement représente environ le quart du prix de 160 millions de dollars payé par le Pentagone pour un seul avion de chasse F-35 servant à bombarder l'Irak. Le budget annuel de la machine à tuer du Pentagone – qui est de plus de 500 milliards de dollars – est plus de six fois plus élevé que l'ensemble du budget fédéral pour les réparations et les rénovations des infrastructures, notamment du système d'aqueduc vétuste et décrépit du pays.

Aucune des institutions officielles, y compris les organisations corrompues des droits civiques, les syndicats et la myriade d'organisations libérales et de pseudo-gauche, ne va défendre la classe ouvrière. Toutes ces forces sont redevables au système capitaliste et défendent le supposé «droit» des banques et des sociétés de tenir la société en otage pour assurer leurs profits.

C'est pourquoi la classe ouvrière doit prendre des mesures indépendantes. Dans les années 1930, les travailleurs se mobilisaient pour empêcher les banques d'expulser et de jeter à la rue les familles et les résidents. Il faut maintenant organiser des comités d'action dans les quartiers, dans les usines et dans les écoles pour défendre les résidents contre les coupures d'eau. Des réunions, des manifestations et autres formes de protestations sociales doivent être organisées afin d'unir toutes les sections des travailleurs – employés et chômeurs, jeunes et vieux, Noirs, Blancs et immigrants, de la ville comme de la banlieue – dans une lutte commune pour assurer l'accès à toutes les nécessités de la société moderne.

En opposition à l'ensemble de l'establishment politique, le Parti de l'égalité socialiste soutient que l'accès à l'eau potable, comme aux soins de santé, au logement, à l'éducation, à la culture et à un emploi stable et bien rémunéré, est un droit social fondamental. La lutte pour ces droits exige cependant la compréhension du fait que la classe ouvrière est engagée dans une lutte à mort contre, non seulement tel ou tel politicien ou entreprise, mais tout l'ensemble de l'organisation économique et politique du capitalisme.

La survie de l'humanité dépend de l'abolition de ce système désuet et réactionnaire et la réorganisation de la vie économique et politique par la classe ouvrière sur la base d'un plan démocratique et égalitaire pour satisfaire les besoins de l'humanité plutôt que les profits privés. 

Les fortunes des milliardaires de la région de Detroit comme Mike Ilitch et Dan Gilbert, ainsi que des banques de Wall Street qui ont pillé la ville en faillite, doivent être saisies pour garantir l'accès à l'eau gratuit pour tous les ménages du Grand Detroit.

Plutôt que de dépenser des milliards de dollars en rachats d'actions, versements de dividendes et primes de dirigeants, les vastes profits des entreprises automobiles accumulés par le travail de générations de travailleurs de l'automobile doivent être utilisés pour lancer un programme de travaux publics de plusieurs milliards de dollars pour embaucher les chômeurs et reconstruire la ville, les quartiers, les logements et les écoles.

La lutte pour garantir ces droits sociaux est inséparable de la lutte contre la brutalité policière et la poussée vers la guerre. Un mouvement politique de masse, indépendant des partis de la grande entreprise et basé sur la lutte pour l'unité internationale de la classe ouvrière et le socialisme, doit être construit. Pour faire avancer ce combat, nous exhortons nos lecteurs à participer au Rassemblement international en ligne de la journée des travailleurs! qui aura lieu le 3 mai. 

(Article paru d’abord en anglais le 21 avril 2015)