Le chef social-démocrate allemand entre en discussions avec Pegida

Par Ulrich Rippert
4 mars 2015

La semaine dernière, Gregor Gysi, chef de file du groupe parlementaire de Die Linke (La Gauche), s'est porté à l'aide du dirigeant social-démocrate (SPD) Sigmar Gabriel pour défendre ses discussions avec des manifestants de Pegida. Le chef du SPD et vice-chancelier avait participé à une soirée de discussions à Dresden dans le cadre d’un événement organisé par le Centre pour l'éducation politique du Land de Saxe.

En acceptant de participer à de telles discussions, Gabriel fournit une caution officielle au mouvement auto-proclamé des «Européens patriotes contre l'islamisation de l'Ouest» (Pegida) précisément au moment où la nature ouvertement pro-fasciste de ce groupe est devenue claire.

Quelques jours auparavant, l’organisateur de ces manifestations de droite, Lutz Bachmann, avait démissionné suite à la révélation qu'il avait affiché sur Internet des documents qualifiant les étrangers de «bétail», «ordure» et «crasse». Le fondateur de Pegida a aussi affiché une image de lui-même avec une moustache et une coiffure à la Hitler sur Facebook. Le bureau du procureur a entamé une procédure judiciaire contre lui.

Gabriel a néanmoins rencontré les manifestants de Pegida. Après la rencontre, Gabriel a fait savoir que s’il avait participé à un échange d'idées avec Pegida, ce n’était pas en sa qualité de vice-chancelier, ni en tant que chef de file du SPD. Il a soutenu de manière absurde qu'il était à Dresde seulement par hasard et qu'il avait participé à cette réunion en tant que particulier, par intérêt personnel. En fait, Gabriel a cherché à utiliser sa position de haut dirigeant du gouvernement et du SPD pour donner une caution officielle à ce mouvement droitier.

Gabriel et Gysi justifient leurs discussions avec Pegida sur la base que les marches de droite reflètent les craintes et préoccupations légitimes de larges couches de la population. Gysi a dit au journal Tagesspiegel que «le soutien important aux manifestants de Pegida» est le résultat de «demandes excessives» faites aux gens, surtout dans les lands est-allemands. Les citoyens de l'ex-Allemagne de l'Est étaient devenus «non seulement des citoyens allemands, mais en même temps des citoyens européens et mondiaux». Par conséquent, ils ont vu «comment tout autour d'eux est devenu étranger quand d'autres cultures et d'autres gens ont commencé à avoir une influence».

Ces mêmes arguments sont utilisés depuis des mois pour légitimer et justifier les marches racistes et anti-islamiques.

A vrai dire, ces manifestations de droite sont le résultat d'une campagne politique et médiatique, pendant laquelle il a aussi été révélé que l'initiateur de Pegida, Lutz Bachmann, a un antécédent criminel, est toujours en liberté conditionnelle, et exprime ouvertement des opinions racistes et fascistes.

A l'automne dernier, quand Bachmann a appelé à manifester tous les lundis «contre l'islamisation de l'Ouest», à peine quelques dizaines de radicaux de droite ont participé. Ces manifestations ont toutefois reçu une attention tout à fait disproportionnée dans les médias, et des politiciens de tous les partis ont proclamé qu’ils comprenaient les «préoccupations justifiées» des manifestants.

Le nombre de participants aux manifestations a été systématiquement exagéré par la police et les médias. Lorsque les contre-manifestations ont pris de l’ampleur, les médias ont accordé encore plus d'attention aux manifestants de droite, publiant des rapports, des entretiens avec des représentants de Pegida et des discussions avec des experts. Il y a quelques jours, Kathrin Oertal, organisatrice en chef des manifestations et une amie d'enfance de Lutz Bachmann, a été invitée sur l'émission télévisée en vue de Günter Jauch.

Ce fut l'occasion pour elle de présenter ses opinions fascistes à un auditoire de masse en pleine heure d’écoute. Elle en a profité pour attaquer le multiculturalisme, les écoles coraniques et les supposés prêcheurs de la haine. En même temps, elle a demandé plus de restrictions concernant le droit d'asile. Elle a été soutenue par le vice-président de l'Alternative pour L'Allemagne conservatrice de droite (AfD), Alexandre Gauland, qui a qualifié Pegida d'allié naturel de son parti.

Ce n'est pas un hasard si tant le chef du SPD Gabriel, que le chef parlementaire de La Gauche Gysi, appellent au dialogue avec Pegida. Cela devient clair dans le contexte des récents développements en France et en Grèce.

L'ancien premier secrétaire du Parti socialiste et actuel président de France, François Hollande, exploite systématiquement l'attentat terroriste contre le magazine satirique Charlie Hebdo dans une campagne contre les Musulmans. En même temps, il a cherché à gagner la faveur du Front national fasciste en invitant sa dirigeante Marine Le Pen à l'Elysée.

Quant à Alexis Tsipras, il a utilisé le succès électoral de Syriza en Grèce pour former une coalition avec le parti droitier, conservateur et ouvertement raciste, les Grecs Indépendants (Anel).

Cette alliance de sociaux-démocrates et gens de «gauche» avec la droite raciste et fasciste est le symptôme d’une intense crise économique et sociale dans le monde. Dans le contexte d'une montée sans précédent des inégalités sociales et d’une société de plus en plus divisée entre les riches et les pauvres, tout l’éventail politique bourgeois – des partis de « gauche » à la droite – serre les rangs autour du nationalisme. Ils cherchent tous à dévier les tensions grandissantes de classe dans une direction droitière, nationaliste et raciste.